Demopædia

Dictionnaire démographique multilingue

seconde édition unifiée, volume français
http://fr-ii.demopaedia.org
Ce document a été généré le 22 octobre 2018.
Contenu disponible sous Attribution-Share Alike 3.0 Unported (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/).

Sommaire

Introduction

Le dictionnaire démographique multilingue accessible en ligne

Le dictionnaire démographique multilingue a été publié dans deux éditions et de nombreuses langues, récemment pour certaines. Le site demopaedia.org donne accès à leur version électronique.

Vous pouvez désormais lire ce classique « en ligne » ou imprimer une version au format PDF.

Vous pouvez rechercher un terme démographique, surfer vers un terme ou une expression similaire ou changer de langue ou d’édition.

Demopædia

Prenant comme point de départ la dernière édition du dictionnaire démographique multilingue, nous lançons Demopædia — une encyclopédie basée sur la technologie wiki — ouverte à tous les spécialistes en matière de population qui désirent améliorer et compléter ces textes qui doivent être révisés.

Demopædia a l’ambition de laisser les scientifiques déterminer eux-mêmes les frontières de la discipline démographique tout en partageant leurs connaissances via des médias modernes.

Historique

La création de la série des dictionnaires démographiques encyclopédiques multilingues est un des projets les plus longs de l’histoire de notre discipline. Mais aussi un des plus fructueux. Au milieu des années 1950, la Division de la population des Nations Unies a rassemblé une équipe d’experts, afin de diffuser l’état de l’art de la démographie dans un dictionnaire publié dans l’ensemble des langues officielles des Nations Unies. Deux décennies plus tard, la Division a contribué au travail de révision de cet outil de référence lancé par l’UIESP. Les chercheurs et enseignants de nombreux pays ont rejoint le projet, le plus souvent de manière informelle, en élaborant leur propre édition locale à partir de ces standards ONU/UIESP. Ainsi la communauté internationale dispose d’une série de 14 dictionnaires démographiques encyclopédiques. Mais aujourd’hui ces ouvrages sont épuisés et il est bien difficile de trouver les rares bibliothèques qui les possèdent tous.

Pourquoi en ligne ?

La disponibilité du dictionnaire démographique multilingue sur l’Internet le rend à nouveau accessible et au plus grand nombre. Les expressions démographiques, leur sens et leur contexte, sont désormais à deux clics pour les étudiants, professeurs, chercheurs, journalistes, experts gouvernementaux ou membres des ONG. Il vous est possible de comprendre le sens d’un terme dans votre langue de travail. De plus, le dictionnaire multilingue vous aide à comprendre les textes spécialisés écrits dans d’autres langues.

Des usages multiples

Outre les possibilités offertes par les versions électroniques comme la recherche et la navigation, le dictionnaire encyclopédique est aussi un livre organisé en chapitres thématiques qui peuvent être lus d’une traite. Vous pouvez consulter les différentes langues du dictionnaire, les lire en ligne, les télécharger et les imprimer : tous les détenteurs de droits d’auteurs nous ont autorisé à vous fournir ces possibilités. Les index permettent également de cerner une recherche.

La plateforme Wiki fournit des outils puissants pour les développements futurs. Les spécialistes peuvent proposer des ajouts ou corrections en ligne et les discuter de manière collective.

Différences entre les sections linguistiques de la seconde édition

Comme rappelé plus haut, la première édition est issue du travail de la Commission de terminologie des Nations-Unies qui a permis d’assurer une cohérence entre les langues. La second édition a été publiée tout d’abord en français en 1981 et a été adaptée à l’anglais en 1982 et dans les autres langues ultérieurement.

L’informatisation récente (2007-2010) des différentes sections linguistiques nous a fait constater que la cohérence entre les langues s’est dégradée. Dans certaines langues, certains termes, expressions ou même paragraphes entiers n’ont pas été traduits. Il y a également des différences entre les versions françaises et anglaise de la seconde édition. La section allemande de la seconde édition a été publiée en 1987, elle inclut 92 termes supplémentaires aux versions françaises et anglaises.

L’équipe du projet est actuellement en train de procéder à une meilleure harmonisation entre les différentes sections linguistiques de la seconde édition.

La qualité des dictionnaires par la participation de la communauté des spécialistes en matière de populations sont toujours nos objectifs.

Venez régulièrement sur le site pour voir comment il se développe et recommandez le autour de vous.

La prochaine étape

Le savoir démographique a fait d’énormes avancées depuis les dernières éditions du dictionnaire. Il paraît évident que la structure et les textes doivent être mis à jour. Effectuer cette mise à jour de manière traditionnelle avec des participants se rencontrant de visu et des groupes de travail, semble aujourd’hui difficilement possible. Le développement en ligne d’une nouvelle édition du dictionnaire encyclopédique démographique multilingue devrait être efficace et utiliser au mieux le potentiel d’une large communauté de professionnels. Demopædia sera l’hôte de ce projet. Demopædia pourra également devenir une plateforme de partage et de construction d’une base de connaissance élargie sur la démographie et les études de population. Notre approche est celle d’une encyclopédie sur la population en constante évolution qui puisse servir la communauté mondiale tout en bénéficiant d’un afflux d’idées et de textes.

À partir des travaux de Demopædia, un groupe de démopædiens, sélectionnés parmi les plus actifs, élaborera la troisième édition. Plus vous collaborerez à l’encyclopédie, meilleure sera la qualité de cette troisième édition.

Préface

Préface de la première édition de 1958

À sa quatrième session, la Commission de la population demanda au Secrétaire général d’inclure la préparation d’un dictionnaire démographique multilingue dans son programme de travail (E/1313).

Quelques mois plus tard, l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population, réunie à Genève en assemblée générale, offrit sa collaboration au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies pour la réalisation d’un tel ouvrage et décida la création d’une Commission du dictionnaire démographique qui fut chargée de présenter un projet. À sa cinquième session, la Commission de la population demanda au Secrétaire général d’accepter l’offre faite par l’Union, et la Commission du dictionnaire fut alors chargée de réaliser en trois langues, anglais, espagnol et français, le projet qu’elle avait présenté.

L’ouvrage a été conçu comme un dictionnaire essentiellement multilingue, destiné aux traducteurs. Il se compose d’une collection de volumes unilingues, constitués chacun par un texte de présentation de la terminologie technique usitée en démographie, suivi d’un index alphabétique. Le parallélisme des textes dans les différents volumes, et un système de numérotage par concepts, permettent d’établir une correspondance entre les expressions d’un même concept en diverses langues.

La Commission de l’Union chargée de l’élaboration des trois volumes initiaux comprenait : MM. Paul Vincent (France), président-rapporteur ; Carlos E. Dieulefait (Argentine), Harold F. Dorn (Etats-Unis d’Amérique), Eugène Grebenik (Royaume-Uni), Pierpaolo Luzzatto-Fegiz (Italie), Marcelino Pascua (Suisse) et José Ros Jimeno (Espagne), membres.

Une première ébauche de l’ouvrage fut entreprise, sur la base d’un texte français préparé par l’Institut national d’études démographiques (France) sous la direction de M. Vincent. Des versions anglaise et espagnole de ce texte furent rédigées respectivement par MM. Grebenik et Ros Jimeno.

Le travail dut être exécuté avec quelque hâte, en raison de la proximité du Congrès mondial de la population, auquel le projet fut présenté sous forme d’une « édition provisoire (juin 1954) », publiée par l’Organisation des Nations Unies (ST/SOA/Series A — Études démographiques, n° 19). Mais la diffusion d’une édition provisoire eut le grand avantage de faire bénéficier la Commission de la collaboration de nombreux spécialistes, qui voulurent bien lui transmettre leurs observations.

Nombre d’imperfections de l’édition provisoire provenaient de ce que celle-ci avait été élaborée à partir d’un seul texte, en l’espèce un texte français. Il s’avérait indispensable d’établir un compromis entre les conceptions anglo-saxonnes d’une part, et les conceptions latines d’autre part. L’expérience montrait également la nécessité d’enrichir le texte de définitions, afin de permettre à l’utilisateur de détecter les divergences éventuelles entre les expressions d’un même concept en diverses langues.

Ces conclusions de la Commission ayant été approuvées, M. Grebenik reçut mission de refondre, en anglais, le texte primitif. Après quoi, MM. Grebenik et Vincent élaborèrent en commun une sorte de texte transactionnel, dont chacun rédigea une version dans sa langue. M. Ros Jimeno établit ensuite la version espagnole correspondante, et les trois volumes furent soumis à la Commission, au Bureau de l’Union, ainsi qu’à un certain nombre de spécialistes, en vue d’ultimes mises au point.

En publiant les volumes anglais, espagnol et français du Dictionnaire démographique multilingue, il est indispensable de souligner certains caractères de l’ouvrage.

En premier lieu, le fait qu’il résulte d’un travail éminemment collectif. Il est le fruit, non seulement d’une étroite coopération entre les trois principaux rédacteurs, mais de la collaboration active de tous les membres de la Commission. Il a bénéficié en outre des avis autorisés de nombreux spécialistes, qui ont bien voulu se donner la peine d’en examiner les textes aux divers stades de leur élaboration, et de consigner leurs remarques, souvent d’une façon très détaillée. La plupart des recommandations ainsi recueillies ont été retenues, en totalité ou en partie. Certaines ont été écartées, peut-être indûment.

En effet, les rédacteurs ont souvent dû procéder à des options. La conception même de l’ouvrage éliminait la possibilité d’entrer dans de longues explications : il fallait fréquemment choisir entre diverses formulations possibles. Chaque volume porte ainsi l’empreinte de son rédacteur : la mention du nom de celui-ci dans la préface a pour but de signaler cette responsabilité particulière, en dégageant dans la même mesure celle des autres participants à l’entreprise.

Il convient toutefois de souligner que les rédacteurs n’ont pas été libres d’écrire le texte à leur guise : les sujétions du parallélisme indispensable entre textes, ou le désir de tenir compte des avis exprimés, les ont souvent conduits à se rallier à des points de vue qu’ils ne partageaient pas entièrement. Ils ont néanmoins accepté d’assumer la responsabilité du texte, tel qu’il est.

Il faut aussi appeler l’attention sur le fait que les volumes du Dictionnaire ne constituent pas des traités de démographie. Tout a été subordonné, dans leur élaboration, au but fondamental de l’ouvrage : offrir aux traducteurs un outil technique approprié à leurs besoins, et lui conférer un caractère véritablement multilingue en s’efforçant de placer toutes les langues sur un pied d’égalité.

Or les langues sont des édifices empiriques, qui développent leur terminologie suivant leur logique propre, laquelle est parfois peu compatible avec les impératifs rationnels de la science. Les notions dénommées dans des langues différentes ne se correspondent souvent que fort imparfaitement. Telle langue témoigne, par un véritable luxe terminologique, de l’intérêt qu’elle porte à un sujet particulier, qu’une autre langue néglige au point de ne lui consacrer aucune dénomination spéciale. L’emploi de notes a permis d’atténuer les inconvénients qui en résultent, compte tenu du sytème de correspondance adopté. Mais il est évident qu’un exposé dépouillé de préoccupations lexicographiques se fût présenté de façon toute différente.

Ces préoccupations lexicographiques sont aussi à l’origine de certains déséquilibres dans le contenu de l’ouvrage. Il a paru utile, dans certains cas, d’insérer dans le Dictionnaire une terminologie qui n’est pas à proprement parler démographique, mais qu’on a des chances de rencontrer fréquemment dans des textes démographiques, et qui est à peu près introuvable dans aucun dictionnaire et intraduisible par des non-initiés.

C’est encore en considérant les besoins des traducteurs que la Commission a été conduite à adopter le principe suivant : le Dictionnaire doit avant tout faire état de l’usage, même quand il est vicieux, et ne peut déconseiller ou conseiller tel usage, que lorsqu’un consentement assez général semble pouvoir être obtenu à cet égard.

L’ouvrage n’est donc pas destiné à normaliser la terminologie. Il n’est pas davantage destiné à proposer des définitions. Celles-ci n’ont été insérées que pour faciliter l’établissement des correspondances terminologiques et préciser leur portée. L’extrême concision de ces définitions n’a parfois été obtenue qu’aux dépens de leur rigoureuse pertinence. La normalisation de la terminologie nécessite des ouvrages d’un caractère tout différent. Afin d’éviter tout malentendu sur ce point, on trouvera après l’index alphabétique une liste de publications récentes émanant de divers organismes internationaux et traitant des définitions de divers concepts démographiques. C’est à ces ouvrages que le lecteur devra se reporter chaque fois qu’il rencontrera un problème de définition et non plus seulement de traduction.

Le Dictionnaire démographique multilingue ne répondra pleinement au vœu de ses initiateurs que lorsqu’il sera étendu à de nombreuses langues. Grâce à des initiatives privées, la confection de quelques nouveaux volumes est d’ores et déjà projetée ou en voie de réalisation. De plus, la Commission de la population, à sa neuvième session, a demandé au Secrétariat d’étudier la possibilité d’éditer un volume en langue russe (E/2957). L’expérience dira si le compromis réalisé entre les conceptions anglo-saxonnes et latines, convient également aux langues germaniques, slaves, voire non indoeuropéennes.

Préface de la seconde édition de 1981

C’est au cours de sa quatrième session que la Commission de la Population des Nations Unies demanda au Secrétaire Général d’inclure la préparation d’un dictionnaire démographique multilingue dans son programme de travail.

Quelques mois plus tard, l’Union offrit sa collaboration et, à l’issue de la cinquième session de la Commission de la Population, une Commission ad hoc1 fut chargée de préparer en trois langues, anglais, français et espagnol, un projet de dictionnaire démographique multilingue.

Malgré son extrême complexité, ce travail fut mené à bien et, dès 1958, les volumes français et anglais étaient publiés. Par la suite, des versions espagnole (1959), italienne (1959), allemande (1960), finnoise (1964), russe (1964), tchèque (1965), polonaise (1966), suédoise (1969), portugaise (1969), arabe (1970) et serbo-croate (1971) virent également le jour.

Lors de sa quinzième session, tenue à Genève, en novembre 1969, la Commission de la Population des Nations Unies adopta une recommandation invitant le Secrétaire Général à collaborer étroitement avec l’Union en vue de réaliser conjointement des projets d’intérêt mutuel, tel, par exemple, la préparation d’une terminologie démographique multilingue.

Auparavant, le Conseil de l’Union, réuni à Liège en avril 1969, tout en constatant à sa plus grande satisfaction que le dictionnaire avait répondu parfaitement aux attentes de la communauté internationale des démographes, estima, de son côté, qu’il devenait opportun de prévoir sa mise à jour en raison des profondes mutations qui avaient affecté les sciences de la population au cours de la décennie qui suivit sa parution.

C’est à cette fin que fut créée une nouvelle Commission2 qui, grâce au généreux concours financier offert par l’U.S. Bureau of the Census, put entamer ses travaux en 1972 et les mener à leur terme en 1974.

La Commission n’a pas travaillé en champ clos : une centaine de centres démographiques répondirent, en effet, à son appel en commentant les projets qu’elle leur avait soumis. Une vaste documentation - touchant tant la forme souhaitée de l’ouvrage à publier que les définitions des termes et concepts de la démographie - fut ainsi assemblée et mise à la disposition de Monsieur Louis Henry à qui l’Union confia, en 1976, la tâche de rédiger la version finale de cette deuxième édition du dictionnaire démographique multilingue. Ce nouveau texte est donc la synthèse de celui que le regretté Paul Vincent avait rédigé pour la première édition de la version française et des textes élaborés par la Commission de terminologie démographique internationale.

À l’instar de l’ancien dictionnaire, cette version française sera la première d’une série qui s’enrichira au fil des mois et des années à venir. Au moment donc où cet ouvrage sort de presse, les deux autres versions — anglaise et espagnole — préparées à l’initiative de l’Union, sont sur le point d’être remises à l’imprimeur. D’autres versions sont d’ores et déjà en cours de réalisation, ce qui présage bien du sort heureux qui sera réservé à cette difficile mais si nécessaire entreprise internationale.

Massimo Livi Bacci

Secrétaire Général

1 Commission du Dictionnaire Démographique Multilingue ; Président : P. Vincent (France) ; Membres : CE. Dieulefait (Argentine), H ;F. Dorn (États-Unis), E. Gre-benik (Grande Bretagne), P. Luzzato-Fegiz (Italie), M. Pascua (Suisse), J. Ros Jimeno (Espagne).

2 Commission de Terminologie Démographie Internationale ; Président : P. Paillât (France) ; Membres : A. Boyarski (Union Soviétique), E. Grebenik (Grande Bretagne), K. Mayer (Suisse), J. Nadal (Espagne), S. Kono (Nations Unies / Japon). Membres observateurs : S. Baum et J. Siegel (U.S. Bureau of the Census-États-Unis). Attachés : A. Hill (Grande Bretagne), A. Lifshitz (France) et A. Saez (Espagne).

Préface de la seconde édition unifiée

L’unification de la seconde édition du dictionnaire s’est imposée dès que les bases de données, issues de la numérisation de l’ensemble des volumes papier dans le cadre du projet Demopædia, ont révélé d’importantes omissions parmi chacune des éditions majeures publiées durant la décennie 1980 (française en 1981, anglaise en 1982, espagnole en 1985 et allemande en 1987). Certaines éditions publiées ultérieurement, comme l’édition arabe de 1988, avaient déjà partiellement comblé les lacunes propres aux traductions française et anglaise, mais avaient omis de traduire les 92 nouveaux concepts introduits dans l’édition allemande publiée quelque mois plus tôt. Les éditions chinoise (1994), japonaise (1994), tchèque (2005) puis russe (2008), portugaise (2008) et polonaise (2010) dérivent de la version anglaise ; quant à l’édition italienne de 2010, elle dérive de l’édition française. Décrivons en un exemple les conséquences d’une omission et l’intérêt d’une édition unifiée : un terme comme nourrisson qui avait été retenu dans le corpus des premières éditions défini par la Commission de terminologie des Nations Unies durant les années 50, n’apparaissait plus dans la seconde édition anglaise. Le dictionnaire unifié se trouve ainsi enrichi de termes comme lattante en italien, lactante en espagnol, Brustkind en allemand, kojenec en tchèque etc. ou encore de l’expression child at the breast présente dans la première édition, supprimée dans la seconde et réinsérée à l’édition unifiée anglaise permettant ainsi aux nouveaux modules dérivés de l’anglais de conserver ce joli mot qui s’il n’existe que sous forme d’une expression en anglais, existe en tant que tel sans doute dans toutes les autres langues.

De nouvelles traductions en plusieurs langues asiatiques étant à ce jour envisagées au regard de la démographie de ce continent, il nous est apparu nécessaire de réaliser cette unification avant toute nouvelle traduction. Celle-ci est en cours et les premières éditions unifiées en langues française et italienne sont publiées simultanément lors de la 46e Conférence annuelle de la Société italienne de statistique de juin 2012. L’édition française vient combler un vide puisque la dernière édition de 1981 était épuisée en 2005. L’édition italienne était également fort nécessaire car la première édition publiée en 1959 n’avait jamais été mise à jour. Ce processus d’uniformisation est également en cours pour les langues anglaise, tchèque et polonaise. Ainsi l’ensemble des éditions harmonisées devraient être disponibles prochainement dans les douze langues déjà accessibles sur le Web dans leur édition originale ainsi que dans quatre à six nouvelles langues asiatiques.

Bien qu’on puisse regretter qu’il ne s’agisse pas d’une nouvelle édition, enrichie des concepts qui font la démographie d’aujourd’hui, comme la santé de la reproduction, le handicap et la dépendance, les migrations internationales, les fenêtres démographiques, les populations décroissantes, la retraite etc., la comparaison des deux premières éditions informatisées nous a démontré que les concepts importants de la démographie résidaient essentiellement dans la première édition. Les éléments terminologiques choisis par la Commission de terminologie des Nations-Unies dans les années 50 ont permis de délimiter notre discipline et sont pour la plupart toujours d’actualité.

Nous pourrions aussi regretter de ne pas avoir supprimé des termes désuets, ou aujourd’hui inappropriés. Etienne van de Walle, principal auteur de la seconde édition anglaise de 1982, nous confiait au congrès de Tours en 2005 et peu avant son décès prématuré, son souhait de participer à la nouvelle édition et surtout d’y supprimer les termes concernant l’eugénisme, terme ou théorie qui déjà en 1981 n’avaient plus qu’un intérêt historique.

Ainsi, dans cette nouvelle édition de la version française harmonisée qui sera présentée au VIIIe congrès international de l’Association Latino Américaine de la Population (ALAP) au Mexique du 23 au 26 Octobre 2018, nous avons suivi les conseils avisés de Stan Becker (Université de Johns Hopkins) qui a revue l’ensemble de la version harmonisée anglaise. Ainsi, les sections concernant l’eugénisme ont été réduites drastiquement et l’eugénisme n’est plus qu’une théorie et non plus une discipline.

Les modifications apportées à cette édition unifiée ont donc été a minima, conservant ainsi au texte original les tournures des années 1980. Les éléments terminologiques ajoutés se distinguent par l’ajout d’une étoile signalant tant la nouvelle expression introduite qu’une rédaction de la phrase légèrement modifiée. Parfois de nouvelles phrases, voire de nouveaux paragraphes ont été ajoutés si ils étaient présents en anglais, allemand ou espagnol.

Ces modifications justifient à nos yeux la publication sur papier de cette seconde édition unifiée en français. Les autres volumes seront également disponibles sur papier dès que l’unification sera terminée. Cette unification est un préalable obligatoire à une troisième édition.

L’édition de livres numériques autorise en effet une publication sur papier à faible coût et à la demande. Ainsi le travail de Joseph Larmarange, démographe à l’IRD dans l’unité mixte de recherche CEPED, permet désormais de télécharger sur demopaedia.org le dictionnaire démographique multilingue dans différents formats électroniques (HTML, PDF ou encore EPUB) mais également d’en commander une version papier auprès d’un imprimeur à la demande. Le projet s’enrichit également d’un site (http://demopaedia.org/tools) permettant de générer à la volée une version « à jour » du dictionnaire ou encore un index multilingue.

Si l’impression à grand tirage de l’édition française n’est pas justifiée du fait de la vétusté du dictionnaire, une impression « à la demande » nous paraît répondre à certains besoins, surtout dès sa disponibilité en plusieurs langues. De plus, une impression « à la demande » intègre les corrections des inévitables erreurs et coquilles.

La paternité principale du dictionnaire multilingue revient, nous semble-t-il, aux premiers travaux de la Commission de terminologie des Nations-Unies présidée par Paul Vincent. Lui-même doit en partie le système révolutionnaire d’indexation des concepts par paragraphe numéroté aux travaux de John Edwin Holmstrom qui démontrait dans son « Rapport sur les dictionnaires scientifiques et techniques multilingues » rédigé en 1949 que les entrées simples d’un dictionnaire classique étaient inadaptées dès lors que le dictionnaire comprenait plus de deux ou trois langues.

Les paternités sont donc multiples et multilingues et leurs auteurs sont mentionnés dans chacune des préfaces des deux éditions que nous reproduisons ci-dessus à l’identique. Citons donc essentiellement, Paul Vincent pour la première édition française de 1958, Eugene Grebenik pour la première édition anglaise de 1958, Louis Henry pour la seconde édition française de 1981, Étienne van de Walle pour la seconde édition anglaise de 1982 et le CELADE pour la seconde édition espagnole. La seconde édition allemande dont nous nous inspirons beaucoup ici a été coordonnée par Charlotte Höhn en 1987.

Les ajouts de l’édition unifiée française sont dus principalement à Aline Désesquelles, avec la contribution de France Meslé et de Géraldine Duthé de l’INED. Près d’une trentaine de termes français avaient déjà été traduits depuis l’anglais dans le lexique trilingue arabe-anglais-français co-publié en 1988 par la Commission économique et sociale pour l’Asie Occidentale des Nations Unies de Baghdad et l’UIESP. Nous les avons repris en très grande partie.

Cette paternité multiple nous a conduits à mettre l’ensemble des différentes éditions du dictionnaire démographique multilingue sous une licence dite libre à savoir la licence Creative Common Share Alike. Ainsi, depuis l’informatisation des anciennes éditions papier, tout nouveau travail se fait en commun et en ligne ce qui permet de connaître la contribution exacte de chaque auteur et leur liste complète. Signalons aussi que le logiciel Mediawiki, utilisé tant pour la consultation du dictionnaire que pour ses modifications, est sous licence libre également et est utilisé pour l’encyclopédie Wikipedia. Dès lors que l’on connaît un peu le maniement de cette encyclopédie, on peut aisément comparer les textes de la première édition avec celui de la seconde unifiée. Le texte numérisé reprend en effet la numérotation originale par paragraphe (101, 102 etc.), chacun étant regroupé au sein d’une même page (par exemple la page 10, http://fr-ii.wikipedia/wiki/10). Si le lecteur souhaite connaître les raisons qui ont amené les auteurs récents à adopter telle ou telle formulation, la page de discussion liste les problèmes qui se sont posés et les décisions qui ont été prises (par exemple http://fr-ii.wikipedia/wiki/Discussion:10). Tous les membres d’associations de spécialistes d’études de la population en partenariat avec le projet Demopaedia pourront à terme contribuer à ces discussions. C’est déjà le cas des membres de l’UIESP, bientôt de la Population Association of America et d’autres encore en projet.

C’est d’ailleurs le but du projet Demopædia que d’inviter les démographes professionnels à actualiser le dictionnaire démographique multilingue en leur offrant une plateforme wiki. Mais comme il s’agit dans un premier temps de créer de nouvelles pages et même de nouveaux chapitres comme la « santé de la reproduction » déjà mentionnée, nous pensons qu’il est plus aisé d’adopter une structure plus libre analogue à celle de Wikipedia, où la cohérence entre les langues n’est pas essentielle dans un premier temps. Le site de cette encyclopédie libre se trouve à l’URL http://fr.demopaedia.org pour la version française et http://en.demopaedia.org pour la version anglaise.

Les nouvelles pages créées peu à peu devraient nous permettre de mieux mesurer tant l’étendue de notre discipline que sa nouvelle terminologie et de proposer un jour une troisième édition de ce dictionnaire multilingue.

Le but de la science est de faire partager ses résultats aux collègues du monde entier mais aussi aux compatriotes et il est nécessaire que le vocabulaire scientifique puisse être traduit et approprié tant par les média d’un pays que par ses étudiants si on souhaite qu’il soit bien compris. Ainsi, nous constatons que dans certains pays comme la Suède, il n’y a pas eu de seconde édition du dictionnaire et qu’ainsi le vocabulaire ne semble pas s’être renouvelé sans que les Suédois s’en émeuvent. Par contre, un besoin manifeste s’est fait sentir à Marrakech de la part d’universitaires asiatiques qui, sous la pression de nombreux étudiants mais ne pratiquant pas encore suffisamment l’anglais, éprouvent des difficultés à adopter une traduction approximative de l’anglais de termes démographiques même anciens. On compte en Inde, plusieurs langues dont le nombre de locuteurs dépasse le chiffre d’environ 70 millions parfois avancé pour le nombre de locuteurs dont la langue française est la langue maternelle. Le malayalam parlé au Kerala compte autant de locuteurs que de Thaïlandais parlant le thaï. Souhaitons que cette plateforme wiki multilingue soit l’occasion de débattre sur la compréhension de nouveaux concepts véhiculés dans les revues scientifiques anglophones mais également les conférences internationales francophones, hispanophones ou nationales dans de nombreuses langues différentes.

Ce projet n’aurait pu être mené à bien sans le soutien continu de la Division de la Population des Nations-Unies en la personne de sa Directrice de 2005 à 2012 Hania Zlotnik. Cet appui s’est concrétisé sous la forme de divers ateliers, notamment à Paris (2007) et à Marrakech (2009). Nous remercions particulièrement Serguey Ivanov (UNPD), co-organisateur de ces deux ateliers et à qui nous devons également le premier jet de l’édition russe. Cristina Giudici et Elena Ambrosetti, auteures de la traduction italienne qui est publiée de manière concomitante, ont établi un partenariat entre l’Université La Sapienza et le Comité français de l’UIESP, qui a permis d’organiser un atelier de formation à la technologie Wiki à Rome en 2011, reprenant ainsi les premiers enseignements dispensés par Laurent Toulemon au tout premier atelier de Paris.

Remercions aussi Christine Gandrille, secrétaire du Comité national français de l’UIESP, qui a numérisé et corrigé bon nombre d’éditions du dictionnaire du fait d’une connaissance hors-norme de plusieurs langues, ainsi que Françoise Gubry et Martine Deville, documentalistes respectivement au CEPED et à l’INED pour leur recherche des ouvrages épuisés telle l’édition arabe et leurs conseils en matière de thésaurus et d’édition des index.

C’est enfin grâce au Comité national français que j’ai eu l’honneur de présider jusqu’en janvier dernier et aux membres de ses trois bureaux successifs que le projet Demopædia a pu se construire depuis 2005. L’INED nous fait l’honneur d’héberger le serveur et l’UIESP vient de créer un groupe de travail autonome afin que le projet prenne une dimension internationale. Que ces deux institutions en soient également remerciées.

Nicolas Brouard

Directeur de recherche à l’INED

Coordinateur pour l’UIESP du projet Demopædia

Preface_(printed_edition)

Prefazione alla seconda edizione armonizzata - versione per la stampa

Avertissement

Structure du dictionnaire

Le Dictionnaire démographique multilingue revêt la forme d’une collection de volumes unilingues, comportant chacun deux parties : un texte assorti de notes et un index alphabétique.

Le texte n’a d’autre objet que de présenter la terminologie technique usitée en démographie dans un contexte qui en éclaire le sens. Il comprend neuf chapitres, groupant chacun un certain nombre de paragraphes. Un numéro à trois chiffres, dont le premier rappelle le rang du chapitre, permet d’identifier chaque paragraphe. Les éléments terminologiques — mots ou expressions — qui y sont inclus, sont imprimés en caractères gras et sont accompagnés d’un chiffre. Celui-ci, lu à la suite du numéro du paragraphe, fournit le numéro de référence de l’élément terminologique en cause (par exemple, le numéro de référence du terme démographie est 101-1).

Le numérotage a été effectué par concept. Il en résulte qu’un même numéro de référence est attribué aux éléments terminologiques de même sens ou de sens très voisins, tandis que plusieurs numéros de référence sont affectés à un même élément terminologique, lorsque celui-ci est susceptible de revêtir des acceptions différentes. Les numéros de référence sont communs aux différentes éditions du dictionnaire et permettent ainsi de naviguer entre les différentes langues du dictionnaire.

Dans le cadre du travail d’uniformisaion des dictionnaires (voir la préface), de nouveaux termes ont été introduits par rapport à l’édition de 1981 du dictionnaire français. Ces « nouveaux » termes sont signalés dans le texte et l’index par une étoile (★).

Certains paragraphes sont suivis de notes numérotées. Celles-ci contiennent des remarques particulières au volume où elles sont insérées et une terminologie complémentaire afférente au concept auquel elles se rapportent. Le dernier chiffre du numéro affecté à ce concept est reproduit en tête de la note correspondante. Les références à la terminologie incluse dans les notes se distinguent des éléments terminologiques du texte principal par un astérisque (*) placé à la suite du numéro du concept.

Seuls les éléments terminologiques figurant dans le texte proprement dit se correspondent de volume à volume, cette correspondance étant établie au moyen du numéro de référence identique (sans astérisque) qui leur est attribué.

Comme dans les précédentes éditions, les caractères italiques ont été utilisés :

Index

L’index de cette édition unifiée du dictionnaire diffère quelque peu des index des précédentes éditions dans la mesure où l’index est désormais généré automatiquement à partir du code source du texte de la version wiki. Tous les éléments terminologiques, tant dans le texte proprement dit que dans les notes, y sont classés alphabétiquement, avec indication du ou des numéros de référence permettant de localiser leur emplacement dans la première partie du volume. Les termes issus des notes y sont présentés en italique.

Les éléments terminologiques apparaissant au pluriel dans le texte ont été indexés le plus souvent sous leur forme au singulier (par exemple, l’expression tables du moment (153-2) a été indexée sous table du moment). Les adjectifs ont été indexés pour leur part au masculin singulier.

Un même élément terminologique peut être classé plusieurs fois dans l’index au travers d’entrées secondaires construites à partir de mots ou groupes de mots (ou racine d’un mot) pouvant être considérés comme exprimant, à eux seuls, un concept particulier. Ainsi, le terme démographie historique (102-1) est classé à la fois sous démographie historique et sous historique, démographie — ; surpeuplement (902-1) est également classé sous peuplement, surpeuplement ; espérance nette de vie active (362-8) sous net, espérance nette de vie active, vie active, espérance nette de — et actif, espérance nette de vie active.

Utilisation du dictionnaire

Le mode d’utilisation du Dictionnaire peut être illustré schématiquement de la façon suivante. Soit à traduire en français l’expression anglaise d’un certain concept. L’index anglais fournit, en regard de l’élément terminologique à traduire, le numéro affecté au concept exprimé. En se reportant au paragraphe correspondant du texte français, on trouve l’expression française de ce concept.

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Demopædia, Dictionnaire démographique multilingue, seconde édition unifiée, volume français, § 211, http://fr-ii.demopaedia.org/wiki/21, consulté le 12 juin 2012.

Liste des abréviations utilisées dans le volume français

adj. adjectif p.ex. par exemple
adv. adverbe pl. pluriel
cf. conférer, voir pp. participe passé
ex. exemple ppr. participe présent
f. féminins. sg. singulier
ff. faisant fonction de s. substantif
i. intransitif t. transitif
m. masculin v. verbe
néol. néologisme vx. vieux, vieilli, archaïque

Chapitre 1 • Généralités

101

La démographie1 est une science ayant pour objet l’étude des populations humaines, et traitant de leur dimension, de leur structure2, de leur évolution et de leurs caractères généraux envisagés principalement d’un point de vue quantitatif. Elle est au centre des sciences de la population8★ auxquelles appartiennent aussi des spécialités interdisciplinaires telles que la démographie économique (104-1), la sociodémographie (104-2), la génétique des populations (104-4), la démographie historique (102-1), la démographie mathématique (102-6), ainsi que, par certains aspects, le droit, la médecine, l’épidémiologie (423-6), l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, la géographie et la philosophie. En terminologie statistique, le mot population3 peut désigner toute collection d’unités distinctes : il est alors synonyme d’univers3. On emploie plus communément le mot population4 pour désigner l’ensemble des habitants5 d’un certain territoire, parfois même une fraction seulement de cet ensemble [ex. : population d’âge scolaire (cf. 346-7), population mariable (514-2)], auquel cas il s’agit, à proprement parler, d’une sous-population6. Il arrive fréquemment qu’on entende par population7, non pas la collectivité elle-même (au sens du n°101-4), mais son effectif7, c’est-à-dire le nombre des habitants qui la composent.
  1. Démographie, s.f. - démographique, adj. - démographe, s.m. : spécialiste de la démographie.
    Noter que l’adjectif démographique offre généralement la traduction correcte du substantif anglais “population” employé adjectivement ; ex. : “population problems”, problèmes (ou : questions) démographiques.
  2. Noter qu’au XVIIIe siècle, le mot population avait aussi un sens actif qu’il a perdu depuis. Il désignait alors l’action de peupler, et a été remplacé par le mot peuplement (811-6*) en cet emploi.
  3. Habitant, s.m. - habiter, v.t. - habitation, s.f. : action d’habiter (cf. 120-1*) ; maison où l’on habite.

102

Certains aspects de la démographie ont reçu des dénominations spéciales en raison de leur objet ou de leurs méthodes. La démographie historique1 s’occupe des populations du passé pour lesquelles on dispose de sources écrites ; quand ces sources manquent, l’étude des populations anciennes prend le nom de paléodémographie2. La démographie descriptive3 traite de la dimension, de la répartition géographique, de la structure (101-2) et du développement des populations d’un point de vue purement descriptif, en s’appuyant principalement sur des statistiques démographiques4. La démographie théorique5, dite aussi démographie pure5, envisage les populations d’un point de vue général et abstrait, s’attachant à l’étude des relations formelles entre les différents phénomènes démographiques ; en raison du recours,dans cette étude, à diverses méthodes mathématiques, elle se confond, en pratique, avec la démographie mathématique6. On appelle fréquemment étude démographique7 un travail sur une population concrète, avec toutes les ressources de l’analyse démographique (103-1). Cette étude peut porter sur la conjoncture démographique8, c’est-à-dire sur l’évolution de l’état et du mouvement d’une population au cours d’une période courte et récente. L’ensemble des disciplines précédentes constitue ce qu’on appelle parfois la démographie quantitative9, en raison de l’importance qui y est attribuée à l’aspect numérique des phénomènes et pour la distinguer des branches de la démographie mentionnées plus loin. Lorsque la population est considérée au sens large reliant ainsi des événements démographiques à des aspects économiques, sociaux ou d’autres phénomènes, le terme études de population10★ est parfois employé.

103

L’analyse démographique1 est la partie de la démographie qui a pour objet de ramener les phénomènes démographiques2 à des effectifs (101-7) et des structures (101-2) invariables, de séparer les effets de chaque phénomène démographique des effets des autres phénomènes démographiques appelés, dans ce cas, phénomènes perturbateurs3, d’étudier les relations entre les phénomènes démographiques et les états de la population (201-8). On distingue : l’analyse longitudinale4, ou analyse par cohorte4, ou analyse par génération4, qui est effectuée au sein d’un groupe bien défini, génération (116-1), promotion (116-2), cohorte (116-2), suivi dans le temps ; l’analyse transversale5, ou analyse par période5, ou analyse du moment5, qui porte sur les phénomènes démographiques se manifestant au cours d’une période bien déterminée (année civile par exemple) au sein d’un ensemble de cohortes.

104

La démographie comprend aussi l’étude des relations entre les phénomènes démographiques d’une part, et les phénomènes économiques ou sociaux d’autre part : les dénominations démographie économique1 et démographie sociale2 sont utilisées pour désigner ces branches particulières de la démographie. La démographie s’intéresse aussi à la façon dont certaines caractéristiques qualitatives, qu’elles s’attachent à des individus ou à des groupes, sont distribuées au sein d’une population. Initialement, la démographie qualitative3 faisait essentiellement référence à la génétique des populations4 ou génétique démographique4 (cf. 911-2). L’écologie humaine5, qui étudie la répartition territoriale et l’organisation des communautés et porte une attention particulière aux processus compétitifs et coopératifs qui s’y manifestent, a de nombreux points communs avec la démographie. Le recouvrement des champs de recherche et des méthodes est encore plus marqué dans le cas de la géographie humaine7★. Il en va de même de la biométrie6 et de l’épidémiologie8★, qui désignent les applications de la statistique à la recherche biologique et médicale.
  1. Ne pas confondre la génétique des populations avec la génétique humaine : cette dernière étudie la transmission des gènes (911-1) dans l’espèce humaine, alors que la première traite de la répartition de ces gènes dans les populations.
    Noter, d’autre part, qu’à la différence de la génétique démographique, l’expression génétique des populations peut s’appliquer éventuellement à des populations non humaines (cf. 101-3), d’animaux ou de plantes.
  2. Écologie, s.f. - écologique, adj. - écologue, s.m. : spécialiste de l’écologie.
  3. Biométrie, s.f. - biométrique, adj. - biométricien, s.m. : spécialiste de la biométrie.

105

La démographie comprend enfin l’étude des doctrines démographiques1, ou théories démographiques1, ou théories de la population1, qui se proposent d’expliquer ou de prévoir, par des considérations économiques, sociologiques ou autres, l’évolution des phénomènes démographiques et de mettre en lumière leurs conséquences. Ces doctrines peuvent éventuellement servir de base à l’élaboration d’une politique démographique2 (cf. § 930), dont les démographes s’efforcent de déterminer l’efficacité.
  1. L’expression théorie de la population (sg.) revêt parfois le sens de démographie théorique (102-5).

110

On peut classer les principales unités statistiques1 utilisées en démographie, en deux catégories d’après leur nature : les unités abstraites, constituées par des événements (201-3), et les unités concrètes. Parmi ces dernières, une des plus importantes est l’individu2, ou personne2 - on disait autrefois, et l’on dit encore parfois en ce sens : âme2, ou tête2 (cf. 202-1*, 435-3* et 902-7). Le ménage3, unité statistique complexe de caractère économico-social, est en principe constitué par l’ensemble des individus vivant habituellement en commun, au même foyer - d’où l’appellation de feu3 utilisée jadis (on dénombrait alors les feux comme nous dénombrons aujourd’hui les ménages). La définition précise du ménage varie selon les pays, voire selon les enquêtes. Pour faciliter les comparaisons internationales, on a recommandé de définir le ménage comme un groupe de personnes vivant au sein d’un même logement (120-1) et prenant leurs repas en commun, et de distinguer, à côté des ménages ordinaires4, correspondant à la notion usuelle, des ménages collectifs5 ou collectivités5 groupant les individus vivant habituellement en commun dans certains établissements. Un individu vivant seul est généralement considéré comme constituant un ménage d’une personne6. Suivant le cas, les pensionnaires7 des particuliers, voire les simples locataires d’une chambre meublée8 chez des particuliers, peuvent être ou non compris dans le ménage dont ils partagent le logement.
  1. Dans le langage courant, le mot gens sert souvent de pluriel à personne ; p. ex. dans les expressions : gens mariés (cf. 515-5), gens âgés (cf. 324-8), jeune. jeunes gens (324-3).
  2. Noter que le mot ménage est souvent synonyme de couple marié (501-8) dans le langage courant, p. ex. dans les expressions : jeune ménage, vieux ménage, ménage sans enfant, faux ménage (503-4*), en ménage (d°), ménage dissocié (512-7).
    Les anciens auteurs, utilisant la terminologie fiscale de l’Ancien Régime, parlent de feux allumants (équivalent, en langue moderne, à logements habités) et de feux exempts (sous-entendu : de taille, c’est-à-dire d’impôts directs).
  3. Le pensionnaire se procure à la fois nourriture et logement contre paiement d’une pension.
  4. Appelés chambreurs dans la statistique canadienne.
    Noter que le mot français logeur désigne la personne qui procure le logement, alors que le mot anglais “lodger” désigne celle qui est logée.

111

Lorsqu’un ménage ordinaire (110-4) comprend plusieurs personnes, celles-ci sont dites membres du ménage1 et l’une d’elles est considérée comme chef de ménage2 - sans qu’il soit d’ailleurs toujours précisé qui doit être tenu pour tel : ce peut être, éventuellement, le principal soutien économique3 du ménage (cf. 358-3). Les formules de recensement comportent généralement une question sur le lien4, ou relation4, existant entre le chef de ménage et chacun des autres membres du ménage. Ceci permet éventuellement de distinguer divers éléments du ménage au sein des ménages complexes5, c’est-à-dire des ménages dont les membres n’appartiennent pas tous à la même famille biologique (113-1). Un ménage complexe peut être décomposé en noyaux6, noyau principal7, noyaux secondaires8, ou en familles (112-1) ; la famille principale9 est celle du chef de ménage ; les autres sont appelées familles secondaires10. On appelle dimension du ménage11, ou taille du ménage11, le nombre de personnes composant le ménage.

112

La famille1 (cf. § 113 et 115) doit être soigneusement distinguée du ménage (110-3). Elle résulte des liens qu’implique le processus de reproduction, surtout dans la mesure où ces liens sont sanctionnés socialement par des dispositions légales ou coutumières. Dans les sociétés de type européen, la famille repose principalement, d’une part sur l’alliance (114-8) entre époux résultant du mariage (501-4), et d’autre part, sur la parenté (114-3*) existant entre les parents2 (pl.) - père3 et mère4 - et leurs enfants5 - fils6 et filles7.
  1. Au sens restreint qu’il revêt ici (cf. 114-3), le mot parents ne s’emploie qu’au pluriel ; le singulier correspondant peut être fourni par le terme juridique auteur.

113

L’ensemble constitué par un couple (503-8) et ses enfants (112-5) est parfois appelé famille biologique1. Envisagés dans leurs relations mutuelles, les enfants d’un même couple sont dénommés frères2 ou sœurs3, suivant leur sexe. Leur ensemble constitue ce qu’on appelle une fratrie4. Lorsque des enfants ont seulement un auteur (112-2*) commun, ils sont dits demi-frères5 ou demi-sœurs6, suivant leur sexe. La notion de famille étendue7★ ou famille élargie7★ inclut des membres de la parenté qui n’appartiennent pas à la famille biologique. On distingue principalement les familles étendues verticalement8★ ou familles multigénérationnelles8★ et les familles étendues horizontalement9★, dans lesquelles une fratrie cohabite avec un beau-parent et ses enfants. Une famille souche10★ est un système familial notamment caractérisé par la cohabitation de plusieurs générations et des relations successorales entre frères de type non égalitaire.
  1. Dans la terminologie juridique, les mots frère et sœur peuvent désigner des individus n’ayant qu’un auteur commun (cf. 113-5 et 113-6). On qualifie alors respectivement de germains, consanguins ou utérins, les frères et sœurs qui ont en commun, soit leurs deux parents (112-2), soit seulement leur père (112-3) ou leur mère (112-4).
  2. Cf. note précédente.

114

Deux individus dont l’un descend de l’autre, ou qui font partie de la descendance1 d’un même ascendant2, sont dits parents3, ou apparentés3. Dans les cas simples où deux individus descendent l’un de l’autre ou n’ont en commun que deux ascendants formant un couple (503-8), on détermine généralement leur degré de parenté4, en comptant le nombre de rapports de filiation constituant les maillons de la chaîne qui les relie, en passant éventuellement par le couple d’ascendants communs (il existe toutefois d’autres modes de décompte). La relation entre les parents (au sens du n° 112-2) et leurs enfants, dénommée filiation5 lorsqu’elle est envisagée dans la personne des enfants, prend respectivement le nom de paternité6 ou de maternité6 lorsqu’on la considère dans la personne du père ou de la mère. Le mot progéniture7 désigne à proprement parler l’ensemble des enfants (112-5) d’un même individu, d’un même couple, ou d’un certain groupe d’individus (cf. 116-3) ou de couples ; mais il est parfois employé au sens plus large de descendance. La parenté (114-3*), au sens propre, définie par une relation de consanguinité, est distincte de l’alliance8, relation que le mariage établit entre un individu d’une part, et son conjoint ou tout parent (au sens du n° 114-3) de son conjoint d’autre part. Toutefois, le langage courant comprend bien souvent les alliés d’un individu au nombre de ses parents.
  1. Descendance, s.f. : ensemble des descendants (s.m.) d’un même individu.
  2. Ascendant, s.m. - ascendance, s.f. : ensemble des ascendants d’un même individu.
  3. Parent, adj. ff. s.m. - parenté, s.f. : relation entre deux parents (au sens du n° 114-3) ; ensemble des parents (d°) d’un même individu. Il y a parenté en ligne directe entre ascendants et descendants, et en ligne collatérale dans les autres cas : les parents en cause sont alors dits collatéraux (adj. ff, s.m.).
  4. Alliance, s.f. - allié, pp. ff. s. : personne unie à une autre par une relation d’alliance.

115

Au sens technico-démographique du terme, la famille1, qu’on appelle alors volontiers famille statistique1, est une unité statistique (110-1) dont la définition varie selon les pays. Dans certains, notamment en France, la définition de la famille statistique repose sur la notion de famille biologique (113-1). Dans d’autres pays, par contre, les considérations économiques et sociales ont conduit à rapprocher les notions de famille (112-1) et de ménage (110-3), et à définir la famille statistique par référence à l’élément familial principal2 du ménage, constitué par le chef de ménage (111-2), son conjoint (501-5), et ceux de leurs enfants (112-5) vivant à leur foyer qui ne sont ni mariés (515-5) ni chargés d’enfants. Les couples mariés vivant avec leurs enfants sont qualifiés de familles traditionnelles3★ tandis que les familles où l’un des parents, séparé ou veuf, vit avec ses enfants peuvent être qualifiées de familles désunies4★ ou de familles monoparentales4★. Les couples mariés, les personnes veuves ou séparées qui, au moment de la déclaration, n’ont plus d’enfants vivant au sein du ménage, sont parfois qualifiées dans certains pays comme l’Allemagne de familles incomplètes5★. Si ces types de familles vivent au sein d’un ménage, ils sont qualifiés de ménage avec famille6★.
  1. En France, le principe adopté pour l’établissement de la statistique des familles (637-1*) est qu’il y a autant de familles qu’il y a de mariages, actuels (cf. 611-2) ou dissous (cf. 510-1), représentés à l’instant envisagé. Ces statistiques peuvent être considérées comme résultant du classement des chefs de famille d’après le nombre de leurs enfants - nés vivants (601-5*), ou survivants (cf. 637-1*) - à condition de dépouiller l’expression chef de famille de son sens juridique usuel, l’un ou l’autre des conjoints ou anciens conjoints (cas du divorce) pouvant être tenu pour tel, selon les besoins.
    Noter qu’aux États-Unis le mot “family” désigne souvent un ensemble d’individus apparentés (114-3) ou alliés (114-8*) vivant au sein d’un même ménage.
    Noter qu’en Allemagne, on distingue les notions de “Vollständige Familie” (115-3), de “Unvollständige Familie” (115-4) et de “Restfamilie” (115-5), selon la composition de la famille.
  2. Deux familles désunies peuvent reconstituer une famille, on parle alors de famille recomposée.

116

Précisant un des sens que revêt le mot génération1 dans le langage courant, les démographes utilisent cette dénomination pour désigner un ensemble d’individus nés pendant une période donnée. Si cette période n’est pas précisée, il est généralement sous-entendu qu’il s’agit d’une année civile. Par généralisation de cette notion de génération, on aboutit à celle de cohorte2 ou promotion2 : ensemble des individus ayant vécu un événement semblable au cours d’une même période de temps. Le mot génération3 peut aussi désigner, en démographie comme en généalogie (215-12), la progéniture (114-7) d’une génération au sens du n° 116-1. On peut qualifier les générations selon les ages atteints et parler de génération montante6★ pour les jeunes, de génération dans la force de l’âge7★ pour les adultes en âge d’avoir des enfants, de travailler etc., et de vieille génération8★ pour les plus âgés. L’expression « deuxième génération9★ » s’est imposée pour désigner les enfants nés dans le pays où leurs parents ont immigré. On parle aussi de troisième ou quatrième génération. On désigne enfin sous le terme de génération pleine10★ (respectivement génération creuse11★) les générations correspondant à un nombre de naissances particulièrement élevé (respectivement bas). On considère parfois des générations constituées d’individus du même sexe, dénommées suivant le cas générations masculines4 ou générations féminines5, notamment pour le calcul de l’intervalle entre générations successives (713-1).
  1. Le mot génération désigne aussi l’action d’engendrer (cf. 601-2*).
  2. Le mot classe désigne, dans la terminologie militaire, une promotion de conscrits. On dénomme classes creuses des classes issues de générations creuses, c’est-à-dire de générations nées pendant des périodes où la natalité s’est trouvée temporairement abaissée de façon notable.

120

La dénomination générique de logement1 s’applique à un local d’habitation formant un tout et destiné à abriter un ménage (110-3). Si une partie de la population vit ailleurs que dans des maisons - sous la tente, à bord de bateaux, etc. - on peut parler d’unité de logement1 dans un sens comparable. La dimension d’un logement se mesure fréquemment par le nombre de ses pièces2, parfois par sa surface habitable3. Le degré d’occupation4 d’un logement se définit en fonction du nombre de personnes qui y habitent d’une part, et de ses dimensions d’autre part. La fixation de normes d’occupation permet de déterminer les logements surpeuplés5 et les logements sous-peuplés6. Un logement inutilisé est dénommé logement vacant7 ; on ne considère pas comme vacant un logement que son détenteur n’utilise qu’épisodiquement, à titre de résidence secondaire (310-6*).
  1. Il est fréquent, en France, de distinguer deux grandes catégories de logements, suivant leur nature : d’une part les maisons individuelles, d’autre part les appartements des immeubles d’habitation collective - on dit souvent, par abréviation, immeuble.
    On notera que, dans la classification européenne des immeubles d’après le nombre de leurs étages, le rez-de-chaussée n’est généralement pas compté pour un étage (alors qu’aux États-Unis, p. ex., le rez-de-chaussée constitue le “first floor”).
  2. En France, seules sont généralement comptées comme pièces, les pièces principales d’habitation, y compris éventuellement la cuisine-salle à manger, mais non compris la simple cuisine.

121

Juridiquement, l’occupant d’un logement (120-1) peut détenir celui-ci à divers titres, notamment en tant que propriétaire1, locataire2 ou sous-locataire3. Le locataire de qui le sous-locataire tient son droit d’occupation, est dit locataire principal5★. Il se peut aussi qu’il n’ait aucun droit à occuper le logement où il habite, auquel cas il est dit occupant sans titre4.
  1. On peut louer vide ou meublé. Par abréviation, on dit un meublé, pour : un logement meublé.

130

La statistique démographique1 (sg.) est l’art de rassembler les renseignements numériques2, ou données numériques2, concernant les populations, et de les présenter sous forme de statistiques démographiques (102-4) ; les observations3 relatives aux diverses unités statistiques (110-1) sont d’abord collectées4 à l’aide d’imprimés (206-1) appropriés, et les documents (cf. 221-2) ainsi obtenus sont ensuite contrôlés5, ou vérifiés5, pour en éliminer les erreurs les plus manifestes. On procède alors à la mise en tableaux6 des données, grâce au classement7 des observations. Cette dernière opération consiste à grouper les unités statistiques présentant certaines caractéristiques communes, de façon à répartir les observations en un certain nombre de classes8. L’exploitation statistique9 des données comporte toutes les opérations succédant à leur collecte, y compris éventuellement leur analyse statistique10★ (132-1).
  1. Statistique démographique - statisticien-démographe, s.m. : spécialiste de la statistique démographique.
  2. Collecter, v.t. - collecte, s.f.
  3. Contrôler, v.t. - contrôle, s.m. Vérifier, v.t. - vérification, s.f.
  4. Classement, s.m. : action de classer (v.t.) ; résultat de cette action - classification, s.f. : cadre de classement.
    Ventiler, v.t. : répartir par classes - Ventilation, s.f. : opération correspondante.

131

Les données brutes1, ou données de base1, résultant des opérations précédentes (cf. § 130), sont constituées par des séries2 de nombres absolus3 généralement présentées sous forme de tableaux numériques4. Leur classement (130-7) peut être ordonné d’après les valeurs de certains caractères quantitatifs, qui sont alors considérés comme des variables5 (ex. âge, nombre d’enfants ; cf. § 143), ou effectué d’après certains caractères qualitatifs6 (ex. sexe, état matrimonial). Lorsque le classement résulte de la prise en considération simultanée de plusieurs caractères, on obtient des tableaux à multiple entrée7 (à double entrée, à triple entrée, etc.). On appelle tableau récapitulatif8 un tableau groupant la matière d’une collection de tableaux partiels9.
  1. D’une façon générale, on qualifie de brut, tout résultat obtenu par des procédés assez directs et relativement simples, pour le distinguer de résultats de même nature, spécialement élaborés en vue d’une analyse particulière (cf. 132-6), et considérés comme mieux adaptés à cette analyse. Pour un autre sens de brut en démographie voir 136-8.
  2. Dans l’expression : nombre absolu, l’adjectif absolu s’oppose implicitement à relatif (tantôt synonyme de proportionnel - 133-2* -, tantôt signifiant évalué par comparaison - cf. 132-7), comme dans les expressions : valeur absolue et valeur relative.
  3. Quand il n’y a pas de confusion possible, on emploie couramment le mot tableau pour désigner un tableau numérique.

132

L’exploitation des données brutes (131-1) se fait couramment en deux phases : une phase d’analyse1 où l’on cherche à séparer les composantes des nombres observés (effectifs (101-7), structures (101-2), phénomènes perturbateurs (103-3), phénomène étudié) et une phase de synthèse2 où l’on combine de diverses manières les composantes que l’on a isolées. Ces deux phases nécessitent le calcul3★ d’indices4 ; les noms de ceux-ci sont variés (voir § 133) ; les indices calculés dans la phase de synthèse sont appelés indices synthétiques5. Par opposition aux données brutes les indices sont des résultats élaborés6. Dans un sens spécial le mot indice7 est employé pour désigner un nombre proportionnel, exprimant la valeur d’une quantité par rapport à celle d’une autre quantité prise pour base cent8. Certains indices sont de bons indicateurs9 en tant qu’éléments caractéristiques d’une situation complexe ; on dira par exemple que le taux de mortalité infantile est un bon indicateur de l’état sanitaire de la population.
  1. Calculer, v.t. - calcul, s.m. - calculateur, s.m. - B, s.f. : spécialiste du calcul.
  2. Élaboré, pp. ff. adj. - élaborer, v.t. - élaboration, s.f. : travail long et soigné.

133

Un des premiers stades de l’analyse (132-1) consiste à diviser des effectifs (101-7) ou des nombres d’événements (201-3) par d’autres. Les indices (132-4) ainsi obtenus ont des noms divers : rapport1, assez peu employé, lorsque le dividende et le diviseur appartiennent à des catégories différentes (hommes et femmes, enfants et femmes, par ex.), proportion2 quand on divise une partie par le tout. Le mot pourcentage3 désigne une proportion pour cent. Le mot taux4 désignait à l’origine la fréquence relative5 d’un événement au sein d’une population ou d’une sous-population (101-6) en un laps de temps, le plus souvent égal à un an : ex. taux de natalité. Mais on rencontre le mot taux employé dans des acceptions variées : ex. taux de masculinité (320-4), qui est une proportion, taux brut et taux net de reproduction (cf. § 711), qui sont des indices synthétiques obtenus par des opérations assez longues. Le rapport des deux grandeurs de même nature s’appelle également un ratio6★.
  1. Proportion, s.f. - proportionnel, adj.
  2. En raison de la variété d’emploi du mot taux, certains auteurs ont créé des expressions destinées à distinguer diverses sortes de taux : taux de première catégorie, taux de deuxième catégorie, ou à remplacer le mot taux par une expression comme événements réduits, qui diffèrent souvent des taux courants du même genre par l’emploi d’un diviseur différent. Les taux sont généralement donnés pour mille (notation ‰) ou pour quelque autre puissance de dix (cf. 421-10). Noter que les mots taux de sont quelquefois sous-entendus : ex. une natalité de 20 ‰ équivaut à un taux de natalité de 20 pour mille (sous-entendu : habitants).

134

La fréquence relative (133-5) d’un événement non-renouvelable (201-4) est parfois considérée comme une mesure expérimentale de sa probabilité1 d’apparition. Ceci revient à présumer que l’événement en question représente un risque2 auquel sont soumis tous les individus constituant le groupe en cause, lesquels sont dits exposés au risque3. (Noter que l’emploi du mot risque en cette acception technique n’implique aucunement que l’événement considéré soit indésirable.). Lorsque le risque auquel sont exposés les divers éléments d’une population est d’intensité très variable, on s’efforce de se rapprocher des conditions idéales d’homogénéité4 où chaque individu serait soumis à un risque identique, en fractionnant la population en groupes moins hétérogènes5 par rapport au risque, c’est-à-dire à l’intérieur desquels la variabilité (141-1) du risque est moins grande que dans la population totale. Les taux calculés pour de tels groupes sont parfois appelés taux spécifiques6, ou taux spécialisés6, par opposition aux taux généraux7 calculés pour l’ensemble de la population.
  1. Probabilité, s.f. - probable, adj. - probabiliste, adj. : relatif au calcul des probabilités, ff. s.m. : spécialiste de ce calcul.
  2. Homogénéité, s.f. - homogène, adj.
  3. Hétérogène, adj. - hétérogénéité, s.f.
  4. Noter que l’expression taux spécifique n’est guère employée que comme dénomination générique, et que l’usage français est de considérer l’adjectif spécifique comme explétif dans la désignation particulière des taux : on dit, p. ex., taux par âge (135-1), et non taux spécifique par âge.
  5. Noter que la loi de transfert de la qualification joue de façon constante pour l’adjectif général en cet emploi : on dit taux de mortalité générale, pour taux général de mortalité (cf. 401-4* et 633-7*).

135

Certains indices d’analyse (cf. 132-1 et 132-4) jouent un rôle privilégié parce qu’ils sont utilisés dans la construction des indices synthétiques (132-5) : il en est ainsi des taux par âge1, des taux par groupe d’âges2, des taux par durée3 écoulée depuis un événement origine4, mariage ou naissance précédente p. ex. ; il en est ainsi également des quotients5. Les taux parfois appelés taux centraux10★ (133-4) sont obtenus en divisant le nombre d’événements d’une année ou d’une période, le plus souvent de cinq ans, soit par la population moyenne6, soit par le nombre de personnes-années7 de cette année ou de cette période, ce nombre étant la somme des temps de présence, exprimés en années, des diverses personnes du groupe observé. On distingue les taux du moment8 des taux de cohorte9, dont les taux de génération9 constituent une catégorie particulière. Les quotients sont obtenus en divisant le nombre d’événements non renouvelables (201-4) d’une année ou d’une période par l’effectif de la cohorte (116-2) considérée au début de cette année ou de cette période, corrigé au besoin pour éliminer l’influence perturbatrice d’autres phénomènes.
  1. Le nombre de personnes-années vécues par la population est égal au produit de la population moyenne par la durée de cette période. Lorsque la durée d’exposition est d’un an, cette dimension annuelle est parfois omise.
  2. On utilise le terme central pour rappeler qu’un taux de mortalité est proche de la valeur de la force de mortalité ou taux instantané à l’âge central du groupe d’âge incriminé.

136

Les données (cf. 130-2) sont dites provisoires1 lorsqu’elles reposent sur des renseignements incomplets ou insuffisamment contrôlés, et définitives2 dans le cas contraire. Les taux (133-4) calculés sur de telles bases sont dénommés respectivement taux provisoires3 et taux définitifs4. Quand des renseignements inattendus conduisent à modifier un résultat considéré jusqu’alors comme définitif, il vaudrait mieux parler de taux révisé5 que de taux rectifié5. Cette dernière expression se rencontre en effet employée comme synonyme de taux corrigé6, avec toutes les ambiguïtés qui peuvent en résulter. On peut en effet corriger un taux, non seulement lorsqu’il est basé sur des données défectueuses, mais aussi quand on estime préférable d’employer une méthode de calcul mieux appropriée au but qu’on se propose. Le sens de l’expression ne peut alors résulter que du contexte. La meilleure façon de préciser ce sens paraît consister à employer l’expression sous la forme taux corrigé de6 ..., tel phénomène [ex. taux corrigé du mouvement saisonnier (150-5), taux corrigé des mouvements migratoires (805-1)]. On appelle taux comparatif7 un taux spécialement élaboré en vue de comparer l’intensité d’un phénomène (p. ex. la mortalité - cf. § 403) dans diverses populations, abstraction faite de l’incidence sur la mesure du phénomène étudié, de certains facteurs de différenciation existant entre les populations en cause (p. ex. leur répartition par âges). Si les données ne permettent pas d’estimer directement des taux propres à ces populations étudiées, on peut utiliser indirectement des taux types9★ et les appliquer aux populations étudiées. Par opposition à ces taux élaborés, ceux qui résultent des calculs les plus simples sont appelés taux bruts8 (cf. 131-1*). Les taux bruts ne permettent généralement pas d’évaluer des tendances fines car ils sont soumis à l’inertie démographique d’autres phénomènes dont ils n’ont pu être débarrassés.

137

Nombre d’indices (132-4) utilisés en démographie sont intimement liés à une certaine période d’observation1. Tel est notamment le cas de la plupart des taux (133-4). On les dénomme taux annuels2 lorsqu’ils sont calculés sur la base des observations effectuées pendant une année, et taux moyens annuels3 ou taux annuels moyens3, lorsque leur calcul repose sur la moyenne des données recueillies pendant plusieurs années consécutives. Les taux calculés sur une période plus courte que l’année sont généralement ramenés à l’année4 en les multipliant par un facteur convenable. On considère aussi des taux instantanés5, ou des quotients instantanés5, définis comme la limite vers laquelle tend un taux, ou un quotient (135-5), ramené à l’unité de temps, lorsque la période d’observation tend vers zéro (cf. 431-4 et 702-5).
  1. Dans les anciens textes, il faut entendre par année commune une année ordinaire, et l’expression équivaut en fait à année moyenne.
  2. Les taux trimestriels et les taux mensuels sont généralement ramenés à l’année, sans même que cela soit précisé.

138

L’analyse longitudinale (103-4) a comme objectif premier l’étude de l’intensité1 et du calendrier2 des phénomènes démographiques. L’intensité d’un phénomène issu d’un événement non renouvelable (201-4) se mesure soit par la fréquence finale3 de cet événement, soit par le complément à un de celle-ci. La fréquence finale est égale à la proportion des membres de la cohorte (116-2) qui, en l’absence de phénomènes perturbateurs (103-3), auraient vécu ou subi, au cours de l’existence de cette cohorte, l’événement considéré. L’intensité d’un phénomène issu d’un événement renouvelable (201-5), comme les naissances ou les migrations, se mesure par l’équivalent d’un nombre moyen d’événements4 par personne, au cours de l’existence d’une cohorte, toujours en l’absence de phénomènes perturbateurs. Quant au calendrier, il se définit comme la répartition dans le temps, au sein d’une cohorte, des événements démographiques correspondant au phénomène étudié. Les résultats d’une analyse transversale (103-5) sont couramment résumés par des indices synthétiques (132-5) dits indices du moment5 par opposition aux indices de cohorte6 dont les indices de génération6 sont un cas particulier ; on peut construire ceux-ci de diverses manières. Le procédé suivant a été très en faveur : on attribue à une cohorte fictive7 les quotients ou taux observés aux divers âges ou aux diverses durées.
  1. Cette fréquence finale et, éventuellement, son complément à un ont des noms variables d’un phénomène à l’autre : probabilité d’agrandissement des familles (637-7), fréquence du célibat définitif (521-1) ... Il convient de ne pas employer le mot proportion dans ces dénominations et de le réserver aux proportions observées ; on distingue ainsi la fréquence du célibat et la proportion de célibataires à tel âge, calculée à partir d’un recensement.
  2. Il est courant de donner le même nom au nombre moyen d’événements (138-4) par personne observé et au nombre moyen qu’on observerait sans phénomènes perturbateurs (103-3), sans mortalité en particulier. Il vaudrait mieux abandonner cet usage et adopter des expressions distinctes, p. ex. : nombre moyen d’enfants (cf. 637-2 et 637-6) et descendance (cf. 636-2).
  3. En raison de l’antériorité du traitement transversal et de l’artifice de la cohorte fictive, les indices du moment sont couramment dénommés comme s’il s’agissait d’indices de cohorte. Cet usage peut conduire à des contradictions ; c’est ainsi que l’indice appelé d’abord probabilité d’agrandissement du moment peut dépasser un en cas de récupération de naissances ajournées. Cet inconvénient disparaît avec l’appelation somme des événements réduits de l’année x, indice synthétique équivalent à un taux comparatif (136-7).

140

La moyenne1 la plus fréquemment utilisée en démographie est la moyenne arithmétique2 : c’est toujours d’elle qu’il s’agit lorsqu’on parle de moyenne sans autre précision. Elle s’obtient en divisant la somme des valeurs observées par le nombre des observations. Lorsque toutes les valeurs observées sont positives, on emploie parfois la moyenne géométrique3, définie comme la racine nième du produit de n valeurs observées. On appelle moyenne pondérée4 une moyenne établie après avoir affecté chaque observation d’un coefficient de pondération5, ou poids5, particulier. On appelle médiane6 une valeur telle que le nombre des observations qui lui sont inférieures soit égal au nombre des observations qui lui sont supérieures, dans un ensemble7, ou lot7, de valeurs observées. Le mode8 est la valeur qui a été le plus souvent observée.
  1. Moyenne, s.f. - moyen, adj. 4. Pondérer, v.t. - pondération, s.f.
  2. Médiane, s.f. - médian, adj.
  3. Mode, s.m. - modal, adj.

141

On étudie sous le nom de dispersion1 d’un ensemble d’observations, la façon dont celles-ci s’écartent les unes des autres. On dit parfois, dans le même sens, qu’on étudie la variabilité1 des observations. Une des notions fondamentales intervenant dans cette étude est celle d’écart2, nom sous lequel on désigne alors la différence entre deux valeurs. On peut prendre en considération l’écart des observations entre elles, ou par rapport à telle valeur donnée : leur moyenne (140-1), par exemple. Nous ne mentionnerons ici que les caractéristiques de dispersion3, ou indices de dispersion3 (cf. 132-4), les plus usuels. On appelle étendue4 l’écart entre les valeurs extrêmes observées. L’intervalle interquartile5, qui est l’écart entre les 1er et 3e quartiles (142-2), contient la moitié des observations. On considère parfois le demi-intervalle interquartile, qui a reçu le nom de semi-interquartile6, ou déviation quartile6. L’écart absolu moyen7 est la moyenne arithmétique (140-2) des valeurs absolues des écarts des observations par rapport à leur moyenne. La variance8 est la moyenne arithmétique des carrés des écarts des observations par rapport à leur moyenne. L’écart type9 est la racine carrée de la variance.

142

Dans une série d’observations ordonnées par valeurs croissantes ou décroissantes, les valeurs telles qu’elles laissent respectivement au-dessous ou au-dessus d’elles une proportion donnée des observations, peuvent servir à construire des indices de dispersion (141-3) de la série. Ces valeurs ont reçu le nom générique de quantiles1. Parmi elles, on utilise surtout la médiane (140-6), les quartiles2, les déciles3 et les centiles4, qui divisent respectivement la série ordonnée des observations en deux, quatre, dix et cent groupes successifs, comprenant chacun un même nombre d’observations.

143

Une grandeur est dite continue1 dans un certain domaine, lorsqu’elle peut prendre une infinité de valeurs dans tout intervalle compris dans ce domaine. Dans le cas contraire, elle est dite discontinue2 dans le domaine envisagé. On considère souvent en démographie des variables (131-5) qui ne peuvent prendre que des valeurs isolées : on dit que ces valeurs constituent un ensemble discret3 et que la variable correspondante est discrète.
  1. Continu, adj. - continuité, s.f.
  2. Discontinu, adj. - discontinuité, s.f.

144

La répartition d’une population (101-3) d’unités statistiques en classes (130-8), d’après les valeurs ou les qualités d’un certain caractère, permet d’étudier la distribution1 de ce caractère au sein de la population en cause. Le rapport de l’effectif de classe2 à l’effectif total est appelé fréquence3 ; on précise parfois fréquence relative3, l’expression fréquence absolue2 se rencontrant pour désigner l’effectif de classe. Le mot distribution est peu usité en démographie : on préfère parler de la répartition4 de la population par catégories (cf. 320-1) ou d’après, suivant, selon tel caractère, ou de sa structure (101-2), ou composition4, en général ou pour un caractère déterminé.
  1. Les mots répartition, le plus employé, classement, à peu près équivalent mais peu usité, composition, structure, sont souvent employés l’un pour l’autre, avec un complément précédé de la préposition par, non suivie d’un article, ou des prépositions d’après, suivant, selon, suivies de l’article défini ; après le mot classement, le mot qui suit la préposition par devrait être au pluriel ; par analogie, il devrait en être de même avec répartition ; l’usage du singulier est cependant très répandu, sans doute parce que le singulier est employé avec les trois autres prépositions. L’emploi des mêmes constructions avec les mots structure et composition est à déconseiller, ces deux mots s’employant normalement sans complément : on dit, par exemple, que la démographie étudie les populations sous le double aspect du nombre et de la structure, ce dernier mot englobant toutes les répartitions possibles.

150

La série des valeurs prises au cours du temps par une certaine variable (131-5) - ex. nombre mensuel des naissances - constitue ce qu’on appelle une série chronologique1. L’examen d’une série chronologique permet parfois de distinguer une tendance2, ou tendance générale2, ou tendance à long terme2, ou mouvement général2, et de le dégager des variations3, fluctuations3, ou mouvements particuliers3 qui s’y superposent. Lorsqu’un mouvement particulier se reproduit plus ou moins semblable à lui-même à intervalles à peu près réguliers, on dit qu’on a affaire à un mouvement périodique4, ou mouvement cyclique4. Le cas le plus usuel en démographie est celui des mouvements à périodicité annuelle, liés à l’alternance des saisons, d’où leur nom de mouvements saisonniers5, ou variations saisonnières5. Les irrégularités6 qui subsistent lorsqu’on a rendu compte des mouvements susceptibles d’être définis constituent les variations résiduelles6. On les appelle souvent variations accidentelles6 pour marquer leur caractère imprévisible, et on peut y comprendre les perturbations6 dues à des phénomènes exceptionnels, à une mobilisation par exemple. Lorsque le nombre des observations est relativement faible, tout ou partie des irrégularités qui se manifestent dans une série numérique, peuvent parfois être attribuées à l’intervention du hasard : on dit alors qu’on se trouve en présence de variations aléatoires7, ou fluctuations aléatoires7.
  1. Certains auteurs emploient l’expression chronique.
  2. Ne pas confondre ce sens de l’expression mouvement général, avec celui qu’elle revêt dans : mouvement général de la population (201-9).
  3. Noter que le mot variation employé sans qualificatif a un sens très général et peut s’appliquer à toute modification de la valeur d’une grandeur.
  4. Périodique, adj. - période, s.f. - périodicité, s.f. cyclique, adj. - cycle, s.m.
  5. Ces expressions sont parfois utilisées au sens de 150-4, l’adjectif saisonnier étant alors dépouillé de son sens originel.
    Noter que le mot saisonnier s’emploie aussi comme s.m. au sens de travailleur saisonnier (cf. 356-4*).
  6. Irrégularité, s.f. - irrégulier, adj.
    perturbation, s.f. - perturber, v.t. - perturbateur, adj.
  7. Aléatoire, adj. : soumis à l’influence du hasard ; faisant intervenir le hasard (cf. 161-1).

151

On éprouve parfois le besoin de substituer à une série de données (cf. 130-2) résultant de l’observation, une série de valeurs plus régulière, dite ajustée1. Le principe de l’ajustement1, ou lissage1, consiste à faire passer une courbe régulière, au plus près de l’ensemble des points représentatifs de la série brute (131-1*). Dans l’ajustement graphique2, la courbe est tracée au jugé ; dans l’ajustement analytique3, elle représente une certaine fonction préalablement choisie, dont les paramètres sont déterminés algébriquement, par exemple par la méthode des moindres carrés4, qui consiste à rendre minimale la somme des carrés des écarts des observations à la courbe d’ajustement. Parmi les autres méthodes mathématiques d’ajustement, mentionnons celles qui font usage de la moyenne mobile5, pondérée ou non, et du calcul des différences finies6. Certains procédés d’ajustement peuvent être utilisés pour l’interpolation7, c’est-à-dire pour la détermination de points intermédiaires entre des points connus, ou pour l’extrapolation8, c’est-à-dire pour la détermination de points situés hors du champ d’observation.
  1. Ajuster, v.t. ; on dit tantôt : ajuster une série d’observations par une courbe, tantôt ajuster une courbe à une série d’observations.
  2. Interpolation, s.f. - interpoler, v.t.
  3. Extrapolation, s.f. - extrapoler, v.t.

152

On observe fréquemment une tendance des personnes interrogées à donner leurs réponses en nombres ronds1. Ce phénomène est connu sous le nom d’attraction des nombres ronds2 et s’étend à d’autres nombres attractifs3 qu’aux multiples de 10, par exemple aux multiples de 5 ou à certains nombres pairs. On peut l’étudier à l’aide d’indices d’attraction4 (cf. 132-4). Les âges ont souvent besoin d’être corrigés également en raison d’erreurs de déclaration de l’âge5★, de biais de déclaration de l’âge5★ ou de déclarations inexactes de l’âge5★.
  1. Rond, adj. : se dit, à proprement parler, d’un nombre terminé par un zéro - arrondir (v.t.) un nombre : lui substituer le nombre rond le plus voisin - arrondi, pp. ff. s.m.

153

Les valeurs numériques des fonctions démographiques (cf. 432-2 et 634-2) sont généralement présentées sous forme de tables1 : p. ex. tables de mortalité (432-1), tables de nuptialité (522-1), tables de fécondité (639-2). On distingue les tables du moment2, fondées sur des observations recueillies pendant une certaine période, d’ordinaire assez étroitement limitée, et les tables de cohorte3, ou tables de promotion3, ou tables longitudinales3, fondées sur l’observation d’une cohorte (116-2) tout au long de son existence. Les tables de génération3 constituent un cas particulier des tables de cohorte. Dans les tables à extinction multiple4, plusieurs événements non renouvelables (201-4) interviennent simultanément, premier mariage (514-8) et mortalité des célibataires par exemple ; les plus courantes de ces tables sont les tables à double extinction4. Les tables perspectives5 donnent des valeurs numériques des fonctions démographiques, probabilité de survie (431-6) par exemple, directement utilisables pour le calcul de perspectives (cf. 720-2). Dans le cas où la population étudiée est simultanément soumise à des événements susceptibles de la faire croître et décroître, on établit des tableaux entrées-sorties6★ ou tables multi-états6★.

154

Lorsque les données disponibles ne permettent pas de préciser avec exactitude la valeur d’une quantité, on peut parfois estimer1 celle-ci avec une plus ou moins grande précision. L’opération correspondante est dénommée estimation2, et son résultat, ou valeur estimée3, est souvent appelé également estimation3 de la valeur en cause. Fréquemment employé comme synonyme d’estimation, le mot évaluation4 s’applique aussi à des valeurs plus conjecturales, ne reposant parfois sur aucune donnée digne de foi, et n’ayant pour mérite que d’indiquer l’ordre de grandeur5 de la valeur envisagée.
  1. Évaluation, s.f. - évaluer, v.t.
    En anglais, évaluation a le sens beaucoup plus large d’« appréciation d’ensemble de la qualité de ... ».

155

Pour illustrer un exposé, on peut recourir à divers modes de représentation graphique1 : la démographie fait grand usage de diagrammes2, graphiques2 ou figures2 et de cartogrammes3 ou cartes statistiques3. Elle utilise aussi des schémas4, figures simplifiées qui ne visent qu’à éclairer un exposé, sans prétendre représenter fidèlement la réalité. Un graphique dont l’un des axes est à l’échelle logarithmique, l’autre restant à l’échelle arithmétique, est semi-logarithmique5 ; mais il est souvent incorrectement dénommé graphique logarithmique5. Dans un graphique logarithmique6, les deux axes sontà l’échelle logarithmique ; pour éviter toute confusion, il peut être bon de préciser alors : graphique double-logarithmique6. Pour représenter les distributions (144-1), on utilise, entre autres le polygone de fréquence7, obtenu en joignant successivement par des segments rectilignes les points figuratifs des fréquences (144-3) de classe ; l’histogramme8, où chaque fréquence de classe est figurée par la surface d’un rectangle ayant pour base l’intervalle de classe (cas des variables continues (143-1)) ; ou le diagramme en bâtons9, où chaque fréquence de classe est figurée par un segment de longueur proportionnelle à cette fréquence (cas des variables discrètes - 143-3) ou encore la courbe des fréquences cumulées10★.
  1. Carte, s.f. - cartographique, adj.

160

On appelle sondage1 un ensemble d’opérations ayant pour objet d’étudier la distribution (144-1) de certains caractères dans la totalité d’une population (101-3), à partir de l’observation d’une fraction seulement de cette population, dénommée échantillon2. Qu’elle comprenne un seul ou plusieurs des éléments3 constitutifs de la population, l’unité utilisée pour la confection de l’échantillon reçoit le nom d’unité de sondage4. L’échantillon comprend un certain nombre de ces unités, choisies conformément au plan de sondage5.
  1. Bien que souvent employé comme synonyme de sondage, le mot échantillonnage désigne plus particulièrement les opérations ayant trait à la détermination de l’échantillon.

161

On appelle sondage probabiliste1 (cf. 134-1*), ou sondage aléatoire1 (cf. 150-7*), ou sondage au hasard1, un sondage (160-1) dans lequel l’échantillon (160-2) est déterminé par le moyen d’un ou plusieurs tirages au sort2 effectués dans tout ou partie de l’ensemble à étudier. Cette technique implique l’utilisation d’une liste à partir de laquelle on peut tirer un échantillon, où figurent sans omission ni répétition les unités de sondage (160-4). Cette liste constitue la base de sondage3. Dans le sondage aléatoire simple4, les éléments (160-3) sont utilisés comme unités de sondage et sont tirés au sort individuellement. La proportion des unités tirées est dénommée taux de sondage5, ou fraction sondée5. On appelle échantillon systématique6 un échantillon obtenu par tirage systématique7, c’est-à-dire en prenant des unités également espacées sur la liste. Dans le sondage en grappes8, les éléments constitutifs de l’échantillon ne sont pas tirés individuellement, mais par groupes qui reçoivent, en l’occurrence, la dénomination de grappes9.
  1. Tirage (s.m.) au sort - tirer (v.t.) au sort.
  2. On distingue éventuellement la fraction de sondage, prévue dans le plan de sondage, de la fraction sondée, calculée a posteriori et qui peut en différer légèrement.

162

Dans le sondage stratifié1, les unités de sondage (160-4) sont groupées par strates2, présumées devoir être, pour la plupart, plus homogènes (134-4*) que la population (101-3) dans son ensemble, par rapport aux caractères étudiés ; on effectue un tirage dans chaque strate, le taux de sondage (161-5) adopté pour ces divers tirages pouvant éventuellement varier selon les strates. Dans le sondage à plusieurs degrés3, la constitution de l’échantillon (160-2) résulte de tirages successifs d’unités de sondage de divers ordres : on tire d’abord un échantillon d’unités du premier ordre, dites unités primaires4, puis un sous-échantillon5 d’unités du second ordre, dites unités secondaires6, dans chacune des unités du premier ordre précédemment tirées, et ainsi de suite, éventuellement. On appelle sondage aréolaire7un sondage (160-1) où l’unité de sondage est constituée par une fraction du territoire occupé par la population étudiée.
  1. Stratifier, v.t. : répartir par strates - stratification, s.f.

163

Dans un sondage aléatoire simple (161-4), on obtient, par le jeu du hasard, un échantillon représentatif1, c’est-à-dire un échantillon offrant une image fidèle, aux fluctuations aléatoires près, de la population sondée, pour tous les caractères étudiés. Dans un sondage par quotas2, au contraire, on choisit a priori l’échantillon de façon qu’il représente la population sondée pour quelques-uns de ses caractères ; on y parvient en assignant à chaque enquêteur (204-2) le nombre ou la proportion des éléments présentant tels caractères spécifiés que son propre échantillon devra comporter : dans le cadre de ces contingents3 (nombres absolus), ou quotas3 (proportions), l’enquêteur dispose du libre choix des éléments constitutifs de son échantillon, alors que dans le sondage probabiliste (161-1), il doit interroger exclusivement les unités tirées au sort qui lui sont désignées.

164

La dénomination de paramètre statistique1 peut s’appliquer à toute caractéristique numérique d’une population (101-3). On appelle estimation statistique2 l’opération ayant pour objet de déterminer la valeur des paramètres d’une population, à partir des résultats d’un sondage (160-1). Les estimations (154-3) ainsi obtenues sont entachées d’erreurs d’échantillonnage3, dont on évalue souvent l’ordre de grandeur en déterminant l’écart type (141-9) de l’estimation, quantité qui prend alors le nom d’erreur type4. Pour indiquer la précision d’une estimation, on peut lui associer un intervalle de confiance5, intervalle aléatoire ayant une probabilité fixée à l’avance de contenir la vraie valeur. On dit qu’il existe une différence significative6 entre deux valeurs, lorsque la probabilité qu’une différence au moins égale puisse résulter du hasard, dans l’hypothèse où la vraie valeur serait nulle, est inférieure à un certain seuil de signification7, ou niveau de signification7 ou risque7. Aux erreurs d’échantillonnage, s’ajoutent les erreurs d’observation8 parmi lesquelles le biais de l’enquêteur9 ou erreur systématique introduite par l’enquêteur (204-2) lors de la collecte des données.

Chapitre 2 • Élaboration des statistiques démographiques

201

On distingue les statistiques de l’état de la population1 et les statistiques du mouvement de la population2. Les premières saisissent la population sous l’aspect statique qu’elle revêt à un moment donné, et portent principalement sur des unités statistiques (110-1) concrètes : individus, ménages, etc. Les secondes enregistrent les modifications incessantes qui affectent la population, et portent essentiellement sur des unités statistiques abstraites, en l’espèce des événements démographiques3,ou plus brièvement, des événements3 (naissances, mariages, changements de résidence, décès, etc.) survenus pendant certaines périodes. On distingue les événements non renouvelables4, comme les décès (401-3), des événements renouvelables5, comme les grossesses (602-5), les accouchements (603-4) ; on affecte aux événements renouvelables un rang6 d’après le nombre d’événements antérieurs de même genre. Les statistiques du mouvement de la population servent de base à l’étude de l’évolution de la population7, dénommée parfois dynamique de la population7. Les recensements (cf. § 202) constituent d’ordinaire la principale source de renseignements sur l’état de la population8. Les statistiques de l’état civil (212-1) fournissent souvent l’essentiel de la documentation sur le mouvement de la population9, ou mouvement général de la population9 (cf. § 701). Elles ne concernent toutefois que le mouvement naturel10 de la population, c’est-à-dire les modifications qui surviennent au sein même de la population, abstraction faite de ses échanges avec les autres populations (cf. 805-1). En bonne logique, les statistiques migratoires (812-1), qui décrivent les mouvements migratoires11★ ou flux migratoires11★ de la population, doivent être également comprises parmi les statistiques du mouvement de la population.
  1. En démographie, le mot mouvement est fréquemment synonyme de changement, qu’il s’agisse d’un changement de position dans l’espace (cf. mouvement migratoire 801-3) ou d’un changement de grandeur dans le temps. C’est dans ce dernier sens qu’il faut l’entendre ici, de même que quand on parle du mouvement des naissances, des décès, etc. (cf. § 150). Dans l’expression mouvement général de la population, l’adjectif général signifie que tous les mouvements de cette nature sont pris en considération, ce qui confère à l’expression mouvement général un sens très différent de celui de 150-2.

202

Les recensements de la population1, ou dénombrements de la population1 ont pour but de recueillir des renseignements sur l’état de la population (201-8) à un moment donné. Le plus souvent, on recense simultanément l’ensemble des habitants d’un pays : on dit alors qu’on procède à un recensement général2. Mais il arrive que les opérations de recensement soient limitées à une catégorie d’habitants ou à une fraction du territoire ; on dit alors qu’il s’agit d’un recensement partiel3. Dans les deux cas, il s’agit d’opérations exhaustives4, c’est-à-dire où l’on recueille des renseignements sur chacun des individus constituant la population ou la catégorie étudiées. Les micro-recensements5 sont, au contraire, limités à un échantillon (160-2), généralement grand, de la population ; ils appartiennent donc à la catégorie des enquêtes par sondage6, ou enquêtes sur échantillon6 (cf. § 160). Pour mettre au point une méthode de recensement ou d’enquête (203-4), on procède parfois à des recensements d’essai7, ou recensements préliminaires7, ou à des enquêtes pilotes7. Pour vérifier la complétude (230-2) et l’exactitude des données collectées par un recensement, on procède de plus à une vérification post-censitaire8 par enquête de vérification du recensement9.
  1. Recensement, s.m. - recenser, v.t. dénombrement, s.m. - dénombrer, v.t.
    Période intercensitaire : période comprise entre deux recensements. Les dénombrements modernes correspondent à ce qu’on appelait autrefois des dénombrements par tête, (cf. 110-2). On entendait alors en effet par dénombrement toute évaluation — même très imprécise — fondée plus ou moins directement sur quelque comptage (203-2) ou énumération (203-1). Un dénombrement de la population pouvait reposer, par ex., sur le comptage des baptêmes (214-2) enregistrés pendant un certain nombre d’années, ou sur une énumération de feux (110-3), voire de paroisses (214-1*).

203

On appelle énumération1 une opération destinée à fournir un chiffre global. L’énumération diffère du simple comptage2, en ce qu’elle s’assortit d’ordinaire de l’établissement d’une liste3. Le mot enquête4 désigne volontiers un ensemble d’opérations ayant un objectif spécial limité (p. ex. : enquête sur la mortalité, sur l’emploi) ; il peut cependant avoir un sens beaucoup plus large (cf. 202-6). On appelle parfois enquêtes sur le terrain5, les enquêtes où les renseignements sont obtenus par interrogatoire direct6 des intéressés. Dans les enquêtes postales7, ou enquêtes par correspondance7, un questionnaire est adressé par la poste aux enquêtes (204-1), qui sont priés de le retourner rempli. On appelle enquête rétrospective8, une enquête sur des événements démographiques passés ; dans les enquêtes à passages répétés9, ou enquêtes à plusieurs passages9, on note, à partir de la deuxième visite, les événements survenus depuis la visite précédente. Ne pas confondre avec l’enquête répétée10, expression qui s’applique au cas où l’enquêteur (204-2) est obligé de faire plusieurs démarches pour atteindre un enquêté. Pour les recensements, on procède soit par recensement direct11, ou dénombrement direct11, soit par autorecensement12 ; dans le premier cas, l’agent recenseur (204-2) note lui-même les renseignements fournis par les recensés ou en leur nom ; dans le second, les questionnaires de recensement sont remplis par les recensés (204-1) eux-mêmes ; l’autorecensement peut prendre la forme d’un recensement par voie postale13.
  1. Énumération, s.f. - énumérer, v.t.
  2. Comptage, s.m. - compter, v.t.
    Le comptage est aussi appelé dénombrement de groupes.
  3. Enquête, s.f. - enquêter, v.i.

204

On appelle respectivement recensés1 ou enquêtés1 les individus faisant l’objet d’un recensement (202-1*) ou d’une enquête (203-4). Les préposés à la collecte (130-4*) des renseignements sur ces individus sont respectivement dénommés recenseurs2, ou agents recenseurs2, et enquêteurs2. Les recenseurs travaillent d’ordinaire sous la direction de contrôleurs3, d’inspecteurs3, ou de délégués3 au recensement. Les recensements généraux (202-2) sont d’ordinaire effectués par le principal service statistique4 du pays, qui peut être dénommé bureau de statistique4, office statistique4, institut de statistique4, et qualifié éventuellement de central, de national, de fédéral, etc.

205

Les recensements sont généralement obligatoires1. On prévoit néanmoins une rubrique non déclaré (230-11) dans la plupart des classements, pour y grouper les cas où le renseignement demandé n’a pas été fourni. Dans certaines enquêtes facultatives2 (cf. 203-4), le problème du défaut de réponse3, ou de la non-réponse3, peut revêtir une grande importance. C’est notamment le cas pour les enquêtes postales (203-7), où l’on est souvent conduit à procéder à des rappels4, par voie postale ou par visite à domicile. Le défaut de participation des défaillants5, ou non-répondants5, peut provenir de leur refus6 de collaborer à l’enquête (203-4), ou de leur absence7 lorsque l’enquê-teur (204-2) a cherché à les joindre. La proportion de refus8 de réponse à une question est un indice utile des réactions des enquêtés (204-1). Le remplacement d’une unité de sondage (160-4) inutilisable par une autre est appelé substitution9.
  1. Absence, s.f. - absent, adj. ff. s.m.

206

Les imprimés1 utilisés pour la collecte des renseignements démographiques ont reçu des dénominations variées. L’appellation générique de formule1 est peu usitée en démographie : on lui préfère celles de bulletin2 (cf. 207-1 et 212-2) pour les imprimés de petit format, ou de feuille2 (cf. 207-2 et 207-4) pour ceux de plus grandes dimensions. Ces imprimés revêtent le plus souvent la forme d’un questionnaire3. Ils sont parfois remplis4 par les intéressés eux-mêmes. D’autres fois, des employés y consignent les déclarations5 des intéressés, ou des renseignements6 qu’ils relèvent7 sur des documents non spécialement conçus à des fins statistiques. Les questions posées peuvent être de deux sortes : questions fermées8, auxquelles on ne doit répondre que par une des réponses (en nombre limité) formulées sur le questionnaire, questions ouvertes9 auxquelles la personne interrogée donne une réponse spontanée.
  1. On dénomme bordereaux des imprimés comportant essentiellement une liste (cf. 207-2*).
  2. Déclaration, s.f. - déclarer, v.t. 7. Relever, v.t. - relevé, pp. ff. s.m.

207

Différents types d’imprimés (206-1) sont employés dans les recensements (202-1*), soit isolément, soit en combinaison. Les principaux sont : le bulletin individuel1, où sont consignés les renseignements relatifs à un seul individu ; la feuille de ménage2, où sont portés les renseignements intéressant chacun des membres d’un ménage (110-3) ; et la liste nominative3, où le recenseur (204-2) inscrit successivement tous les individus qu’il recense, avec les renseignements qui les concernent. Pour le recensement de la population comptée à part (310-7*), on utilise souvent des imprimés spéciaux, jouant le rôle de feuilles de ménage pour cette catégorie particulière, et appelés feuilles de population comptée à part4, ou feuilles récapitulatives4.
  1. La feuille de logement sert à recenser toutes les personnes vivant au sein d’un même logement (120-1).
    Le bordereau de maison sert à dresser la liste des logements compris dans un même immeuble (120-1*).
  2. Cette liste nominative, instrument de recensement, doit être distinguée de la liste nominative des habitants de la commune, utilisée en France.. Celle-ci est établie a posteriori, dans les mairies, d’après les documents de recensement, et ne concerne que la population municipale (310-7*).

210

Les opérations de recensement1 (cf. 202-1) se déroulent généralement dans le cadre d’unités territoriales soigneusement délimitées : les districts de recensement2 affectés à chaque recenseur (204-2), et éventuellement les divisions de recensement3 comprenant un ou plusieurs districts de recensement — en France, le territoire communal (cf. 303-1) joue le rôle de division de recensement. Dans les villes, le district de recensement est généralement constitué d’un ou plusieurs îlots4, pâtés de maisons d’ordinaire entourés de rues, parfois limités par quelque obstacle (cours d’eau, ligne de chemin de fer, etc.). En prévision d’analyses spéciales — notamment d’analyses par quartiers (306-7) — ou de futurs sondages (160-1), le territoire des grandes villes est parfois réparti en secteurs de dépouillement5 (cf. 220-1), pour lesquels des tableaux statistiques particuliers sont établis ; dans ce cas, les secteurs de dépouillement sont formés d’un ou plusieurs districts de recensement.

211

Dans la plupart des pays, les principaux événements (201-3), dits aussi faits d’état civil1, intéressant l’état des personnes, ou état civil2, font l’objet d’actes publics destinés à en apporter la preuve et dénommés actes de l’état civil3. Des registres spéciaux, les registres de l’état civil4, sont éventuellement affectés à la rédaction de ces actes. Ils sont souvent au nombre de trois : le registre des naissances5 pour les actes de naissance6, le registre des mariages7 pour les actes de mariage8 et le registre des décès9 pour les actes de décès10. La personne qui a la responsabilité de tenir ces registres est l’officier d’état civil11.
  1. Registre, s.m. - enregistrer, v.t. - enregistrement, s.m.
    transcrire, v.t. - transcription, s.f. : opération qui consiste à copier sur le registre approprié, tout ou partie d’un acte établi par ailleurs, ou du dispositif d’un jugement (cf. 511-2*).
    Ne pas confondre les registres de l’état civil avec le registre de population (213-1).

212

Les statistiques de l’état civil1, obtenues primitivement par dépouillement (220-1) des registres d’état civil (211-4), sont généralement élaborées de nos jours à partir de bulletins d’état civil2 à usage statistique, établis lors de l’enregistrement (211-4*) de ces actes. Du fait que les naissances (601-3) et les décès (401-3) se produisent de plus en plus souvent hors de la commune de résidence habituelle, on est conduit à rattacher ces faits à cette commune ; cette opération est appelée domiciliation3 des faits d’état civil (211-1).
  1. Ne pas confondre les bulletins de naissance, bulletins de mariage et bulletins de décès (430-1) de ce type avec les bulletins à usage administratif dénommés de façon semblable.
    En France, les transcriptions (211-4*) sur les registres de l’état civil donnent lieu, aussi, à l’établissement de bulletins à usage statistique. À l’exception des bulletins de divorce, qui ont une forme spéciale, ces bulletins, d’un modèle uniforme, sont dénommés bulletins de transcription.

213

Le registre de population1 était à l’origine un registre où figuraient tous les habitants d’une commune, et tenu à jour de façon à matérialiser, à tout moment, l’état de la population (201-8) de la commune. L’appellation est demeurée pour désigner les fichiers qui ont en général remplacé, de nos jours, les registres primitifs. Dans ce système, qu’on pourrait appeler système du fichier permanent de population2, la population d’un certain territoire est représentée par une collection de fiches3, établies à raison soit d’une fiche par individu, soit d’une fiche par ménage (110-3). Sur ces fiches sont consignés les principaux renseignements relatifs à l’état civil (211-2) du ou des individus en cause. Le fichier ainsi constitué est régulièrement entretenu4, ou tenu à jour4, à l’aide des renseignements recueillis sur le mouvement de la population (201-9), notamment sur les changements de résidence5 (cf. 310-6) dont la déclaration est indispensable au bon fonctionnement du système. Le registre de population est collationné6 avec les résultats des recensements (202-1*) qui viennent à être effectués, il est en outre systématiquement vérifié, de temps à autre, à l’aide d’opérations de contrôle7 spéciales.
  1. Ne pas confondre le registre de population avec les registres de l’état civil (211-4).
  2. Fiche, s.f. - fichier, s.m. : collection de fiches.
  3. Entretenir, v.t. - entretien, s.m.
  4. Collationner, v.t. - collationnement, s.m.

214

La démographie historique (102-1) utilise, pour l’essentiel, des documents qui précèdent ou préfigurent l’état civil (211-2) et les listes nominatives (207-3) de recensement. Les registres paroissiaux1 contiennent, mélangés ou par registres séparés, les équivalents religieux des faits d’état civil (211-1) que sont les baptêmes2, les mariages religieux (503-2) et les sépultures3 ; pour les enfants ondoyés4 à la maison et morts avant le baptême, on n’a qu’un acte de sépulture ; on appelle ces enfants des ondoyés décédés5. Les listes portent, soit sur une partie de la population, soit, plus rarement, sur toute la population ; on trouve ainsi : les états des âmes6 ou status animarum6, listes nominatives de tous les paroissiens, les listes de communiants7, les listes de confirmation8, puis, dans le domaine administratif ou fiscal, les listes de feux9, les rôles d’imposition10 et, dans le domaine militaire, les listes de conscription11.
  1. Paroissial, adj. - paroisse, s.f. 4. Ondoyé, p.p. - ondoiement, s.m.

215

L’exploitation des registres paroissiaux (214-1) se fait à l’aide de divers imprimés : fiches d’acte1, terme générique qui englobe les fiches de baptême2, les fiches de mariage3 et les fiches de sépulture4 ; y figurent, en plus des sujets de l’acte5 (baptisé, mariés, défunt), les parrains6 et marraines7 ainsi que les témoins8 ; des relevés anonymes9 ou des relevés nominatifs10, plus succincts, se font sur des feuilles de relevé11. La reconstitution des familles (638-2) se fait à l’aide de fiches de famille (638-1). Les généalogies12, en tant qu’elles reconstituent la descendance (114-1) d’un individu ou d’une famille, sont sous certaines conditions, une source précieuse d’information sur les caractéristiques démographiques des classes dirigeantes.

220

À proprement parler, le dépouillement1 consiste à extraire de documents non spécialement conçus à des fins statistiques, un ensemble de renseignements destinés à faire l’objet d’une exploitation statistique (130-9). L’information ainsi collectée est soumise à un traitement2, qui peut être manuel3, mécanographique4 ou informatique5 ou mélanger ces manières d’opérer. Le traitement manuel ne fait appel à aucune machine plus compliquée que la calculatrice de bureau6. Le traitement informatique fait appel aux machines électroniques (224-1). Quel que soit le mode de traitement adopté, il n’existe qu’un nombre restreint de classes d’opérations7 à effectuer : mise en forme8 de l’information brute, classement (130-7) ou calcul (132-3*), édition des résultats9. Elles sont plus ou moins complexes suivant le mode de traitement choisi.
  1. Dépouillement, s.m. - dépouiller, v.t.
  2. Traitement, s.m. - traiter, v.t. On dit traiter une information ou soumettre une information, ou des données, à un traitement.

221

Les opérations de mise en forme (220-8) de l’information nécessitent d’ordinaire le chiffrement1 préalable d’un certain nombre de renseignements figurant sur le document de base2. Un code3 est une correspondance entre des renseignements exprimés en langage courant et une traduction, numérique ou non, destinée à donner une plus grande efficacité au traitement. Par extension, le recueil décrivant le code est aussi dénommé code. Le code est conçu le plus souvent pour permettre un classement ultérieur immédiat. A côté du code, la nomenclature4 est un simple recueil terminologique ; elle peut cependant être présentée sous forme de classification (130-7*) et devient alors un véritable code, chaque poste5 ou rubrique5 y étant assorti d’un ou plusieurs numéros de classement. Les données ainsi chiffrées constituent une forme particulière de fichier (213-3*) dont le support est variable. La deuxième phase de la mise en forme est l’apurement6 de ce fichier, élimination des erreurs décelées par les contrôles de validité7 et les contrôles de cohérence7 ; ceux-ci sont faits à l’intérieur de chaque unité statistique (110-1) ou entre unités ; la correction des erreurs décelées se fait par retour au document de base ou par un procédé automatique.
  1. Chiffrement, s.m. - chiffrer, v.t.
  2. Code, s.m. - codifier, v.t. : élaborer un code - coder, v.t. : synonyme de chiffrer - codage, s.m. : synonyme de chiffrement.
    Les mots codifier et codification sont souvent utilisés comme synonymes de chiffrer et chiffrement ; cet usage est déconseillé.
  3. Apurement, s.m. - apurer, v.t.

222

Les produits de la collecte des données sont rarement utilisés directement ; ils font l’objet de classements (130-7) ou ventilations (130-7*) qui aboutissent couramment à une présentation ordonnée sous forme de tableaux numériques (131-4). On peut y parvenir par un tri1, opération, manuelle ou mécanique, dont le résultat est un réarrangement des éléments d’un ensemble suivant une règle préalablement définie. On procède aussi par comptage (203-2), en dénombrant parmi les éléments passés systématiquement en revue, ceux qui présentent les caractéristiques recherchées. Dans les deux opérations, ces caractéristiques peuvent être les valeurs d’un ou plusieurs caractères quantitatifs ou les modalités2 d’un ou plusieurs caractères qualitatifs (131-6). Bien peu d’études se passent de calculs, simples ou complexes, isolés ou répétitifs ; les ordinateurs (225-2) ont rendu possibles des calculs auparavant trop longs pour être menés à bien ; c’est ainsi, par exemple, que s’est développé l’emploi des méthode de l’analyse des données3. Les modèles, déterministes (730-4) ou stochastiques (730-5), demandent souvent des calculs importants ; il en est de même des simulations (730-6).
  1. Tri, s.m. - trier, v.t.

223

Les opérations d’édition (cf. 220-9) fournissent sous une forme pratique les résultats du traitement (220-2) : listes1, tableaux numériques (131-4), graphiques (155-2) ou cartes (155-3*), outils privilégiés de la statistique descriptive2. La pratique du dessin automatique3 ou de la cartographie automatique3 permet de nombreux essais de représentation des résultats.
  1. Le mot anglais “listing” est souvent employé en France pour désigner les listes fournies par un ordinateur ; si l’on tient à les distinguer des autres listes, ce qui ne paraît pas indispensable, il vaut mieux les appeler listages.

224

Le traitement (220-2) purement mécanographique (220-4) n’est plus utilisé : les machines électroniques1 ont remplacé les machines électromécaniques2.

225

Nombre de travaux démographiques relèvent du traitement électronique de l’information1, c’est-à-dire nécessitent l’emploi de l’ordinateur2. Le matériel3 en est la partie physique, tandis que le logiciel4 fournit à l’utilisateur5 les moyens d’y avoir accès. Les informaticiens6 sont les spécialistes qui mettent en œuvre les ordinateurs ; parmi eux, les programmeurs7 écrivent des programmes8 conçus par les analystes9.
  1. On l’appelle aussi calculateur électronique.

226

La partie matériel (225-3) de l’ordinateur (225-2) comprend essentiellement une ou plusieurs unités centrales1, la mémoire2, une ou plusieurs mémoires de masse3, dont les bandes magnétiques4 et les disques5, et des organes d’entrée et sortie6. La partie logiciel (225-4) comprend le système d’exploitation7, qui a pour tâche de gérer au mieux les ressources8 disponibles pour le compte de l’utilisateur (225-5), les programmes d’utilisateur9 et les produit-programmes10, qui sont des programmes (225-8) préétablis pour la solution de problèmes types.

227

L’utilisateur (225-5) peut résoudre ses problèmes, soit en écrivant un programme (225-8) dans un langage de programmation1 général, comme le FORTRAN ou le BASIC, ou spécifique, comme le LISP, soit en utilisant des produit-programmes (226-10), comme les programmes de gestion de bases de données2, de traitement d’enquête3 ou les routines de calcul statistique4. Il accède à l’ordinateur (225-2) par l’intermédiaire d’un lecteur de cartes5 et d’une imprimante6, dans le cas du traitement par lot7, ou d’un terminal à clavier8 dans le cas du temps partagé9. Dans les deux cas, il peut se trouver loin de l’ordinateur : c’est le télétraitement10.

228

Un travail réalisé sur ordinateur (225-2) comprend en général trois phases. L’entrée des données1, première phase, se fait le plus souvent, soit à partir de cartes perforées (224-3), soit directement en ligne2 sur terminal à clavier (227-8) ; elle constitue une partie de la saisie des données3, qui va du dépouillement(220-1) à la transcription sur un support informatique ; en passant par les contrôles de validité (221-7) et les contrôles de cohérence (221-8) qui peuvent être faits lors de l’entrée des données, si celle-ci est en ligne. Le traitement (220-2), deuxième phase, appartient à deux grands types : le traitement numérique4 et le traitement non numérique5 ; le calcul statistique est du premier type, le dépouillement d’enquête du second, au moins pour la partie classement (130-7) ou ventilation (130-7*). Dans la troisième phase, les résultats du traitement6 font le plus souvent l’objet d’une édition (cf. 220-9) sur l’imprimante (227-6) ; parfois, ils sont conservés, sous forme de fichier magnétique (cf. 213-3), sur mémoire de masse (226-3), pour un traitement ultérieur éventuel ; parfois, ils sortent directement sous forme de dessin sur un terminal graphique7.

230

La précision1 des statistiques démographiques dépend, dans une large mesure, de la complétude2 des comptages d’individus, de groupes ou d’événements sur lesquels elles reposent. A côté des omissions3, ou lacunes3, génératrices de sous-estimations4, d’autres sources d’inexactitude peuvent les affecter, notamment les comptages multiples5 d’une même unité, qui provoquent une surestimation6, les erreurs de déclaration7, les erreurs de classement8. Pour détecter ces imperfections, on peut procéder à des enquêtes de contrôle9, ou enquêtes de qualité10. L’absence de réponses à certaines questions, ou l’insuffisance de renseignements fournis, sont aussi une importante cause d’imprécision de certaines statistiques ; leur incidence peut se mesurer par la proportion des unités classées dans les catégories d’indéterminés11 : non-déclarés11, non-spécifiés11, mal définis11, mal désignés11, etc.
  1. L’omission d’une partie des faits d’état civil ou de leurs équivalents religieux est couramment dénommée sous-enregistrement.
  2. On parle fréquemment de doubles emplois en ce sens.

Chapitre 3 • État de la population

301

L’étude de l’état de la population (201-8) comprend celle de la localisation du peuplement1 (cf. 811-6*), et celle de la structure (101-2) de la population. Toute population vit sur un certain territoire2, et l’on étudie sous le nom de répartition territoriale3, ou répartition géographique3, ou répartition spatiale3, la façon dont elle s’y trouve répartie. ’

302

Le territoire (301-2) sur lequel vit une population peut être fractionné en divisions territoriales1 selon divers critères. Les statistiques démographiques (130-1) sont souvent établies par divisions administratives2, ou unités administratives2 (cf. § 303) ; mais on considère aussi la répartition de la population par régions3 et par zones4, définies d’après des critères géographiques, économiques ou sociologiques. Les mots région et zone peuvent d’ailleurs s’appliquer à des territoires d’étendues très diverses. Ainsi l’expression région naturelle5 doit souvent s’entendre au sens de petite région présentant une unité géographique — correspondant alors à une ancienne acception du mot pays5 (cf. 305-1) que les géographes tendent à rajeunir —, mais peut parfois désigner une véritable zone climatique. Le territoire d’un État (305-3) peut être divisé en régions économiques6 ; en France, celles-ci sont d’ordinaire conçues de façon telle qu’elles s’étendent sur plusieurs départements (303-3). L’expression aire naturelle7, désigne, en écologie humaine (104-5), le territoire de répartition d’un groupe présentant certains caractères ; l’emploi du qualificatif naturel, en l’occurence, s’explique par l’origine biologique de l’expression.
  1. Pour serrer de plus près la réalité démographique, la statistique française effectue certains dépouillements par unités de peuplement (cf. 811-6*), englobant sous cette dénomination unique à la fois les agglomérations multicommunales (307-1) et les communes (303-F-1) non comprises dans de telles agglomérations.

303

Les divisions territoriales (302-1) peuvent varier beaucoup d’un pays à l’autre et, au cours du temps, dans un même pays, de sorte que le même mot peut s’appliquer à des réalités différentes. En Europe et à Haïti, la plus petite unité est la commune1 ; au dessus, on trouve une hiérarchie de subdivisions d’importance souvent très inégale, dont une, la province2 (Belgique), le département3 (France et Haïti), le canton4 (Suisse), est fondamentale ; les subdivisions intermédiaires, cantons5 et arrondissements6 (Belgique, France, Haïti), districts7 et cercles11★ (Suisse), ont moins d’importance. Au Canada, les principales unités administratives sont la municipalité8, le comté9 et la province10. En Afrique francophone, la dénomination des divisions administratives, bien qu’elle soit influencée par celle de la Belgique ou celle de la France, peut s’en écarter.

  1. La région, groupant plusieurs départements, prend une importance croissante.
  2. Les cantons suisses jouissent d’une autonomie comparable à celle d’un État au sens de 305-5. Il en est de même des provinces du Canada.

304

Une population est dite sédentaire1 lorsqu’elle vit à demeure dans des habitations (101-5*) fixes, nomade2 lorsqu’elle ne cesse de se déplacer d’un lieu à l’autre, et semi-nomade3 lorsqu’elle ne vit qu’une partie de l’année dans des habitations fixes. Dans quelques pays, certaines portions du territoire sont constituées en réserves4, où des groupes peu évolués peuvent continuer à vivre selon leurs traditions ancestrales.
  1. Sédentaire, adj. ff. s.m. - sédentarité, s.f.
  2. Nomade, adj. ff. s.m.- nomadisme, s.m.

305

A proprement parler, le mot pays1 désigne un territoire (301-2), le mot nation2 un ensemble d’individus liés par un passé commun et vivant sur un même territoire, et le mot État3 (toujours pourvu d’une majuscule en cet emploi) une entité politique ; mais lorsqu’il y a correspondance intime entre le pays, la nation et l’État, il n’est pas rare qu’on confonde les trois mots dans leurs emplojs. De l’État au sens précédent, qu’on dénomme alors volontiers État souverain3, il faut distinguer l’État5 constitutif d’un État fédéral4, qui peut avoir une certaine autonomie législative, mais ne jouit pas de l’indépendance politique. Le mot territoire6 recouvre parfois une conception voisine de celle d’État, il s’applique alors à d’anciennes régions colonisées qui ont accédé récemment à une indépendance plus ou moins complète ; on distingue à cet égard les territoires autonomes7 et les territoires non autonomes8.
  1. Nation, s.f. - national, adj. ff. s.m. 48

306

Le mot agglomération1 peut s’appliquer à tout ensemble compact de maisons d’habitation, quelle que soit sa taille. Le mot localité1 parfois synonyme de commune (303-F-1), peut s’employer dans le même sens bien qu’il s’applique de préférence à des agglomérations de dimensions modestes. Un hameau2 est une agglomération rurale constituée d’un petit groupe de maisons. Le village3 est une agglomération rurale plus importante, où apparaît une certaine différenciation économique. On appelle ville4, une commune dans la vie de laquelle les activités agricoles ne jouent pas un rôle essentiel. Ce critère, appliqué non plus aux communes mais aux agglomérations, permet d’établir une distinction entre agglomérations rurales3 et agglomérations urbaines4. La ville où siège le gouvernement d’un État (cf. § 305) est appelée sa capitale5. L’agglomération principale (à tel point de vue, d’ordinaire administratif) d’une certaine division territoriale (302-1) est appelée son chef-lieu6. La division des grandes villes en quartiers7 est parfois sanctionnée par voie administrative, sous des dénominations variées ; p. ex. arrondissement7, canton7, section7.
  1. La statistique française désigne par population agglomérée d’une commune, la population agglomérée au chef-lieu administratif de la commune et par population éparse, le reste de la population de la commune, y compris éventuellement la population des agglomérations distinctes de celle du chef-lieu. Lorsque ces dernières sont assez importantes, leur existence est souvent sanctionnée administra-tivement par la constitution de sections de commune. Une agglomération de faible importance, dépendant du chef-lieu du territoire sur lequel elle se trouve, constitue ce qu’on appelle un écart.
  2. Le mot bourg, qui s’appliquait originellement à une localité entourée d’une enceinte fortifiée, désigne généralement aujourd’hui un village plus important que ceux qui l’entourent, jouant pour eux le rôle de centre d’attraction par son marché.
  3. En France, les grandes agglomérations des régions sont appelées métropoles régionales.
  4. Les arrondissements et cantons des villes françaises sont à distinguer des divisions du territoire comportant des dénominations semblables. Paris est la seule ville française comportant des divisions administratives officiellement dénommées quartiers : on en compte quatre dans chacun de ses vingt arrondissements.

307

Les agglomérations urbaines (306-4) se développent souvent par intégration de localités limitrophes qui perdent progressivement leur autonomie fonctionnelle tout en conservant leur autonomie administrative. Ce processus aboutit à la constitution d’agglomérations multicommunales1, comportant généralement, lorsqu’il s’agit de grandes agglomérations, un noyau urbain2 dirigeant, et des banlieues3 ou zones suburbaines3 à fonctions spécialisées. La conurbation4, par contre, est un ensemble organique constitué de plusieurs agglomérations (306-1), ayant conservé chacune leur individualité et constituant autant d’unités de vie urbaine équilibrée. La fusion de conurbations et de grandes villes conduit à la mégalopole5, qui s’étend sur un très grand territoire. On parle de région métropolitaine6★ ou d’aire métropolitaine6★ lorsque ce territoire englobe la capitale d’un pays ou une conurbation d’une grande région ou encore inclut les déplacements domicile-travail.
  1. Suburbain, adj. - suburbanisation, s.f. : extension de la zone suburbaine des grandes villes.
  2. Il s’agit souvent une délimitation administrative, région métropolitaine de recensement.

310

La technique des recensements (202-1*) a conduit à établir une distinction entre la population résidante1, ou population de résidence habituelle1 (c’est-à-dire : résidant habituellement au lieu de recensement), et la population présente2 (sous-entendu : dans la commune, le jour du recensement). La première est constituée par l’ensemble des personnes présentes3 (sous-entendu : au lieu de leur résidence habituelle le jour du recensement) et des absents temporaires4 (c’est-à-dire des personnes absentes de leur résidence habituelle lors du recensement). La seconde est constituée par l’ensemble des personnes présentes et des personnes de passage5 (sous-entendu : dans la commune, le jour du recensement). Ces deux façons de dénombrer une population ne conduisent pas au même résultat, même pour la population d’un pays pris dans son ensemble. On entend par résidence6 d’un individu, un lieu où il a coutume d’habiter. Les membres des collectivités (110-5) constituent la population des collectivités7 . Des règles spéciales régissent d’ordinaire le recensement des personnes sans résidence fixe8, ou sans domicile8, ou ayant plusieurs résidences.
  1. Dite aussi : population domiciliée, ou population légale, ou population de droit.
  2. Dite aussi : population de fait.
  3. On appelle hôte de passage une personne de passage qui se trouve être l’hôte d’un ménage (110-3), le jour du recensement.
  4. Résidence, s.f. - résider, v.i - résidant, ppr. ff. adj.
    En cas de pluralité de résidences, on distingue une résidence principale et une ou plusieurs résidences secondaires.
  5. En France, certaines catégories de la population, énumérées par la loi, et vivant au sein de collectivités, sont comptées â part dans les recensements : élèves internes des établissements d’enseignement, militaires encasernés, condamnés détenus dans les prisons, etc. Dans chaque commune, la population comptée à part est ainsi distinguée de la population municipale, qui comprend le reste de la population résidante de la commune.
  6. Ces personnes constituent à proprement parier la population flottante. Cette expression est toutefois sortie de l’usage, ce qui a éliminé une confusion qui résultait de son emploi au sens de population comptée à part.
    En démographie, on préfère parler de résidence plutôt que de domicile, l’acception juridique de ce dernier terme pouvant conduire à des erreurs d’interprétation dans certains cas particuliers.

311

La statistique démographique confère d’ordinaire aux expressions commune rurale1 et commune urbaine2 un sens particulier, fondé sur un classement des communes d’après certains critères, variables selon les pays, tels que : l’effectif de la population totale, l’importance de l’agglomération principale, la proportion de la population vivant de l’agriculture (359-2), etc. En France, ce classement est établi d’après la population municipale (310-7*) agglomérée au chef-lieu administratif de la commune (cf. 306-1*), et les communes sont dites rurales ou urbaines suivant que cette population est ou non inférieure à 2 000 habitants. Lorsqu’un territoire est entièrement réparti en communes, on appelle de même, conventionnellement, population rurale3 et population urbaine4 de ce territoire, respectivement la population de l’ensemble de ses communes rurales, et celle de l’ensemble de ses communes urbaines. Dans les pays dont le territoire n’est pas entièrement réparti en communes, la distinction entre population rurale et population urbaine est fondée sur des règles particulières. Certaines définitions des populations rurale et urbaine conduisent à distinguer une catégorie intermédiaire, la population semi-urbaine5, celle de localités dont la population, trop peu importante pour être classée comme urbaine, exerce des activités en majorité non agricoles.
  1. Rural, adj. - ruralisation, s.f. : accroissement de la proportion de la population vivant à la campagne.
    Ne pas confondre population rurale et population agricole (359-2).
  2. Urbain, adj. - urbanisation, s.f. : accroissement de la proportion de la population vivant dans les villes.

312

L’intensité du peuplement1 se mesure souvent par la densité de la population2, quotient du nombre des habitants par la superficie du territoire sur lequel ils vivent. Cet indice (132-4), qu’on appelle parfois densité arithmétique2 pour le distinguer des densités mentionnées plus loin (cf. § 313), s’exprime d’ordinaire par un nombre d’habitants par kilomètre carré - par hectare lorsque le peuplement est particulièrement dense, notamment dans les agglomérations (306-1). La dispersion du peuplement3 dépend du mode d’habitat4, habitat groupé5 ou habitat dispersé6, de l’importance des agglomérations et de leurs distances mutuelles. On considère parfois le centre de population7 d’un certain territoire : sa position se détermine comme celle d’un centre de gravité, en attribuant des poids égaux à tous les individus constituant la population.
  1. Sur le sens du mot peuplement, cf. 811-6*.
  2. Densité, s.f. - dense, adj.
  3. Dispersion, s.f. - dispersé, pp.ff. adj.

313

Divers indices comparatifs de densité1 permettent de comparer l’intensité du peuplement (312-1) de différents territoires d’un point de vue moins strictement spatial. Mentionnons notamment la densité générale par unité de sol cultivable2, que certains appellent densité physiologique2 et la densité agraire3, ou densité de la population vivant de l’agriculture (359-2) par unité de sol cultivable. Parfois des indices analogues sont calculés par rapport à la superficie cultivée4, au lieu de l’être par rapport à la superficie cultivable5. On considère aussi, sur le plan doctrinal, la densité maximale6, ou densité potentielle6, et la densité optimale7, qui correspondent respectivement à la population maximale (904-1) et à la population optimale (902-4) d’un territoire donné, dans certaines circonstances.

320

Pour étudier la répartition par sexe1 (cf. 144-4) de la population, on rapporte l’effectif de l’un des sexes2 à l’effectif correspondant, soit des deux sexes, soit, plus souvent, de l’autre sexe. Le sexe pris en considération au numérateur étant d’ordinaire le sexe masculin, on dit parfois qu’on étudie la masculinité3 de la population. L’expression taux de masculinité4 désigne la proportion des individus du sexe masculin dans l’ensemble. Le rapport de masculinité5 est le rapport de l’effectif du sexe masculin à l’effectif correspondant du sexe féminin. Il est généralement exprimé comme un indice (132-7), l’effectif du sexe féminin étant pris pour base 100 (132-8).
  1. Il arrive qu’on prenne comme numérateur les effectifs féminins. Dans ce cas, on obtient un taux de féminité et un rapport de féminité.
  2. Voir § 133.

321

Les mots homme1 et femme2 peuvent être employés, en démographie, comme synonyme d’individu du sexe masculin1 et d’individu du sexe féminin2, bien qu’on évite en général de les appliquer à des enfants (323-3). Les mots garçon3 et fille4 revêtent, entre autres significations (cf. 515-3* et 4* et 112-7), celles d’enfant du sexe masculin3 et d’enfant du sexe féminin4. Le mot homme5 s’emploie également au sens général d’être humain5.

322

L’âge1 — on précise parfois âge chronologique1 — est une des caractéristiques fondamentales de la structure (101-2) des populations.
On l’exprime généralement en années, ou en années et mois, voire en mois et jours, pour les enfants en bas âge ; parfois en années et fractions décimales d’année. Les démographes (101-1*) arrondissent d’ordinaire l’âge à l’unité inférieure, l’exprimant ainsi en années révolues2, ou années accomplies2, le cas échéant en mois révolus, ou mois accomplis. Cet âge est aussi l’âge au dernier anniversaire3. On trouve aussi, dans les statistiques, l’âge atteint dans l’année4, qui est égal à la différence de millésimes entre l’année considérée et l’année de naissance. Les actuaires considèrent parfois l’âge au prochain anniversaire5. L’âge déclaré6, au recensement (202-1*) ou à l’état civil (cf. § 211), est, souvent l’âge arrondi à l’entier le plus proche, surtout lorsque le prochain anniversaire est proche. On est parfois conduit à préciser que l’on considère un âge exact7, pour éviter toute confusion avec un âge en années révolues, qui représente en fait une classe d’âges exacts. Lors du recensement, on peut demander la date de naissance, l’âge au dernier anniversaire ou l’âge, sans autre précision. Lorsque, dans ce dernier cas, la connaissance de l’âge chronologique est peu répandue, il est recommandé d’utiliser un calendrier historique8, liste d’événements de date connue qui ont eu lieu au cours des cent dernières années.
  1. D’où l’interprétation à donner de la notion usuelle des groupes d’âges. Celle-ci doit s’entendre âges extrêmes inclus ; le groupe 6-13 ans, p. ex., comprend les individus dont l’âge en années révolues va de 6 à 13 ans ; on dit que leurs âges exacts sont compris entre 6 et 14 ans, la borne supérieure étant exclue, ou encore que ces âges exacts vont de 6 à moins de 14 ans.
  2. En français, le mot anniversaire évoque une commémoration ; le premier anniversaire se situe donc un an après la naissance. Certains pays adoptent un décompte différent : le premier “Geburtstag” allemand, p. ex., s’identifie avec le jour même de la naissance.
    L’âge au dernier anniversaire est parfois appelé âge révolu.

323

La démographie emprunte au langage courant toute une terminologie, malheureusement imprécise, pour désigner les principaux âges de la vie1, ou périodes de la vie1. Au début de l’existence se situe l’enfance2, le mot enfant3 désignant, en général, un individu qui n’a pas encore atteint l’âge de la puberté (620-2). Dans les tout premiers jours de sa vie, l’individu est dénommé nouveau-né4 (cf. 410-3). Le mot nourrisson5 ne s’applique, à proprement parler, qu’aux enfants qui n’ont pas encore été sevrés. Le mot bébé6, par lequel on désigne d’ordinaire un enfant incapable de marcher seul est peu usité en démographie ; on lui préfère l’expression enfant en bas âge6. Par jeunes enfants7, on entend généralement les enfants qui n’ont pas encore atteint l’âge scolaire (346-6). L’expression enfants d’âge scolaire8 sert fréquemment à désigner la catégorie d’âge immédiatement supérieur.
  1. En cette acception, le mot âge, qui s’employait jadis isolément, ne demeure vivant que dans des expressions (cf. 324-4, 346-6 et 620-1*).
  2. Nouveau-né, adj. ff. s.m. - néonatal, adj.
  3. La période correspondante est dénommée première enfance ; elle s’étend approximativement sur la première année de la vie (cf. 410-1*).

324

Le passage de l’enfance (323-2) à l’adolescence1 est marqué par la puberté (620-2). Le mot adolescent2 désigne généralement des individus qui viennent d’entrer dans la phase de l’adolescence. On lui préfère l’expression jeunes gens3 pour désigner les personnes plus proches de l’âge adulte4, période de maturité4 qui succède à l’adolescence. Le mot adulte5 désigne un individu d’âge adulte. Faute de pouvoir préciser objectivement le début de la vieillesse6, on convient généralement de la faire commencer à un âge uniforme, éventuellement voisin de l’âge de la retraite7 (cf. 361-4), par exemple 60 ou 65 ans. Les personnes qui ont dépassé cet âge constituent la catégorie des personnes âgées8, ou vieux8 ou vieillards8.
  1. Expression souvent abrégée en jeunes, pour éviter l’emploi des singuliers différenciés par sexe : jeune homme et jeune fille. Cette dernière dénomination ne peut d’ailleurs s’appliquer qu’à des célibataires (cf. 515-3* et 4*).
  2. On comprend parfois les vieillards parmi les adultes. Le groupe des adultes coïncide alors approximativement avec celui des personnes majeures du point de vue juridique. Dans la répartition de la population en trois grands groupes d’âges (325-4), par contre, on considère d’ordinaire que ceux-ci sont respectivement constitués de jeunes, d’adultes et de vieillards. Il y a alors coïncidence approximative entre le groupe des jeunes et celui des personnes mineures du point de vue juridique. La législation française fixe à 18 ans l’âge de la majorité, c’est-à-dire l’âge exact de passage de la minorité légale à la majorité légale.
  3. Les vieillards les plus âgés — ayant p. ex. plus de 80 ans — constituent le groupe des grands vieillards, et l’on appelle parfois longévités (cf. 434-4) ceux qui atteignent des âges extrêmes - supérieurs à 95 ou 100 ans, p. ex. Les mots vieillesse, vieux, vieillard ayant souvent une résonnance désagréable, on parle de plus en plus fréquemment du troisième âge, et, même, du quatrième âge, pour les grands vieillards, mais ces expressions ne sont guère employées en démographie.

325

Le classement (130-7) par âges de la population est généralement établi, soit par années d’âge1, soit par groupes d’âges2, notamment par groupes d’âges quinquennaux3, ou groupes de cinq années d’âge3, soit encore par grands groupes d’âges4 : p. ex. 0-19 ans, 20-59 ans, 60 ans et plus (cf. 322-2*). Aux classements par âges sont éventuellement substitués des classement par années de naissance5. La répartition par âges6 de la population est souvent représentée, conjointement avec sa répartition par sexes (320-1), par un double histogramme (155-8), appelé pyramide des âges7 à cause de la figure qu’il évoque par sa forme triangulaire et sa disposition en assises superposées.

326

On appelle âge moyen1 d’une population, la moyenne (140-1) des âges de ses membres, et âge médian2 d’une population, l’âge qui partage les individus qui la composent en deux groupes d’effectifs égaux (cf. 140-6). L’augmentation de la proportion des vieillards (324-8) au sein d’une population traduit son vieillissement3. Ce phénomène est parfois dénommé vieillissement démographique3, pour éviter une confusion (cf. 327-1). Le phénomène inverse a reçu le nom de rajeunissement4, ou rajeunissement démographique4. Une population vieille5 a une forte proportion de personnes âgées, une population jeune6 une forte proportion de jeunes (324-3*) ou d’enfants. Il convient de ne pas confondre le vieillissement de la population, au sens précédent, avec la technique employée pour les perspectives démographiques (720-2), technique qui consiste à vieillir7 (v.t.) une population en appliquant des probabilités perspectives de survie (431-7) aux groupes d’âges, pour estimer l’effectif de ces groupes un certain nombre d’années plus tard.
  1. Vieillissement, s.m. - vieillir, v.i.
  2. Rajeunissement, s.m. - rajeunir, v.i.

327

Le vieillissement démographique (326-3) doit être distingué, d’une part de la sénescence1, ou vieillissement individuel1, d’autre part de l’allongement de la vie humaine2 résultant notamment du progrès des sciences médicales et de l’amélioration des conditions d’existence. On appelle respectivement âge physiologique3 et âge mental4 d’un individu, l’âge auquel correspondrait normalement l’état de ses tissus et organes d’une part, de ses facultés intellectuelles d’autre part. Dans les études où interviennent ces notions, on appelle âge chronologique (322-1) l’âge mesuré par le temps écoulé depuis la date de naissance5 de l’individu en cause. Le quotient intellectuel6 — abréviation Q.I.6 — utilisé dans l’étude du développement intellectuel des enfants, est le rapport de l’âge mental du sujet à son âge chronologique.

330

Les habitants (101-5) d’un pays peuvent être répartis en citoyens1 ou sujets1 de l’État correspondant — on les appelle parfois des nationaux1 du pays en cause —, et en étrangers2, lesquels peuvent être citoyens d’un autre État, ou être apatrides3, c’est-à-dire ne posséder aucune citoyenneté4. Le mot nationalité4 est fréquemment employé comme synonyme de citoyenneté (cf. § 305) ; d’où la nécessité d’établir une distinction entre la nationalité politique4 et la nationalité ethnique5 (cf. § 333), dans le cas des États multinationaux6.
  1. Une distinction était parfois établie, notamment dans les territoires coloniaux, entre citoyens et sujets, ces derniers ne jouissant alors que d’une partie des droits reconnus aux premiers. On appelait parfois protégés les nationaux d’un pays sous protectorat.

331

La naturalisation1 confère à un étranger (330-2) la qualité de citoyen (330-1) ; il est alors dit naturalisé2. En France, la naturalisation résulte d’un décret de naturalisation3. Certaines législations prévoient une procédure de retrait de la nationalité4 (cf. 330-4), et éventuellement d’autres circonstances entraînant la perte de la nationalité5. Le classement des habitants par nationalités peut être compliqué par les cas de double nationalité6. Parmi les étrangers, on établit parfois une distinction entre étrangers résidants7, installés à demeure dans le pays et étrangers de passage8, qui ne s’y trouvent qu’à titre temporaire.
  1. Naturalisation, s.f. - naturaliser, v.t.
    L’acquisition de nationalité peut s’effectuer aussi par d’autres voies, notamment par déclaration de nationalité lorsque certaines conditions se trouvent réalisées.
  2. Par extension, le mot naturalisé est parfois employé pour désigner toute personne ayant acquis la nationalité de son pays de résidence, y compris par d’autres voies que la naturalisation (cf. note précédente).
  3. Lettre de naturalité, sous l’Ancien Régime.
  4. Aubain (vx.), s.m.
  5. Pérégrin (vx.), s.m.

332

Les individus nés dans un certain pays sont dits originaires1, ou natifs1 (vx.), de ce pays. On appelle autochtones2, ou indigènes2, ou aborigènes2, les individus vivant sur un territoire habité par leurs ancêtres depuis un temps immémorial. Les statistiques établissent parfois une distinction entre les personnes nées dans le pays3, et celles qui sont nées à l’étranger4.
  1. Autochtone tend à évincer indigène, considéré comme péjoratif ; aborigène ne s’emploie guère que pour des peuples primitifs. Les éléments non autochtones de la population sont dits allogènes.

333

En anthropologie, le mot race1 désigne, soit une catégorie d’individus présentant certains caractères somatiques communs, héréditaires ou présumés tels, soit l’ensemble des individus appartenant à une telle catégorie. L’expression groupe ethnique2 désigne un groupement naturel d’êtres humains, présentant entre eux certaines affinités somatiques, linguistiques ou culturelles. Le mot peuple3 appartient au langage courant et désigne généralement un ensemble d’individus liés par un passé historique commun et parlant la même langue ; il n’est guère utilisé en démographie. Les groupes qui, vivant sur le territoire d’un pays, présentent des différences notables avec la majorité des habitants de ce pays, constituent ce qu’on appelle des minorités4 ; p. ex. minorités ethniques4, minorités nationales4 (cf. 305-2 et 330-5), minorités linguistiques4 (cf. 340-1 *).
  1. Race, s.f. (cf. note suivante) - racial, adj. - racisme, s.m. : conception selon laquelle certaines races seraient supérieures à d’autres - raciste, adj. ff. s.m. : qui a rapport au racisme ; partisan du racisme,
  2. Ethnique, adj. - ethnie, s.f. (catégorie).
    Le mot ethnie est préférable au mot race, tombé en défaveur pour avoir été compromis par les doctrines racistes.

334

Certains pays établissent des statistiques par couleur1, en classant les individus d’après la couleur de leur peau. On y distingue le plus souvent les blancs2 des personnes de couleur3. Une catégorie à part est éventuellement réservée aux métis5, issus du métissage4 ou de la miscégénation4, ou croisement4, de races (333-1) de couleurs différentes.
  1. À la miscégénation s’oppose la ségrégation (810-5), qui tend à limiter ou à interdire les contacts entre certains groupes ethniques (333-2) vivant sur un même territoire.

340

On répartit parfois la population d’après les langues1 parlées, voire d’après les dialectes2, qui sont des variétés des langues principales. On distingue alors fréquemment la langue maternelle3, dans laquelle l’individu a appris d’abord à parler, et la langue usuelle4, dans laquelle il s’exprime habituellement. Cette distinction n’élimine toutefois qu’une partie des difficultés que présente le classement des individus bilingues5, ou plus généralement plurilingues5. Les statistiques correspondantes sont appelées statistiques linguistiques6.
  1. Langue, s.f. - linguistique, s.f. : étude historique et comparative des langues ; ff. adj. relatif à l’étude scientifique des langues.
    Le mot idiome est parfois utilisé pour désigner une langue d’extension limitée.
  2. Dialecte, s.m. - dialectal, adj.
    En linguistique, on appelle parler (s.m.), un dialecte qui n’est utilisé que d’une façon très localisée.
    En France, on appelle patois (s.m.) un dialecte ou parler qui n’est plus employé que par les ruraux.
  3. Bilingue, adj. - bilinguisme, s.m.

341

On appelle statistiques confessionnelles1, ou statistiques cultuelles1, des statistiques établies d’après les croyances religieuses des individus. On y distingue généralement, au sein des grandes religions2, les principaux cultes3, et parfois les rites4 et les sectes5. Un individu qui ne se réclame d’aucune religion, peut se déclarer soit libre penseur6, soit athée6.

342

La population est souvent classée d’après son degré d’instruction1. Les personnes ayant atteint un certain âge qui savent lire et écrire forment le groupe des alphabètes2 (néol.) ; les autres sont appelées analphabètes3. Les statistiques suivant le degré d’instruction4 peuvent comporter un classement d’après la durée des études5, ou durée de scolarité accomplie5, ou d’après l’âge en fin d’études6. On peut aussi établir un classement par diplômes7 obtenus, classement qui dépend de l’organisation de l’enseignement8 dans les pays en cause.
  1. Analphabète, adj. ff. s.m. - analphabétisme, s.m.
    On a parfois employé le mot illettré pour désigner les individus ne sachant pas à la fois lire et écrire.

343

Le système d’enseignement1 ou système éducatif1 est l’ensemble des institutions qui dispensent un enseignement. Elles peuvent être publiques ou privées d’où la distinction entre enseignement public2 et enseignement privé3. On distingue l’enseignement préprimaire4, puis trois degrés d’enseignement5, dénommés, dans l’ordre des difficultés croissantes, enseignement du premier degré6, ou enseignement primaire6, enseignement du second degré7, ou enseignement secondaire7, subdivisé en deux cycles8, enseignement du troisième degré9 ou enseignement supérieur9, lui-même subdivisé en deux niveaux10 suivant qu’il aboutit ou non à un grade universitaire11 ; celui-ci peut être un premier grade ou un grade supérieur. Dans le second degré ou le premier niveau du troisième degré, l’enseignement dispensé peut être un enseignement technique12.

344

Les diverses catégories d’établissements d’enseignement1, et leurs dénominations, dépendent de l’organisation de l’enseignement dans chaque pays. L’enseignement préprimaire (343-4) est assuré par les écoles maternelles2 ; les trois degrés d’enseignement mentionnés ci-dessus (§ 343) sont généralement dispensés dans des établissements respectivement dénommés : écoles primaires3, ou écoles élémentaires3, établissements secondaires4, et universités5 ; à côté de ces dernières peuvent exister des grandes écoles6. L’enseignement technique (343-12) est donné dans les centres d’apprentissage7, les écoles techniques8, les écoles supérieures techniques9, les instituts techniques10 et les instituts pédagogiques11★.
  1. École, s.f. - scolaire, adj.
  2. Université, s.f. - universitaire, adj.

345

Le mot classe1 peut désigner un groupe d’élèves2 instruits simultanément par le ou les mêmes maîtres3. Le mot classe4 peut aussi désigner une salle de classe4, c’est-à-dire une pièce aménagée pour recevoir une classe au sens précédent. On emploie encore le mot classe5 pour désigner un ensemble d’élèves parvenus au même niveau d’instruction, et auxquels sont dispensés, pendant l’année scolaire, les cours correspondant à une certaine année5 d’enseignement. Les jeunes gens qui s’instruisent dans une université (344-5) sont appelés des étudiants6.
  1. Le mot écolier ne s’emploie que pour les enfants suivant l’enseignement du premier degré (343-6). Le mot élève s’applique à tout individu suivant les cours d’une école (344-2*). Dans l’enseignement supérieur (343-9), en particulier, on n’appelle généralement pas étudiants les élèves des grandes écoles (344-6).
  2. Appelés instituteurs ou professeurs des écoles dans l’enseignement primaire (343-6), et professeurs dans les enseignements secondaire (343-7) et supérieur (343-9).
  3. Noter qu’en France, il est d’usage de numéroter les classes de l’enseignement secondaire en commençant par le niveau le plus élevé (ordre de préséance), et les années en commençant par le niveau le plus faible (ordre chronologique).

346

Les statistiques scolaires et universitaires1 distinguent généralement l’effectif scolaire inscrit2, ou population scolaire2, et l’effectif scolaire présent3 à une certaine date, ce qui permet d’étudier la fréquentation scolaire4. Dans certains pays, les enfants sont soumis à l’obligation scolaire5 entre certaines limites d’âge ; l’expression âge scolaire6 (cf. 323-8) y revêt alors volontiers le sens d’âge de scolarité obligatoire6, et l’on y considère fréquemment l’effectif d’âge scolaire obligatoire7, ou population d’âge scolaire7.
  1. Il semble qu’on devrait réserver l’expression taux de scolarisation pour désigner le rapport de l’effectif inscrit à l’effectif d’âge scolaire, et dénommer taux de fréquentation scolaire le rapport de l’effectif présent à l’effectif inscrit.
    Scolarisation, s.f. - scolariser, v.t. : amener à s’instruire dans des écoles -scolarisable, adj. : susceptible d’être scolarisé.

347

L’ensemble des études se fait par année d’étude, de l’entrée dans la plus petite classe de l’enseignement élémentaire à la cessation des études. Sauf décès ou maladie grave, la cessation des études1 ne se produit qu’après la scolarité obligatoire, lorsque celle-ci existe, en droit et en fait ; la fréquence de la cessation d’études au cours ou à l’issue d’une année d’études, se mesure par la probabilité de cessation des études2, analogue à un quotient de mortalité ; son complément à un est la probabilité de poursuite des études3. La série des probabilités de cessation des études constitue une table de sortie du système d’enseignement4 ; elle permet de calculer le nombre moyen d’années d’études5 ou durée moyenne des études5. À la fin de chaque année d’études, les élèves ou étudiants qui n’abandonnent pas leurs études peuvent redoubler ou passer dans la classe au dessus ou l’année d’études suivante, avec ou sans changement d’orientation6. Du classement de ces élèves ou étudiants suivant leur destin, on tire, entre autres, la fréquence de redoublement7 de l’année d’études considérée.
  1. Redoublement, s.m. - redoubler, v.t.

350

On distingue généralement la population active1, ou population économiquement active1, de la population non active2, ou population inactive2, ou population économiquement inactive2. La population active est constituée, en principe, par les personnes exerçant habituellement une activité professionnelle ; on y comprend donc, d’ordinaire, non seulement les personnes ayant une activité lucrative3, mais aussi celles dont l’activité professionnelle n’est pas rémunérée, notamment les travailleurs familiaux (353-5) non rémunérés. Par contre, on en exclut généralement les ménagères4, ou femmes au foyer4, dont l’activité n’est pas considérée comme présentant un caractère professionnel. Sur le plan économique, la population non active, constituée de toutes les personnes non comprises dans la population active, est souvent considérée comme à la charge de5 cette dernière (cf. § 359). On appelle taux d’activité6 d’un groupe donné la proportion des membres de ce groupe faisant partie de la population active.
  1. L’expression main-d’œuvre a le même sens. Force de travail ne doit jamais être utilisé comme synonyme de main-d’œuvre.
    Actif, adj. ff. s.m. : membre de la population active - activité, s.f.
  2. Non-actif, inactif, adj. ff. s.m. : membre de la population non active.
  3. Il serait préférable (cf. § 133) d’appeler cet indice proportion d’actifs.

351

On répartit d’ordinaire les travailleurs1 constituant la population active, en travailleurs ayant un emploi2 ou actifs occupés2, d’une part, et en travailleurs sans emploi3 ou chômeurs3, d’autre part. Ne sont généralement compris au nombre des travailleurs sans emploi que les individus dépourvus d’emploi qui sont effectivement à la recherche d’un emploi4. Il convient de distinguer parmi ces derniers ceux qui n’ont jamais eu d’emploi et sont à la recherche d’un premier emploi11★. L’ensemble des travailleurs ayant un emploi constitue la population active ayant un emploi5. La population active (350-1) peut comprendre en proportion non négligeable des travailleurs qui n’ont, en raison de la situation économique du pays ou de l’époque, qu’une activité réduite ; on parle à leur propos de sous-emploi6, de chômage déguisé6, de chômage partiel6. Un travailleur marginal7 est le plus souvent classé dans la population non active (350-2), car il n’exerce qu’occasionnellement une activité économique. Les inactifs9★ n’exercent ni ne cherchent aucun travail. La proportion d’actifs occupés8★ est calculée en rapportant le nombre de personnes actives ayant un emploi (les actifs occupés) au nombre total de personnes dans la population considérée (actifs et inactifs) ou, plus fréquemment, celles en âge de travailler (personnes âgées de 15 à 64 ans, les limites d’âges pouvant varier selon le pays ou le contexte). La réserve de main d’œuvre10★ englobe les personnes qui, quoique non enregistrées comme chômeurs officiels, sont à la recherche d’un travail privé ainsi que celles qui n’exercent ni ne cherchent un travail mais qui, si des offres d’emploi intéressantes se présentaient à elles, pourraient y répondre.
  1. L’étude de l’emploi s’effectue également à l’aide de statistique des demandes d’emploi déposées par les travailleurs sans emploi, et des offres d’emploi émanant des employeurs.
  2. Chômeur, s.m. - chômage, s.m. Le taux de chômage rapporte le nombre de chômeurs à la population active (350-1). Selon le § 133, il serait préférable d’appeler cet indicateur proportion de chômeurs parmi les actifs, bien que l’expression taux de chômage soit celle en usage.
  3. La proportion d’actifs occupés est souvent jugée plus pertinente que le taux de chômage (351-3*) pour évaluer la situation du marché du travail (901-4). Au sens strict (cf. § 133), il s’agit d’une proportion et non d’un taux. Cependant l’expression taux d’emploi est plus usitée que proportion d’actifs occupés.
  4. Plus précisément, il s’agit d’une personne appartenant à la population économiquement inactive (350-2).

352

Au sens propre, on doit entendre par répartition professionnelle1 de la population, une répartition (144-4) effectuée d’après la profession2, ou profession individuelle2, de ses membres. Cependant, on a longtemps dénommé ainsi des répartitions par branches d’activité économique (357-1), basées sur ce qu’on appelait improprement la profession collective (357-1*). De nos jours l’expression groupe professionnel3 ne désigne plus un ensemble de personnes employées dans la même branche d’activité (cf. 357-1), mais un ensemble de personnes exerçant des professions étroitement apparentées.
  1. On dit parfois aussi activité individuelle, par opposition à activité collective (357-1). Le mot métier s’applique de préférence aux professions manuelles (cf. 354-2).

353

Au classement par professions (352-2) de la population active (350-1), est souvent associé un classement de cette population suivant la hiérarchie d’emploi1, effectué d’après la situation dans la profession1, ou statut professionnel1, de ses membres. De ce point de vue, on distingue généralement, parmi les travailleurs ayant un emploi (351-2) : les employeurs2 ; les salariés3, employés par les précédents ; les travailleurs indépendants4 ; et les travailleurs familiaux5, ou aides familiaux5, ou auxiliaires familiaux5. Ces derniers sont des membres de la famille d’un employeur ou d’un travailleur indépendant, qui collaborent au travail de celui-ci sans recevoir en contrepartie un véritable salaire. Quant aux travailleurs indépendants, on les définit généralement comme travaillant pour leur propre compte, sans employer de salariés proprement dits, mais avec l’aide éventuelle de travailleurs familiaux. En combinant divers critères tels que la profession individuelle (352-2), la situation dans la profession et la branche d’activité économique (357-1), on peut définir des catégories socio-professionnelles6 qui permettent de classer l’ensemble des actifs (350-1*) et non-actifs (350-2*) constituant la population.
  1. L’expression situation professionnelle, souvent prise dans ce sens, est à éviter parce qu’ambiguë.
  2. La catégorie des patrons groupe les employeurs et les travailleurs indépendants. Celles des chefs d’établissement (cf. 357-2) comprend, outre les patrons ainsi définis, des directeurs salariés (cf. § 355).
  3. La catégorie des travailleurs isolés, ou isolés, groupe les travailleurs indépendants travaillant sans aide et les travailleurs à domicile (354-1).

354

Parmi les salariés (353-3), on distingue parfois les travailleurs à domicile1 qui ne faisant pas partie du personnel des établissements (357-2*), peuvent éventuellement travailler pour le compte de plusieurs employeurs (353-2). Le personnel d’exécution des entreprises (357-2*) est souvent réparti en deux catégories : les ouvriers2, qui sont des travailleurs manuels2, et les employés3, qui sont des travailleurs non manuels3. Suivant leur qualification professionnelle4, les ouvriers peuvent être répartis en professionnels5, ou ouvriers qualifiés5, en ouvriers semi-qualifiés6, ou ouvriers spécialisés6, et en manœuvres7. Les apprentis8 sont d’ordinaire compris dans la population active (350-1) quand ils participent à la production, mais non quand ils acquièrent leur formation professionnelle dans des établissements spéciaux.
  1. Les expressions agents d’exécution et personnel d’exécution permettent d’englober les ouvriers et les employés sous une dénomination unique.
  2. On distingue, dans l’industrie, les manœuvres spécialisés des manœuvres ordinaires.

355

Le personnel salarié d’encadrement des entreprises (357-2*) se répartit en cadres supérieurs1, cadres moyens2 et agents de maîtrise3. Toutefois, les directeurs salariés qui exercent les fonctions de chef d’établissement (353-2*), sont parfois groupés avec les employeurs (353-2). Les fonctionnaires (357-5) sont subdivisés en employés de la fonction publique4★ (ex. : adjoints administratifs, adjoints techniques), professions intermédiaires de la fonction publique5★ (ex. : rédacteurs, secrétaires administratifs), cadres de la fonction publique6★ (cadres administratifs ou techniques) et cadres supérieurs de la fonction publique7★.
  1. Comprenant les directeurs, ingénieurs et chefs de service.
  2. Dénommés aussi cadres subalternes.
  3. Dénommés aussi contremaîtres.
  4. En France, cela correspond peu ou prou aux agents de catégorie C.
  5. En France, cela correspond peu ou prou aux agents de catégorie B.
  6. En France, cela correspond peu ou prou aux agents de catégorie A.
  7. En France, cela correspond peu ou prou aux agents de catégorie A+.

356

Dans l’agriculture, des dénominations particulières distinguent les diverses situations dans la profession (353-1). Parmi les exploitants1, ou exploitants agricoles1, c’est-à-dire parmi ceux qui cultivent la terre à leur profit, on distingue notamment : le propriétaire exploitant2, qui possède la terre qu’il cultive ; le fermier3, qui exploite avec son propre cheptel une terre qu’il loue pour un prix déterminé, généralement payable en espèces ; et le métayer3, qui en échange de la fourniture de la terre et du cheptel par le propriétaire, partage en nature avec celui-ci (initialement par moitié, d’où l’étymologie) les fruits de l’exploitation. On comprend en général sous le nom d’ouvriers agricoles4, ou salariés agricoles4, tous les travailleurs de l’agriculture qui n’ont pas la qualité d’exploitant ou de travailleur familial (353-5).
  1. Cultivateur et agriculteur sont d’ordinaire employés en ce sens ; ils peuvent toutefois revêtir le sens général de travailleur de l’agriculture. Aussi précise-t-on parfois cultivateur exploitant, agriculteur exploitant.
  2. Parmi les salariés agricoles, on distingue : les salariés agricoles permanents, appelés parfois domestiques de culture, faisant partie du personnel d’une exploitation (357-2*) ; les journaliers agricoles, travaillant à la journée ; et les saisonniers agricoles (cf. 150-5*), s’engageant pour effectuer des travaux saisonniers.

357

La population active (350-1) peut être classée aussi d’après la branche d’activité économique1, ou secteur d’activité économique1, dans laquelle l’individu exerce sa profession (352-2). Ce classement, qu’on dit aussi effectué d’après l’activité collective1 (cf. 352-2*), repose essentiellement sur celui des établissements2 d’après leur rôle économique. Une grande importance est attribuée, à cet égard, à la distinction entre population active agricole3 et population active non agricole4. Le groupe des fonctionnaires et assimilés5, constitué par les employés (354-3) civils des collectivités publiques, ainsi que celui des militaires6 sont généralement considérés comme des catégories particulières de la population active non agricole. Dans le classement par grands groupes d’activités, on distingue trois secteurs, le secteur primaire7 (agriculture, pêches, mines), le secteur secondaire8 (industries de transformation) et le secteur tertiaire9 (production de services). Dans une économie en développement, on peut classer à part le secteur traditionnel10 de production tant qu’il reste en marge.
  1. L’emploi en ce sens des dénominations : profession, profession collective, branche professionnelle, et groupe professionnel, est à éviter (cf. § 352).
  2. On parle plutôt d’exploitation dans l’agriculture. Une entreprise peut comporter plusieurs établissements, lesquels peuvent être éventuellement de natures différentes.
    On distingue parfois, au sein de la population active, le personnel des établissements des autres actifs : isolés (353-4) et chômeurs (351-3).

358

On peut répartir les non-actifs (350-2*) en dépendants1, ou personnes à charge1, et en non-dépendants2, d’après l’origine de leurs moyens d’existence. Un dépendant est un individu à la charge (350-5) d’un autre, appelé son soutien3 (cf. 111-3) - c’est le cas, par exemple, des ménagères (350-4) et des enfants à charge4. Un non-dépendant est un individu présumé disposer de ressources propres, suffisantes pour lui permettre de subsister. Parmi les non-dépendants on peut distinguer notamment : les rentiers5, vivant du produit de leur fortune ; les retraités6, dont les ressources proviennent d’une activité antérieure ; et les assistés7, qui sont des personnes dépourvues de fortune et de soutien, auxquels la collectivité accorde des subsides pour leur permettre de vivre. On appelle généralement inaptes8 les personnes incapables de travailler. Le rapport de la population non active à la population active est appelé rapport de dépendance économique9.
  1. Dépendant, ppr. ff. adj. et s.m. - dépendance, s.f.
  2. Le mot retraité s’emploie souvent au sens restreint de bénéficiaire d’une pension de retraite, et cesse alors de s’appliquer au retiré des affaires, qui est un ancien patron (353-2*).
    Le mot pensionné, qui pouvait autrefois désigner un retraité, tend à se spécialiser au sens de : titulaire d’une pension d’invalidité.
  3. Le rapport de la population non adulte (jeunes (324-3*) et vieux (324-8)) à la population adulte (324-5) est parfois appelé rapport de dépendance ; cette expression est à éviter sous peine de confusion avec le rapport de dépendance économique.

359

Les dépendants (358-1) peuvent être rattachés à une branche d’activité économique (357-1) par l’intermédiaire de leur soutien (358-3). Moyennant certaines conventions sur le classement des autres inactifs, on peut ainsi répartir l’ensemble des habitants d’un pays, d’après le secteur économique dont ils tirent leurs moyens d’existence, et définir la population vivant de1 ..., ou population dépendant de1 ..., telle branche d’activité économique. C’est de cette façon qu’on définit notamment la population vivant de l’agriculture2. L’expression population agricole2 revêt d’ordinaire le même sens, mais elle est parfois synonyme de 357-3. Le reste de la population constitue ce qu’on appelle la population non agricole3.
  1. Ne pas confondre population agricole et population rurale (311-3).

360

Les infirmes1 font parfois l’objet d’une attention spéciale, lors des recensements. Ils sont alors classés par infirmités2, pour autant que le permettent les renseignements recueillis. On distingue généralement les infirmités physiques3 (p. ex. cécité, surdi-mutité) et les infirmités mentales4 (p. ex. : idiotie, démence).

361

L’étude complète de la vie active1 des individus comprend l’étude de l’entrée en activité2 des non-actifs (350-2*), en distinguant éventuellement ceux qui n’ont jamais été actifs de ceux qui l’ont déjà été, l’étude de la cessation d’activité3 des actifs (350-1*), compte tenu, si les données le permettent, de la cause de cessation, maladie, décès, retraite4, interruption. Une telle étude se fait par génération ou par période, à l’aide de taux d’entrée en activité5 ou de probabilité d’entrée en activité6, de taux de cessation d’activité7 ou de probabilité de cessation d’activité8, si possible suivant la cause de celle-ci ; tous ces indices étant calculés par âge ou par groupe d’âges.

362

À partir de ces indices on pourrait établir des tables d’activité1, de génération ou du moment (cf. § 153), contenant, outre les séries de probabilités mentionnées au paragraphe précédent, la distribution de l’âge d’entrée en activité2 et celle de l’âge de cessation d’activité3, si possible pour chaque cause, compte tenu ou non de la mortalité, les âges moyens d’entrée en activité4 et les âges moyens de cessation d’activité5 correspondants, les espérances de vie active6, espérances brutes de vie active7, sans mortalité, espérances nettes de vie active8, avec mortalité ; chacune de ces espérances de vie active est le nombre moyen d’années d’activité qui restent à vivre, dans les conditions adoptées, par les actifs (350-1 *) de l’âge considéré. Lorsque cet âge est l’âge d’entrée en activité, l’espérance de vie active correspondante est la durée moyenne de la vie active9 des individus entrés dans la vie active à cet âge ; on peut calculer un indice analogue pour l’ensemble des âges d’entrée en activité ; il faut alors préciser qu’il s’agit de cet ensemble.
  1. Dans l’état actuel de l’observation et de l’analyse, ces tables ne sont établies que dans le cas où les interruptions, ou cessations temporaires d’activité, sont en proportion négligeable, ce qui est à peu près le cas pour le sexe masculin. Pour le sexe féminin, la fréquence des interruptions de l’activité complique beaucoup l’analyse et il faudra distinguer la première entrée en activité, ou début d’activité, des autres entrées, ou reprises d’activité.

Chapitre 4 • Mortalité et morbidité

401

On étudie sous le nom de mortalité1 l’action de la mort sur les populations. La dénomination générique de taux de mortalité2, englobe tous les taux (133-4) servant à mesurer la fréquence des décès3 au sein d’une population ou d’une sous-population (101-6). En l’absence d’indications contraires, l’expression taux de mortalité doit cependant s’entendre au sens de taux brut de mortalité4, ou plus précisément de taux brut annuel de mortalité générale4 (sur le sens de taux brut, cf. 136-8). On désigne ainsi le quotient du nombre annuel des décès observés dans une population par l’effectif moyen5 de cette population au cours de la période d’observation. Ce taux est généralement exprimé pour mille (sous-entendu : habitants, cf. 133-4*). Parmi les taux de mortalité calculés pour des sous-populations, mentionnons les taux de mortalité par sexe et par groupe d’âges6. L’expression taux de mortalité par âge7 revêt d’ordinaire une signification analogue, car il est rare de calculer des taux de mortalité par année d’âge, voire par groupe d’âges, sans distinction de sexe.
  1. Le mot mortalité est parfois employé comme synonyme de taux de mortalité au sens du n° 401-4 (cf. 133-4*).
  2. Décès, s.m. - décéder, v.i. - décédé, pp. ff. s.m.
    Noter que le mot décès a perdu, en démographie, son sens étymologique de mort naturelle (cf. 422-3*) de sorte que les mots précédents sont respectivement synonymes, dans le langage technique, de : mort, s.f. - mourir, v.i. - mort, pp. ff. s.m.
  3. L’expression mortalité générale indique qu’on prend en considération tous les décès, sans distinction (cf. 134-7*).
  4. Lorsque la période d’observation s’étend sur plusieurs années, on définit généralement cet effectif moyen, comme la moyenne des estimations de l’effectif (101-7) de la population au milieu de chaque année d’observation.

402

Les études de mortalité différentielle1 portent sur les différences de mortalité entre groupes. Lorsqu’un groupe présente une mortalité nettement plus élevée qu’un ou plusieurs autres groupes auxquels on le compare au moins implicitement, on parle parfois de la surmortalité2 du premier (sous-entendu : par rapport aux autres). On la mesure par un indice de surmortalité3. On étudie sous le nom de mortalité par profession4, la mortalité des différents groupes professionnels (352-3). Il convient de ne pas confondre la mortalité par profession avec la mortalité professionnelle5, qui est une surmortalité directement engendrée par les risques spéciaux associés à l’exercice de telle profession. Parmi ces risques, mentionnons les maladies professionnelles6.
  1. L’expression surmortalité masculine implique une référence à la mortalité féminine correspondante, p. ex. : au même âge.

403

Les taux comparatifs de mortalité1 (cf. 136-7) sont généralement destinés à comparer le niveau de la mortalité dans diverses populations, abstraction faite de leurs différences de structure (101-2), et notamment de leur répartition par âges (325-6). Un mode de calcul usuel des taux comparatifs consiste à appliquer les taux par âge observés dans les populations étudiées, aux effectifs d’âge correspondant d’une population type2, c’est-à-dire d’une population de structure donnée, prise pour référence. A défaut de taux par âge, cette méthode directe de calcul, dite méthode de la population type3, devient inapplicable. On peut alors obtenir indirectement des taux comparatifs, par conversion à la dimension de taux, d’indices (132-7) calculés par la méthode des taux types4 ou méthode de la mortalité type4. Utilisés directement, notamment pour les comparaisons entre sous-populations (101-6), les indices obtenus par cette méthode prennent le nom d’indices comparatifs de mortalité5. Leur calcul s’effectue sur la base d’une mortalité type6, c’est-à-dire d’une série de taux types de mortalité6 par âge, qu’on applique aux effectifs d’âge correspondant des populations étudiées. La valeur de l’indice pour une population donnée s’obtient en rapportant le nombre global des décès observés7 dans cette population au nombre ainsi obtenu de décès hypothétiques8, ou décès calculés8, ou décès théoriques8, pris pour base 100 (132-8).

410

En démographie, l’expression mortalité infantile1 a le sens précis de mortalité des enfants de moins d’un an. On entend par mortalité néonatale2, la mortalité au cours de la période néonatale3, laquelle comprend les 28 premiers jours de la vie. On désigne par mortalité néonatale précoce4 la mortalité au cours de la première semaine de la vie et par mortalité néonatale tardive6★ la mortalité entre le 7e et le 28e jour de vie post-natale. L’expression mortalité post-néonatale5, parfois abrégée en mortalité post-natale5, désigne la mortalité pendant la période qui s’étend de la fin de la période néonatale au premier anniversaire.
  1. À la différence des mots enfance et enfant, l’adjectif infantile a conservé son sens primitif (latin “infans”, petit enfant ; étymologiquement : ne sachant pas encore parler) ; il correspond à la première enfance.
  2. Certaines statistiques étendent la période néonatale au premier mois.

411

Les expressions mortalité intra-utérine1, mortalité fœtale1 — on écrit aussi mortalité fétale1 —, mortalité in utero1 désignent la mortalité de tout produit de gestation avant l’expulsion ou l’extraction complète du corps de la mère. Les décès correspondants sont appelés décès intra-utérins2. La mortalité fœtale précoce3 se produit avant 20 semaines de gestation, la mortalité fœtale intermédiaire4, de 20 semaines à moins de 28 semaines et la mortinatalité5 ou mortalité fœtale tardive5, à partir de 28 semaines. La mortalité périnatale6 comprend la mortinatalité et une fraction de la mortalité infantile variable suivant les organismes ou les auteurs, mortalité néonatale précoce (410-4), mortalité néonatale (410-2), mortalité infantile endogène (cf. 424-1 * et 3*). La mortalité fœto-infantile7★ comprend les enfants nés sans vie et les décès d’enfants de moins de un an.
  1. Mortinatalité, s.f. - mortinaissance, s.f. : naissance d’un mort-né (adj. ff. s.m.). Les particularités d’enregistrement de certains pays, dont la France, font, ou ont fait, que les statistiques comprennent d’ordinaire parmi les mort-nés, les enfants nés vivants mais morts avant la déclaration de leur naissance, lesquels sont dénommés faux mort-nés. Une question relative à la vitalité (601-4*) à la naissance permet de distinguer les vrais mort-nés des faux.

412

En rapportant les décès de moins d’un an1, ceux de moins de 28 jours et ceux de moins d’une semaine survenus pendant une année, soit au nombre de naissances vivantes (601-4) de la même année, soit à une moyenne pondérée des naissances de cette année et de celles de l’année précédente, on obtient, respectivement, le taux de mortalité infantile2, le taux de mortalité néonatale3 et le taux de mortalité néonatale précoce4. Ces taux s’expriment généralement pour 1000 (sous-entendu naissances vivantes). Lorsqu’on dispose du classement des décès à la fois par âges et par années de naissance, on peut rapporter les décès de moins d’un an d’une génération aux naissances correspondantes. L’indice (132-4) ainsi obtenu est encore appelé taux de mortalité infantile ; il est souhaitable qu’on le dénomme quotient de mortalité infantile5, puisque le mot quotient est utilisé à partir du premier anniversaire pour les indices analogues. En l’absence du classement susmentionné, l’emploi de coefficients de répartition6 permet de répartir approximativement par années de naissance les personnes décédées à un certain âge au cours d’une année civile donnée.
  1. Expression elliptique pour : décès d’enfants de moins d’un an.

413

Le taux de mortinatalité1, ou taux de mortalité fœtale tardive1, est défini, en principe, comme la proportion des mortinaissances (411-5*) parmi les naissances totales. En pratique, on rapporte souvent les mortinaissances aux seules naissances vivantes (601-4) ; l’indice (132-4) obtenu est le rapport de mortinatalité2 ; il ne faut donc pas l’appeler taux de mortinatalité, comme on le fait souvent. Le taux de mortalité fœtale3 est le nombre de décès intra-utérins (411-2) connus pour 1000 naissances ou avortements (603-5) dans la même année ; si l’on rapporte les mêmes décès intra-utérins aux seules naissances vivantes on obtient le rapport de mortalité fœtale4. Ces indices sous-estiment beaucoup la mortalité intra-utérine|OtherIndexEntry:intra-utérin. mortalité intra-utérine|OtherIndexEntryTwo:utérin. mortalité intra-utérine (411-1) parce que les décès intra-utérins précoces passent souvent inaperçus ou restent inconnus. Une meilleure mesure est fournie par les tables de mortalité intra-utérine5, dans lesquelles les femmes entrent en observation à diverses durées de gestation (603-3). Le taux de mortalité périnatale6 s’obtient en rapportant les mortinaissances et les décès de moins d’une semaine (ou de moins de 28 jours, ou endogènes) à la somme des mortinaissances et des naissances vivantes. Le taux de mortalité fœto-infantile7★ est obtenu en rapportant les mortinaissances et les décès à moins d’un an à la somme des mortinaissances et des naissances vivantes.

414

Dans l’étude de la mortalité par âge1, on distingue la mortalité infantile (410-1), la mortalité néonatale (410-2), la mortalité néonatale précoce (410-4), déjà définies, la mortalité post-infantile2, c’est-à-dire celle des enfants de 1-4 ans, la mortalité juvénile3, la mortalité adulte4 et la mortalité sénile5 ; mais ces trois dernières expressions n’ont pas, à la différence des précédentes, de signification précise (cf. § 323 et § 324 pour les âges approximatifs correspondants). On peut appeler taux de mortalité post-infantile6 le taux de mortalité des enfants de 1-4 ans.

420

On étudie sous le nom de morbidité1 l’action de la maladie2 sur les populations et l’on distingue la morbidité incidente3 et la morbidité prévalente4 suivant qu’on porte attention aux nouveaux cas de maladie5 ou à la proportion des malades (425-3). L’élaboration des statistiques de morbidité6 est rendue délicate par l’absence de démarcation nette entre l’état morbide7 et la bonne santé. La nosologie8 et la nosographie9 permettent de définir et de classer les maladies.
  1. Maladie, s.f. - malade, adj., ff. s.m.
    Comme antonyme de santé, le mot maladie s’emploie exclusivement au singulier ; il admet au contraire un pluriel quand il désigne un processus morbide particulier : une affection.

421

L’appelation générique de statistiques sanitaires1 revêt un sens plus large que statistiques de morbidité et recouvre toutes les statistiques concernant la santé de la population. On y comprend d’ordinaire les statistiques de mortalité par cause2. Le classement des décès par causes de décès3 est compliqué par l’existence, à côté de causes simples de décès4, de causes multiples de décès5, ou causes complexes de décès5. Dans ce dernier cas, on peut distinguer : soit la cause immédiate du décès6, ou cause directe du décès6, ou cause terminale du décès6, et les causes antécédentes du décès7, ou causes concomitantes du décès7 ; soit la cause initiale du décès8, ou cause principale du décès8, et les causes associées du décès9, ou causes contributives du décès9, ou causes secondaires du décès9. Les taux de mortalité par cause10 sont souvent exprimés "pour 100 000" (sous-entendu : habitants). On considère aussi la proportion des décès par cause11, parmi les décès de toute cause. Ces proportions, calculées dans un groupe d’âge particulier ou pour la population générale, renseignent sur la structure des décès par cause12★.

422

Le décès ou l’incapacité (cf. 426-2) peuvent être la conséquence, soit d’une maladie (420-2), soit d’un traumatisme1, ou blessure1, soit encore d’une intoxication2, ou empoisonnement2. Les traumatismes et intoxications peuvent être causés, soit par des accidents3, soit par des violences4. Parmi ces dernières, on peut distinguer les suicides5 et tentatives de suicide5 d’une part, et les homicides volontaires6, blessures volontaires6 et empoisonnements criminels6 d’autre part. On classe généralement à part les décès par faits de guerre7 et blessures par faits de guerre7.
  1. Blessure, s.f. - blessé, pp. ff. s.m.
  2. On doit préférer l’expression décès par accident à décès accidentel ; cette dernière dénomination peut en effet s’opposer à décès naturel, pour désigner tout décès dû à une cause autre que la maladie ou la sénilité (424-7).
  3. Noter que l’expression mort violente peut s’appliquer à des décès par accident.
  4. L’homicide involontaire, ou homicide par imprudence, est généralement considéré comme un accident.
  5. L’expression décès de guerre est moins précise, pouvant revêtir le sens de décès occasionnés par la guerre.

423

On appelle endémie1 une maladie qui atteint une population de matière permanente, par opposition à l’épidémie2 qui se propage et disparaît en un temps assez court ; une épidémie qui s’étend à un grand nombre de pays est appelée pandémie3. Certaines maladies transmissibles4 sont l’objet d’une attention particulière, parce qu’elles sont susceptibles de se propager rapidement ; on les appelle maladies épidémiques5, et elles font l’objet de statistiques spéciales dénommées statistiques épidémiologiques6. L’établissement de telles statistiques est facilité, en de nombreux pays, par l’inclusion de la plupart de ces maladies parmi les maladies à déclaration obligatoire7. Du point de vue de leur mode habituel d’évolution, on distingue parfois les maladies chroniques8, à évolution lente, et les maladies aiguës9, à évolution rapide.
  1. Endémie, s.f. - endémique, adj.
  2. Les expressions maladie transmissible, maladie contagieuse et maladie infectieuse ne sont pas synonymes. La dénomination maladie contagieuse ne s’applique qu’à des maladies susceptibles de se transmettre directement de l’homme à l’homme : ainsi le paludisme, maladie transmissible, n’est pas une maladie contagieuse. D’autre part, certaines maladies infectieuses — les infections puerpérales, p. ex. — ne sont pas, à proprement parler, des maladies transmissibles.
  3. Épidémiologique, adj. - épidémiologie, s.f. : le sens de ce dernier mot s’est beaucoup étendu ; il englobe maintenant l’étude des relations d’un phénomène biologique ou médical avec divers facteurs, le tabac, par exemple, dans « l’épidémiologie du cancer du poumon ».
  4. Certaines législations prévoient, en outre, des maladies à déclaration facultative.

424

Certains aspects de la mortalité présentent un intérêt particulier en démographie : la mortalité endogène1 ou mortalité biologique1, qui provient de la constitution génétique de l’individu, des malformations congénitales2, du traumatisme obstétrical ou de la dégénérescence liée au vieillissement de l’organisme ; la mortalité exogène3 qui, à l’opposé, provient de causes extérieures, comme les maladies infectieuses (423-4) ou parasitaires et les traumatismes accidentels, à l’exception du traumatisme obstétrical. On porte aussi une attention particulière à l’ensemble des maladies et traumatismes liés à la grossesse (602-5), à l’accouchement (603-4) et à l’état puerpéral4. Ce groupe de maladies et traumatismes est à l’origine de la mortalité maternelle5 ; pour étudier celle-ci, on utilise le taux de mortalité maternelle6, rapport des décès d’une année relevant de la mortalité maternelle aux naissances de cette même année. La sénilité7 retient, elle aussi, l’attention, mais indirectement, parce qu’aux âges élevés la trop grande fréquence des décès attribués à cette cause est un signe de mauvaise déclaration des causes de décès.
  1. Cette distinction de l’endogène et de l’exogène est utilisée dans l’étude de la mortalité infantile (410-1) que l’on peut décomposer en mortalité infantile endogène et mortalité infantile exogène.
  2. Voir note précédente.
  3. L’expression mortalité puerpérale désigne la mortalité de la période puerpérale, c’est-à-dire de la période d’alitement qui succède à l’accouchement. Cette période était autrefois désignée par le mot couches (604-1*) qui a perdu son sens étymologique pour devenir synonyme d’accouchement.
  4. Sénilité, s.f. : affaiblissement par la vieillesse (324-6) - sénile, adj. : qui se rapporte à la vieillesse.

425

Les principaux indices de mesure de la morbidité1 (cf. 420-1) se rapportent soit à la fréquence des maladies, soit à leur durée, soit à leur gravité. Ces indices (132-4) peuvent être calculés par maladie (420-2) ou pour l’ensemble des maladies. Par analogie avec le taux de mortalité(401-2), on appelle taux de morbidité incidente2 le rapport des nouveaux cas de maladie (420-5) observés dans un groupe pendant une certaine période à l’effectif moyen du groupe étudié. Un autre indice de la fréquence des maladies est constitué par la proportion des malades3 à un moment donné dans le groupe étudié. Il ne faut pas confondre la durée moyenne des cas de maladie4 et le nombre moyen de journées de maladie5 ; dans le premier indice, le nombre total de jours de maladie est rapporté au nombre total de cas, dans le second à la population moyenne de l’année. La gravité des maladies peut être mesurée par le taux de létalité6, ou taux de mortalité clinique6, qui exprime la fréquence des décès (401-3) parmi les malades, ou plus précisément la proportion, parmi les cas de maladie constatés, de ceux dont l’issue a été fatale.
  1. On trouve aussi taux de morbidité préva lente, qui établit une analogie formelle, injustifiée, avec la morbidité incidente, et fréquence globale des maladies, plus long et moins précis que proportion des malades.
  2. Ne sont d’ordinaire comprises dans le calcul que les maladies d’une durée supérieure à un certain délai de carence, introduit dans les systèmes d’assurance pour éviter l’indemnisation des incapacités (cf. § 426) de très courte durée.
  3. On écrit aussi taux de léthalité.

426

Le mot déficience1 désigne tout défaut physique, fonctionnel ou psychique, qui résulte d’une maladie (420-2), d’un traumatisme (422-1) ou d’une malformation congénitale (424-2) ou héréditaire. Les maladies et les accidents peuvent rendre une personne incapable de faire son travail habituel ; cette incapacité de travail2 peut être absolue ou partielle. Il y a incapacité permanente3 ou invalidité4 lorsque l’incapacité, absolue ou partielle, est définitive ; elle ouvre des droits pour incapacité professionnelle7★ ou incapacité de travail8★. Le risque d’invalidité5 est la probabilité qu’a une personne valide d’âge exact x de devenir invalide dans l’année qui suit, ou au cours de n années à partir de ce même âge exact. Les tables d’entrée en invalidité6 contiennent une ou plusieurs séries d’indices relatifs à l’invalidité : risque d’entrée en invalidité, nombre de personnes valides à chaque âge, etc.
  1. Invalidité, s.f. - invalide, adj.
  2. L’expression table d’invalidité, construite comme table de mortalité (432-1), serait préférable.

430

La statistique des décès (401-3) est généralement établie à partir de bulletins de décès1 (cf. § 212), remplis par les employés de l’état civil à l’occasion de l’enregistrement des actes de décès (211-10). Des procédures spéciales sont parfois utilisées pour concilier le secret médical avec les nécessités du contrôle. L’une d’elles consiste à associer à un bulletin de décès anonyme un certificat de décès2 confidentiel où le médecin consigne la cause du décès (421-3), la correspondance entre les deux documents étant assurée grâce au numéro d’enregistrement commun qu’ils comportent.
  1. Les premières statistiques de décès furent établies par dépouillement des listes mortuaires figurant sur les registres des sépultures (214-3).

431

L’étude détaillée de la mortalité d’une période ou d’une génération (116-1) se fait à partir des quotients de mortalité1. On appelle ainsi la probabilité nqx qu’a un individu d’âge exact x de mourir avant l’âge exact x + n ; ces quotients prennent le nom de quotients annuels de mortalité2 lorsque n = 1 et de quotients quinquennaux de mortalité3 lorsque n = 5 . Le quotient instantané de mortalité4 est la limite du rapport nqx : n quand n tend vers zéro ; on l’appelle aussi taux instantané de mortalité4. Le quotient perspectif de mortalité5 est la probabilité qu’ont les individus d’une même génération ou d’un même groupe de générations de mourir entre deux 1er janvier. Le nom de ce quotient vient de son emploi dans le calcul des perspectives de population. Le complément à un du quotient de mortalité nqx est la probabilité de survie6 de l’âge exact x à l’âge exact x + n . De manière analogue, le complément à un d’un quotient perspectif de mortalité est une probabilité perspective de survie7 d’un 1er janvier à un autre.
  1. Ces probabilités de survie ont aussi été appelées coefficients de survie.

432

L’expression table de mortalité1 désigne, à proprement parler, la série des quotients de mortalité (431-1) observés aux différents âges dans un certain ensemble d’individus. Mais on appelle aussi table de mortalité une collection de tables (153-1) relatives à un même ensemble d’individus, chacune d’elles décrivant la mortalité de cet ensemble sous une forme particulière, correspondant à une certaine fonction des tables de mortalité2. L’une de ces fonctions est connue sous le nom de fonction de survie3, et la table correspondante est appelée table de survie3. Elle indique le nombre des survivants4 à divers âges exacts (322-7), c’est-à-dire le nombre des individus qui atteindraient respectivement chacun de ces âges, dans une génération (116-1) d’effectif initial donné, soumise à la mortalité étudiée. L’effectif initial de cette génération, c’est-à-dire le nombre de naissances vivantes pris pour base du calcul de la table de survie, est appelé racine5 de la table, et l’on dit que celle-ci matérialise l’extinction6 d’une génération par la mortalité en cause.
  1. On adopte généralement comme racine une puissance de 10 : 10 000 ou 100 000 par exemple.

433

À la table de survie (432-3) correspond une table des décès1 de même racine (432-5) qui représente la répartition par âges (325-6) des décès de la génération (116-1) envisagée ; on appelle ceux-ci les décès de la table2, par opposition aux décès observés. Les tables de mortalité (432-1) donnent, couramment, une quatrième fonction, l’espérance de vie3 à l’âge x ou nombre moyen d’années restant à vivre pour les survivants (432-4) d’âge exact x, dans les conditions de mortalité de la table. L’espérance de vie à la naissance4 est un cas particulier d’espérance de vie ; elle représente la durée moyenne de la vie d’individus soumis à partir de leur naissance à la mortalité de la table ; on l’appelle aussi vie moyenne4. L’inverse de la vie moyenne est parfois utilisé comme indice synthétique de mortalité, sous le nom de taux de mortalité de la population stationnaire5.

434

On appelle vie médiane1 (cf. 140-6), ou vie probable1, la durée de vie qu’un nouveau-né a une chance sur deux de dépasser, dans les conditions de mortalité définies par une table. La répartition par âges (325-6) des décès correspondant à la table des décès (433-1) présente généralement plusieurs maximums, dont l’un se situe vers la fin de l’âge adulte (324-4) ou dans la vieillesse (324-6). L’âge correspondant à ce dernier est appelé âge modal au décès2 (cf. 140-8*), ou âge normal au décès2, et la durée de vie correspondante est parfois appelée vie normale2. Cet indice correspond mieux que la vie médiane ou que la vie moyenne (433-4) au concept courant de durée de la vie humaine3. On confond parfois cette notion de durée de vie la plus communément observée parmi les individus ayant atteint l’âge adulte, avec la longévité4 de l’espèce humaine ; au sens propre, cette dernière dénomination correspond pourtant aux durées de vie extrêmes susceptibles d’être atteintes par l’être humain (cf. 324-8*), lesquelles demeurent au contraire exceptionnelles.
  1. On précise parfois, en ce sens, vie probable à la naissance, car on définit de façon plus générale une vie probable à l’âge x, qui est en réalité une survie probable à l’âge x, et qui correspond à la médiane (140-6) des survies au delà de l’âge x, dont bénéficient les survivants à l’âge x (cf. 432-4) d’une table.
    Dans ces expressions, l’adjectif probable a le sens d’équiprobable, mot qui a l’avantage de moins prêter à équivoque.
  2. Dans la dénomination âge normal au décès, l’adjectif normal a un sens analogue à celui que lui confèrent les statisticiens dans les expressions loi normale, courbe normale, etc. Mais une réaction s’est produite contre l’emploi de ce qualificatif en statistique, à cause des confusions qu’il peut engendrer dans l’esprit des lecteurs non avertis. On préfèrera donc l’expression âge modal au décès.
  3. Étymologiquement : longue vie.

435

On appelle table complète de mortalité1 une table comportant une série non lacunaire de quotients de mortalité (431-1). Les quotients figurant dans les tables étant généralement des quotients annuels (cf. 431-2), la série en question correspond d’ordinaire à des âges échelonnés d’année en année. On dit alors qu’on a affaire à une table de mortalité détaillée1. L’expressiontable de mortalité abrégée2 désigne, en pratique, une table de quotients de mortalité entre certains âges pivots, espacés de cinq ou dix ans au-delà de l’enfance (323-2) ou une table de survivants (432-4) à ces mêmes âges ou l’ensemble des deux. On distingue parfois les tables de mortalité de têtes choisies3, ou tables de mortalité actuarielles3, résultant de l’observation de groupes sélectionnés (constitués d’ordinaire par la clientèle de compagnies d’assurance), et les tables de mortalité démographiques4, basées sur l’observation de l’ensemble d’une population. On appelle table-type de mortalité5★ (730-1) une table de mortalité qui résulte d’une modélisation statistique de la mortalité par âge réalisée à partir d’un jeu de tables de mortalité tant historique que contemporaine.
  1. Actuariel, adj. - actuaire, s.m. : spécialiste de l’application des mathématiques aux problèmes d’assurance.
    L’expression têtes choisies (cf. 110-2) n’a survécu que dans la terminologie actuarielle ; en démographie elle ferait figure d’archaïsme, et l’on préfère parler de groupes sélectionnés (sauf dans l’expression citée ici).

436

On appelle table de mortalité du moment1 (cf. 153-2) une table de mortalité (432-1) résultant d’observations effectuées pendant une certaine période de référence, sur l’ensemble des générations (116-1) représentées à cette époque. On appelle table de mortalité de génération2 (cf. 153-3) une table de mortalité résultant de l’observation d’une même génération tout au long de son existence. La surface représentative des quotients de mortalité (431-1), en fonction de l’âge et de la date d’observation, est dénommée surface de mortalité3.

437

On appelle diagramme de Lexis1, ou graphique de Lexis1, du nom de son inventeur, un schéma destiné à faciliter l’exposé de l’application d’une méthode usuelle de calcul des quotients de mortalité (431-1). Dans ce schéma, l’existence d’un individu est représentée par un segment de droite, appelé ligne de vie2, commençant en un point correspondant à la naissance (601-3) de l’individu en cause, et aboutissant au point mortuaire3 figurant son décès (401-3). Une méthode d’étude de la mortalité (401-1) aux âges élevés a été dénommée méthode des générations éteintes4 parce qu’elle utilise les décès observés dans des générations (116-1) complètement disparues.

Chapitre 5 • Nuptialité

501

L’étude de la nuptialité1 comprend essentiellement celles des phénomènes quantitatifs résultant directement de l’existence, au sein des populations, de mariages2, ou unions légitimes2, c’est-à-dire d’unions3 entre individus de sexes différents, instaurées dans des formes prévues par la loi ou la coutume, et conférant aux individus en cause des droits et obligations particulières. Dans la plupart des sociétés, l’instauration de ces unions légales ou coutumières est marquée par une cérémonie ou formalité spéciale, dénommée également mariage4. L’observation de la fréquence des événements (201-3) constitués par ces mariages (au sens du n° 501-4) et par les ruptures d’union (513-3), est à la base des études sur la nuptialité. Par extension, on y comprend parfois aussi, pour autant que cela soit possible, l’étude des unions illégitimes (503-5), surtout là où ce type d’unions est assez généralisé pour rendre leur prise en considération indispensable. On dénomme époux5, ou conjoints5, les individus unis par les liens du mariage (au sens du n° 501-2). Selon leur sexe, les conjoints sont dits respectivement mari6, ou époux6, et femme7, ou épouse7, l’un par rapport à l’autre. On appelle couple marié8 (cf. 503-8) l’ensemble constitué par deux époux.
  1. Le mot nuptialité est parfois employé comme synonyme de taux de nuptialité au sens du n° 520-2.
  2. Mariage, s.m. - matrimonial, adj.
    Dans la terminologie juridique, le mot lit prend ce sens de mariage dans des expressions du type enfant d’un premier lit.
  3. Mariage, s.m. - nuptial, adj.
  4. Conjoint, s.m. - conjugal, adj.
  5. Sur l’emploi du mot ménage en ce sens, cf. 110-3*.

502

Les législations matrimoniales1 (cf. 501-2*) et les coutumes matrimoniales2 présentent une grande diversité. Une population est dite monogame3 lorsqu’un individu ne peut être uni qu’à un seul conjoint (501-5) à la fois, et polygame4 dans le cas contraire. Parmi les sociétés polygames, on distingue les sociétés polyandres5, dans lesquelles une femme peut être unie simultanément à plusieurs époux (501-6), et les sociétés polygynes6, dans lesquelles un homme peut être uni simultanément à plusieurs épouses (501-7).
  1. Monogame, adj. - monogamie, s.f.
  2. Polygame, adj. - polygamie, s.f.
    Ces mots sont souvent pris au sens de 502-6.
  3. Polyandre, adj. - polyandrie, s.f.
  4. Polygyne, adj. - polygynie, s.f.
    Ces mots, peu usités, sont souvent remplacés par polygame et polygamie.

503

En matière de mariage (au sens du n° 501-4), certaines législations n’attribuent d’effets juridiques qu’au mariage civil1, réglementé par l’État ; d’autres reconnaissent le mariage religieux2, réglementé par l’Église — sous réserve, éventuellement, de l’accomplissement de quelque formalité administrative (déclaration, enregistrement) ; d’autres donnent valeur légale au mariage coutumier3, célébré selon les traditions locales ou tribales. Lorsque aucune formalité ou cérémonie ne préside à l’instauration d’une union, on parle de mariage consensuel4, d’union consensuelle4, d’union libre5 ou d’union illégitime5. Les deux premières expressions sont préférées dans les sociétés où ce type d’union existe seul ou est très répandu ; la dernière implique par contre que ce type d’union coexiste avec un ou plusieurs autres types non dépourvus comme lui de tout formalisme. A ces unions couramment stables s’opposent les unions temporaires6 avec ou sans cohabitation7. La terminologie technique moderne tend à désigner par le mot couple8 l’ensemble constitué par deux individus de sexes différents vivant en état d’union stable.
  1. Concubinage, s.m. : état d’union illégitime - concubin, s.m., concubine, s.f. : individu vivant en concubinage.
    Ces mots, assez malsonnants, sont de moins en moins usités en dehors de la terminologie juridique. Dans le langage courant, on substitue respectivement aux deux derniers les mots ami (s.m.) et amie (s.f.), et au premier des expressions telles que faux ménage, vivre maritalement, être, vivre, se mettre en ménage (cf. 110-3*), cohabiter.
    Du concubinage il convient, semble-t-il, de distinguer le concubinat, sorte de mariage inférieur coexistant avec le mariage proprement dit dans certaines sociétés.
  2. Noter que le mot couple doit souvent s’entendre comme une abréviation de l’expression couple marié (501-8).

504

En général, le mariage (501-4) est interdit avant un certain âge minimum au mariage1 ou âge de nubilité1, qui peut être particulier à chaque sexe. D’autres interdictions sont fréquemment édictées par la loi ou par la coutume, notamment pour éviter les mariages consanguins2, c’est-à-dire les mariages entre proches parents (114-3) présentant entre eux un certain degré de consanguinité3.
  1. Nubilité, s.f. - nubile, adj.
    Au sens propre, un individu devient nubile (étymologiquement : mariable) lorsqu’il atteint l’âge à partir duquel le mariage est autorisé par la loi ou par la coutume. Mais les mots nubilité, nubile, et puberté (620-2), pubère (620-2*), sont souvent confondus dans leurs emplois. La législation française fixe l’âge de nubilité à 15 ans pour les filles et à 18 ans pour les garçons.

505

Là où elle existe, la formalité de publication des bans1, qui doit être accomplie un certain temps avant la célébration d’un mariage (501-4) projeté, a pour but d’en organiser la publicité vis-à-vis des tiers, afin de permettre à ceux-ci d’y faire éventuellement opposition. Parfois une autorisation de mariage2 doit être obtenue, avant que le mariage puisse être célébré. Un certificat de mariage3 est fréquemment délivré aux nouveaux mariés4 à l’issue de la cérémonie. On dit qu’il y a eu consommation du mariage5, ou que le mariage a été consommé5, lorsque l’union charnelle des époux (501-5) a été réalisée.
  1. En France, la statistique des mariages est établie d’après des bulletins de mariage (212-2*), établis à l’occasion de l’enregistrement (211-4*) des actes de mariage (211-8) dans le registre des mariages (211-7).
  2. Avant la célébration, du mariage, les futurs époux sont dits fiancés, dénomination issue de la coutume des fiançailles consistant en un échange plus ou moins solennel de promesses de mariage.
    Pendant et après la célébration on parle du marié et de la mariée ; on peut utiliser ces termes pour désigner les personnes qui se sont mariées au cours d’une année, les mariés de 1977, par exemple.

506

Au sens strict du terme, on dit qu’il y a endogamie1 lorsque les mariages (501-4) ne sont autorisés qu’entre individus appartenant à un même groupe (clan, tribu). Par extension, on parle d’endogamie lorsqu’on observe une tendance marquée des individus appartenant à un certain groupe, ou une certaine catégorie, à ne choisir leur conjoint (501-5) que parmi les membres de ce groupe. On dit alors que celui-ci constitue un isolat2, et les barrières plus ou moins nettes qui le délimitent peuvent être de nature géographique, sociale, religieuse, etc. Parallèlement, on dit qu’il y a exogamie3 lorsque le choix du conjoint s’effectue volontiers en dehors de la catégorie ou du groupe auquel l’individu appartient, l’exogamie au sens strict impliquant une interdiction de mariage entre individus appartenant au même groupe (clan, tribu). On appelle mariages mixtes4 des mariages contractés entre individus différant par un caractère tel que la religion (cf. § 341), la nationalité (cf. § 330), la race (cf. § 333), etc. On parle d’homogamie5 lorsque le mariage unit des personnes présentant certaines caractéristiques communes - sociales, physiques, psychiques, p. ex. - et d’hétérogamie6 dans le cas contraire.
  1. Endogamie, s.f. - endogame, adj.
  2. Exogamie, s.f. - exogame, adj.
  3. Homogamie, s.f. - homogame, adj.
  4. Hétérogamie, s.f. - hétérogame, adj.

510

Au terme d’une vie conjugale1 plus ou moins longue, survient la fin d’union2 qui entraîne la dissolution du mariage3, c’est-à-dire la rupture de tous les liens juridiques résultant de la qualité d’époux (501-5). Elle lève notamment l’obstacle qui pourrait éventuellement opposer l’existence du mariage en cause à la conclusion d’une nouvelle union légitime (cf. 502-3). La dissolution du mariage peut résulter du décès de l’un des conjoints (501-5) ; le conjoint survivant est alors dénommé veuf4 ou veuve5, selon son sexe. On dit des veufs6, ou personnes veuves6, qu’elles vivent en état de veuvage7.
  1. Mariage dissous : union légitime (501-2) dissoute par veuvage ou par divorce (511-1).
  2. Certaines sociétés n’admettent pas le remariage des veuves. En France, il n’est autorisé que passé un délai de viduité de 300 jours après le décès du mari, afin d’éviter toute ambiguïté dans l’attribution de la paternité (114-6) des enfants posthumes.

511

Là où il existe, le divorce1 constitue un moyen légal ou coutu-mier de dissolution du mariage (510-3). Le divorce résulte fréquemment d’un jugement de divorce2. Dans certaines sociétés, il peut être la conséquence de la répudiation3 de l’un des conjoints (501-5) par l’autre. Les divorcés4, ou personnes divorcées4, c’est-à-dire celles dont le mariage a été dissous par divorce, sont dénommés divorcés5 ou divorcées6, suivant leur sexe.
  1. Divorce, s.m. - divorcer, v.i.
  2. En France, le dispositif du jugement de divorce est mentionné en marge de l’acte de mariage sur le registre de l’état civil. C’est à l’occasion de cette mention qu’était établi jusqu’en 1975 un bulletin statistique dit de divorce transcrit (cf. 211-4* et 212-2*).
  3. Répudiation, s.f. - répudier, v.t.

512

Les législations qui consacrent le principe de l’indissolubilité du mariage1 n’admettent pas le divorce (511-1) ; seul le décès de l’un des conjoints (501-5) peut y entraîner la dissolution du mariage (510-3). Quelle que soit la législation, la mésentente provoque la séparation2 des époux ; elle peut prendre la forme d’une séparation de fait3, assez fréquente dans certaines sociétés, qui peut s’effectuer par consentement mutuel des conjoints ou résulter de l’abandon4 de l’un d’eux par l’autre ; ou la forme d’une séparation légale5 ou séparation de corps et de biens5 qui permet de relâcher les liens juridiques entre époux (501-5), dispensant notamment ceux-ci du devoir de cohabitation, c’est-à-dire de l’obligation de vivre sous le même toit. Juridiquement parlant, les époux dont les liens conjugaux se trouvent ainsi relâchés au regard de la loi sont dits séparés6. En démographie, on peut trouver bon de préciser : séparés légalement6, pour distinguer ce cas de celui où il n’y a qu’une simple séparation de fait. Les époux qui vivent séparés, légalement ou non — y compris par cas de force majeure (par suite de circonstances de guerre, p. ex.) — constituent ce qu’on appelle des couples dissociés7 (couples au sens de 503-8*), ou ménages dissociés7 (cf. 501-8*).
  1. En France, divorce et séparation de corps coexistent. Dans les deux cas, la procédure comporte obligatoirement une tentative de conciliation, dont une ordonnance de non-conciliation constate éventuellement l’échec. La statistique de ces ordonnances permet de connaître le nombre de nouveaux procès en instance. La séparation de corps peut être convertie en divorce dans certaines conditions. À la différence des divorces (cf. 511-2*), les séparations de corps ne font l’objet d’aucune transcription (211-4*) sur le registre des mariages.
  2. Cette terminologie permet de distinguer la dissociation d’une union, de sa dissolution (cf. 510-3) par veuvage ou par divorce.

513

L’annulation de mariage1 résulte d’un jugement constatant la nullité du mariage1, c’est-à-dire l’absence de mariage valable2 (cf. 501-2) au regard de la loi, malgré la célébration du mariage (au sens du n° 501-4). L’expression fin d’union (510-2) permet d’englober sous une dénomination commune tous les cas où une union prend fin, que ce soit par décès (401-3), divorce (511-1), séparation légale (512-5), annulation, voire séparation de fait (512-3) si la date en est connue ; on parle aussi de rupture d’union3, soit dans le même sens que fin d’union, soit, ce qui paraît préférable, dans le cas où le mariage est rompu par divorce ou séparation..

514

Du point de vue légal, est mariable1 toute personne qui remplit les conditions requises par la loi ou la coutume pour contracter mariage ; l’ensemble de ces personnes constitue la population mariable2, les autres formant la population non mariable3. Cependant, le marché matrimonial4, les cercles de relations5 où se fait le choix du conjoint6 n’englobent pas tous les mariables ; ils ne comprennent que les candidats au mariage7, c’est-à-dire les personnes que leur état de santé, leur situation ou leur volonté n’excluent pas, au moins pour un temps, du marché matrimonial. Dans les sociétés monogames (502-3), on distingue fréquemment les premiers mariages8, ou mariages de célibataires (515-2), des remariages9, ou mariages de personnes veuves (510-6) ou divorcées (511-4). Pour classer les mariages par rang (201-6), il est nécessaire de préciser le sexe par rapport auquel on détermine le rang du mariage10, faute de quoi les expressions précédentes (514-8 et 514-9) prêtent à ambiguïté.
  1. Mariable, adj. ff. s.m.
  2. Non-mariable, adj. ff. s.m.
  3. À l’expression premier mariage, on préfère généralement substituer mariage de célibataires, quand on veut parler d’un mariage contracté par deux célibataires. L’ambiguïté n’en disparaît pas pour autant au pluriel, la seule façon élégante de la lever étant de parler de mariage entre célibataires.
  4. Remariage, s.m. - remarié, pp. ff. s. : personne mariée (515-5) ayant acquis cette qualité après la dissolution d’un précédent mariage (cf. 510-3).

515

Pour le classement de la population suivant la situation matrimoniale1, ou l’état matrimonial1, on ne comprend parfois dans la catégorie des célibataires2 que les personnes qui n’ont jamais été mariées, à l’exclusion de celles dont l’unique mariage a été annulé (cf. 513-1). Parmi les célibataires, on distingue les célibataires du sexe masculin3 et les célibataires du sexe féminin4. La catégorie des mariés5, ou personnes mariées5, est d’ordinaire constituée par les personnes en puissance de conjoint (501-5), ce qui implique l’exclusion de celles dont le mariage a été dissous (cf. 510-3*), par veuvage (510-7) ou par divorce (511-1), mais l’inclusion de celles qui sont séparées de fait ou séparées légalement (512-6). Les personnes mariées se répartissent en hommes mariés6 et en femmes mariées7. On peut grouper au besoin sous la dénomination de non-célibataires8, l’ensemble des personnes mariées, veuves, divorcées ou séparées légalement.
  1. Célibataire, adj. ff. s. - célibat, s.m. : état des personnes célibataires.
  2. Quoique vieillis en ce sens, garçon et fille ont été utilisés en France dans la statistique du mouvement de la population (201-2) jusqu’en 1945. En raison de l’évolution du langage depuis, on pourrait encore les employer, comme cela se fait, d’ailleurs, en démographie historique (102-1).
  3. Voir note précédente.
  4. On groupe au besoin les individus n’appartenant pas à cette catégorie, sous les dénominations de non-mariés ou de personnes non mariées.

520

La dénomination générique de taux de nuptialité1 englobe tous les taux (133-4) servant à mesurer la fréquence des mariages au sein d’une population ou d’une sous-population (101-6). En l’absence d’indications contraires, l’expression taux de nuptialité doit s’entendre au sens de taux brut de nuptialité2 ou plus précisément de taux brut annuel de nuptialité générale2 (cf. 134-7*). Ce taux s’obtient en divisant le nombre annuel de mariages (501-4) par l’effectif moyen (401-5) de la population. On étudie séparément la nuptialité masculine3 et la nuptialité féminine4 qui présentent souvent de notables différences entre elles. Les taux de nuptialité par sexe5 sont généralement calculés en rapportant le nombre des mariages à l’effectif des mariables (514-1*) de chaque sexe. On calcule aussi des taux de nuptialité des célibataires6, en rapportant les premiers mariages (514-8) à l’effectif des célibataires (515-2) mariables, et des taux de nuptialité des veufs ou divorcés7 en rapportant les remariages (514-9) correspondants à l’effectif des personnes veuves (510-6) ou divorcées (511-4). Des taux analogues peuvent être calculés pour chaque âge ou chaque groupe d’âges (325-2) du mari (501-6) ou de la femme (501-7), lorsque les mariages sont classés suivant l’âge au mariage8 de chacun des époux (501-5) ; on les appelle taux de nuptialité par âge9. La répartition par âges (325-6) des mariés (505-4*) de chaque sexe permet de calculer l’âge moyen des mariés10 de telle année ou de telle période. Pour l’étude de la différence d’âge entre époux11, il faut avoir un classement par âges combinés12 des époux.
  1. En France on a longtemps utilisé comme taux brut de nuptialité le rapport à la population du nombre annuel de nouveaux mariés, c’est-à-dire du double du nombre de mariages.
  2. On utilise aussi les mariages réduits et les premiers mariages réduits obtenus pour chaque sexe en divisant le nombre de mariages ou de premiers mariages à tel âge par le nombre moyen de personnes de cet âge quel qu’en soit l’état matrimonial ; la somme des mariages réduits et la somme des premiers mariages réduits sont des indices synthétiques (132-5) de la nuptialité, utilisés surtout en analyse transversale (103-5).
  3. Il y a intérêt à avoir des expressions différentes pour les indices de cohorte (138-6) et les indices du moment (138-5), d’où l’âge moyen des mariés pour une période et l’âge moyen au mariage pour une génération (116-1). Quand il s’agit de célibataires, on précise âge moyen des filles mariées en ..., âge moyen des garçons mariés en ...

521

L’intensité (138-1) de la nuptialité (501-1) des célibataires (515-2) dans une génération (116-1) d’hommes ou de femmes se mesure le plus souvent par la fréquence du célibat définitif1 ; on lui substitue couramment la fréquence du célibat2 à un âge à partir duquel les premiers mariages (514-8) sont rares, 50 ans généralement. La fréquence du célibat à chaque âge est calculée à partir des quotients de nuptialité3 des célibataires. Ces quotients sont définis comme la fraction des célibataires d’âge exact x destinés à se marier avant l’âge exact x + 1, abstraction faite de la mortalité (401-1). Dans une population fermée, la proportion des célibataires4 à tel âge, d’après un recensement (202-1 *), fournit une valeur approchée de la fréquence du célibat au même âge dans la génération correspondante. Le calendrier (138-2) des premiers mariages est donné par la distribution de l’âge au premier mariage, d’où l’on tire l’âge moyen au premier mariage5, l’âge médian au premier mariage6, l’âge modal au premier mariage7. Lorsqu’on ne dispose que de données sur le statut matrimonial issues d’un recensement, on peut calculer la proportion de célibataires à chaque âge et, en l’assimilant à une fonction de survie en l’état de célibataires, calculer parmi les célibataires non-définitifs, les années vécues depuis la naissance à l’état de célibataire ou âge moyen des célibataires au mariage8★.
  1. Ce nom est attribué en français au précurseur de la méthode et on parle ainsi de l’âge moyen au mariage selon la méthode de Hajnal.

522

Par analogie avec les tables de mortalité, on appelle tables de nuptialité1 un ensemble, plus ou moins complet, de fonctions de nuptialité, telles que les quotients de nuptialité (521-3), les fréquences du célibat (521-2), les premiers mariages de la table2 ; l’ensemble des fréquences du célibat est dénommé table de célibat3. En combinant nuptialité et mortalité, on obtient une table de nuptialité nette des célibataires4 ou table de survie en état de célibat4, cas particulier de table à double extinction (153-4). Peuvent être inclus dans une telle table : le nombre de survivants en état de célibat5, celui des survivants en état de non-célibat6, la probabilité de survie en état de célibat7, et l’espérance de vie en état de célibat8.

523

On dénomme taux de divortialité1, les taux utilisés pour mesurer la fréquence des divorces (511-1). L’expression taux brut annuel de divortialité2 désigne le rapport à l’effectif total de la population du nombre annuel des divorces. On dénomme de même taux de divortialité des mariés3 le taux obtenu en rapportant le nombre annuel des divorces au nombre des couples mariés (501-8). Lorsque les statistiques disponibles le permettent, on calcule aussi des taux de divortialité par âge4 et des taux de divortialité par durée de mariage5 (cf. 524-2). Pour mesurer l’extension du divorce, on utilise souvent le nombre moyen de divorces par mariage6 (le mot mariage devant s’entendre ici au sens du n°501-4 et non du n°501-2). En tant qu’indice du moment (138-5), on le calcule d’ordinaire en rapportant le nombre des divorces enregistrés pendant une certaine année, soit au nombre des mariages enregistrés au cours de la même année, soit à une moyenne pondérée de ces mariages et de ceux qui ont été célébrés au cours des années antérieures.
  1. On rencontre l’expression taux de divorce. L’introduction du mot divortialité a permis de réaliser un parallélisme terminologique commode avec la nuptialité, la mortalité, etc. On parle en effet de taux de nuptialité ou de mortalité, mais non de taux de mariage, de mort ou de décès.
  2. On appelle divorces réduits à telle durée de mariage (524-2), le rapport du nombre de divorces à cette durée au nombre initial de mariages correspondant ; la somme des divorces réduits est un indice synthétique (132-5) de divortialité, utilisé surtout en analyse transversale (103-5).
  3. Voir note précédente.

524

Lorsqu’on dispose des données nécessaires, on peut calculer des quotients de dissolution des mariages1 suivant la durée du mariage2 par décès de l’un ou l’autre époux (501-5) et établir des tables de dissolution des mariages. L’étude des remariages (514-9) à partir du veuvage (510-7) ou du divorce (511-1) s’attache particulièrement à la fréquence du remariage3, ou proportion de veufs ou de divorcés qui se remarient, suivant l’âge au veuvage ou au divorce, et la distribution de l’intervalle entre le veuvage ou le divorce et le remariage ; celle-ci permet de calculer la durée moyenne de veuvage4 des veufs et des veuves remariés et l’intervalle moyen entre divorce et remariage5 des divorcés remariés.

Chapitre 6 • Fécondité

601

On étudie sous le nom de fécondité1 les phénomènes quantitatifs directement liés à la procréation2 des enfants au sein des populations ou des sous-populations (101-6). Le mot natalité1 est utilisé pour désigner la fréquence des naissances3 au sein des populations proprement dites, à l’exclusion des sous-populations (cf. § 632), et l’on entend plus particulièrement par fécondité la fréquence des naissances au sein d’ensembles en âge de procréer (cf. § 633). La naissance est définie comme résultant d’un accouchement (603-4), étant entendu qu’à chaque accouchement multiple (606-2) correspondent plusieurs naissances. On distingue les naissances vivantes4, ou naissances d’enfants nés vivants5, des naissances d’enfants mort-nés (cf. 411-5*), à l’aide de critères de vitalité tels que la respiration, la mobilité, le battement du cœur de l’enfant, après complète expulsion ou extraction. On parle de natalité effective6 ou de fécondité effective6 lorsqu’on ne prend en considération que les seules naissances vivantes, et de natalité totale7 ou de fécondité totale7 lorsqu’on envisage l’ensemble des naissances, y compris celles d’enfants mort-nés ; toutefois, on emploie très souvent natalité6, sans autre indication, pour natalité effective. On qualifie de fécondité différentielle8 les différences de fécondité entre sous-groupes d’une population.
  1. Sur le sens du mot fécondité en démographie, voir aussi § 623. Le mot natalité est parfois employé comme synonyme de taux de natalité (au sens de 632-1)
  2. Procréation, s.f. - procréer, v.t. : engendrer (116-1*).
  3. La durée minimale de gestation requise pour qu’il y ait mortinaissance et non avortement varie suivant les pays ; pour l’O.M.S., il faut 28 semaines de durée conventionnelle de grossesse (602-5) pour qu’il y ait naissance.
  4. On dit alors que les naissances sont classées d’après leur vitalité.
  5. Né vivant, locution adj. ff. s.m. : enfant né vivant.
  6. L’ensemble des naissances, y compris celles des mort-nés, constitue ce qu’on appelle les naissances totales. Ne pas confondre la natalité et la fécondité totales avec la natalité et la fécondité générales (cf. 633-7*).

602

La conception1 qui résulte de la fécondation2 d’un ovule3 par un spermatozoïde4, marque le début de la grossesse5, ou gravidité5, ou gestation5, de la femme fécondée. Au cours de son développement, le produit de conception6 est successivement dénommé embryon7, puis fœtus7 — certains écrivent fétus7. Le moment où l’embryon devient fœtus n’est pas précisé : certains le situent à la fin du troisième mois de vie intra-utérine ; mais les statisticiens appellent volontiers embryon tout produit de conception dont le degré de développement est insuffisant pour que sa venue au jour constitue une naissance au regard de la statistique (cf. 601-3*). On appelle nidation8 l’implantation de l’œuf dans la paroi de l’utérus9, phénomène qui se produit quelques jours après la fécondation.
  1. Conception, s.f. - concevoir, v.t.
  2. Fécondation, s.f. -féconder, v.t.
    Fécondation artificielle : fécondation obtenue par insémination artificielle, c’est-à-dire par un procédé autre que le coït (627-2).
  3. L’ovule fécondé prend le nom d’œuf ou zygote (911-7).
  4. Gravidité, s.f. - gravide, adj. : en état de grossesse - gravidique, adj. : relatif à la grossesse. Femme enceinte : femme en état de grossesse. Certains auteurs considèrent que la grossesse ne commence qu’au moment de la nidation de l’œuf.
  5. Embryon, s.m. - embryonnaire, adj. - embryologie, s.f. : science du développement des embryons.
    Fœtus, ou fétus, s.m. - fœtal, ou fétal, adj.

603

Un fœtus (602-7) est dit viable1 lorsqu’il est apte à vivre hors du sein maternel, quelque minimes que puissent être alors ses chances de survie, et non viable2 dans le cas contraire. On convient d’ordinaire d’adopter une durée de gestation3 minimale, généralement comprise entre 5 et 7 mois (cf. 601-3*), à partir de laquelle un fœtus normalement constitué est considéré comme viable. Suivant que la durée de grossesse3 excède ou non cette valeur, l’expulsion ou l’extraction du produit de conception (602-6) prend le nom d’accouchement4, ou celui d’avortement5, ou interruption de grossesse5. On pourrait employer, à l’instar des démographes de langue anglaise, le mot puerperium6 pour désigner la période consécutive à l’accouchement, d’une durée d’environ six semaines, pendant laquelle l’utérus reprend ses dimensions normales et la probabilité de conception (602-1) paraît relativement faible.
  1. Viable, adj. - viabilité, s.f.
  2. On compte généralement la durée de grossesse à partir du début des dernières règles ; on parle alors de durée conventionnelle de grossesse, par opposition à la durée vraie de grossesse, comptée à partir de la conception.
    Lorsque la grossesse se termine par un avortement, spontané ou provoqué, ou une mortinaissance, on la qualifie de grossesse improductive.
  3. Accouchement s.m. - accoucher, v.i. - accouchée, pp. ff. s.f. : femme venant d’accoucher.
    Le mot accouchement désigne tantôt l’expulsion (ou l’extraction) proprement dite du produit de conception, tantôt l’ensemble des circonstances qui lui sont associées, notamment le travail qui la précède, et la délivrance qui lui succède, et qui consiste en l’expulsion (ou l’extraction) du placenta ou délivre.
  4. Avortement, s.m. - avorter, v.i. - abortif, adj. ff. s.m. : susceptible de provoquer l’avortement - avorteur, s.m. avorteuse, s.f. : personne ayant l’habitude de pratiquer des avortements sur des tiers - avortée, pp. ff. s.f. : femme venant d’avorter.
    Noter que, dans le langage courant, le mot avortement prend volontiers le sens l’avortement provoqué (604-2), par opposition à fausse couche (604-1).

604

Les avortements (603-5), consécutifs à un décès intra-utérin (411-2) qui peut être assez largement antérieur, sont appelés avortements spontanés1 ou fausses couches1, par opposition aux avortements volontaires, dénommés avortements provoqués2. L’avortement thérapeutique3 est un avortement provoqué’ pour des raisons médicales. Lorsque la législation autorise l’avortement volontaire dans certaines conditions, les avortements provoqués peuvent être répartis en avortements licites4 et en avortements illicites5, souvent dénommés avortements criminels5 ou avortements clandestins5. Suivant le mode d’intervention, on distingue l’avortement par curetage6, l’avortement par aspiration7, l’hystérotomie8 et l’avortement médicamenteux9★.
  1. Couches (s.f. pl.), synonyme d’accouchement (603-4), ne s’emploie plus au singulier que dans l’expression fausse couche (cf. 424-4*).
  2. En France, on emploie plutôt l’expression interruption volontaire de grossesse (IVG).
  3. L’expression avortement légal s’emploie généralement pour exprimer le fait que la législation autorise l’avortement volontaire.

605

Les accouchements (603-4) peuvent être répartis en accouchements à terme1, et en accouchements prématurés2, ou accouchements avant terme2, suivant la durée de la grossesse (603-3) dont ils marquent l’achèvement. Les enfants issus de ces accouchements sont dits respectivement nés à terme3, et prématurés4 (adj. ff. s.m.), ou nés avant terme4. On étudie sous le nom de prématurité5 les phénomènes liés à l’existence des accouchements prématurés. On considère généralement comme prématurés les accouchements qui se produisent avant 37 semaines de durée conventionnelle de grossesse. Pour éviter les difficultés liées à la détermination de la durée de grossesse (cf. 603-3*), on fait aussi intervenir le poids à la naissance6 et l’on parle d’immaturité7 et de nouveau-nés immatures8 lorsque ce poids est inférieur à 2500 grammes. Ceci s’applique en particulier aux débiles9, qui sont à proprement parler des enfants nés dans un état anormal de faiblesse.
  1. Débile, adj. ff. s.m. - débilité congénitale : état du nouveau-né (323-4) débile.

606

On appelle accouchement simple1 un accouchement (603-4) qui donne naissance à un seul enfant, et accouchement gémellaire2, ou accouchement multiple2, un accouchement qui donne le jour à plusieurs enfants. Ceux-ci sont alors dits jumeaux3. On appelle jumeaux univitellins4, ou jumeaux identiques4, ou vrais jumeaux4, des jumeaux provenant de la division d’un même œuf (602-3*), et jumeaux bivitellins5, ou jumeaux fraternels5, ou faux jumeaux5, des jumeaux provenant de la fécondation d’ovules (602-3) différents.
  1. On parle aussi de naissances gémellaires, ou de naissances multiples. On classe les accouchements multiples en accouchements doubles, accouchements triples, etc., suivant le nombre des enfants qui en sont issus.
    Envisagée par rapport à la mère, la naissance d’un entant correspond à une maternité. Ce mot usuel n’a souvent pas de sens technique précis, et un accouchement multiple peut fort bien être considéré comme correspondant soit à une seule, soit à plusieurs maternités. On parle donc du nombre de naissances par accouchement, et non du nombre de maternités par accouchement, ou de naissances par maternité.
  2. Jumeau, adj. ff. s. : né d’un même accouchement - gémellaire, adj. : relatif aux jumeaux - gémellipare, adj. : qui accouche de jumeaux.
    On appelle grossesse gémellaire une grossesse où la femme porte des jumeaux, et on étudie sous le nom de gémellité les phénomènes se rapportant aux jumeaux.
    Lorsque leur nombre est supérieur à deux, les jumeaux peuvent être appelés triplés, quadruplés, quintuplés, sextuplés.
  3. On parle alors de gémellité univitelline.
  4. On parle alors de gémellité bivitelline.

610

La légitimité1 d’une naissance (601-3) se définit par référence au caractère juridique de l’union (501-3) dont elle résulte (cf. 501-2 et 503-5). En principe, l’enfant légitime2 est un enfant conçu (602-1 *) au cours du mariage de ses parents (112-2). Dans la pratique, le classement des naissances en naissances légitimes3 et en naissances illégitimes4 s’effectue d’ordinaire (hormis le cas des enfants issus de mariages dissous - cf. 510-1*) d’après l’état matrimonial de la mère au moment de l’accouchement (603-4). Il en résulte que les naissances provenant de conceptions prénuptiales5, c’est-à-dire de conceptions ayant précédé le mariage (501-4), sont généralement comprises parmi les naissances légitimes lorsque le mariage a été célébré avant l’accouchement. L’enfant illégitime6, ou enfant naturel6, est, en pratique, un enfant dont les parents n’étaient pas unis par les liens du mariage lors de sa naissance, il peut être éventuellement reconnu7 par l’un ou l’autre de ses parents, ou par les deux, ce qui a pour effet d’établir juridiquement sa filiation (114-5) à leur égard. L’enfant légitimé8 est un enfant naturel auquel est conféré un statut juridique plus ou moins comparable à celui d’un enfant légitime, presque toujours par mariage de ses parents après sa naissance. Les conditions et les effets de la légitimation9 varient suivant les législations.
  1. On trouve aussi conceptions anténuptiales.
  2. Parmi les enfants naturels on distingue : l’enfant naturel simple, issu de parents entre lesquels n’existait aucun empêchement de mariage lors de sa conception ; l’enfant adultérin, dont l’un au moins des parents était marié lors de sa conception ; et l’enfant incestueux, entre les parents duquel existait, lors de sa conception, un empêchement de mariage fondé sur la parenté (114-3*) ou l’alliance (114-8).
  3. Reconnaître, v.t. - reconnaissance, s.f. : acte par lequel un individu se reconnaît l’auteur (112-2*) d’un enfant illégitime.
    En France, les reconnaissances enregistrées à l’état civil (211-2) font l’objet d’un bulletin de reconnaissance à usage statistique (cf. 212-2).
  4. Légitimation, s.f. - légitimer, v.t.

611

Dans les statistiques de naissances (601-3) par rang (201-6), le rang de naissance1 peut être défini de différentes façons. C’est ainsi qu’on peut ne tenir compte que des enfants nés du mariage actuel2, ou prendre en considération l’ensemble des enfants nés de la même mère3, et comprendre ou non les mort-nés (411-5*) dans le décompte. Au rang de naissance, on substitue parfois le rang d’accouchement4 (cf. 603-4) — qui en diffère en cas d’accouchements gémellaires (606-2)-, voire le rang de grossesse5 — qui tient compte des interruptions de grossesse (603-5). Envisagés par rapport à la femme, le rang de grossesse et le rang d’accouchement présentent un intérêt particulier dans le domaine médical : une femme est dite nulligravide6 si elle n’a jamais été enceinte (cf. 602-5*), primigravide7 quand elle est enceinte pour la première fois, multigravide8 pendant les grossesses de rang deux et plus ; d’après leur parité9 les femmes sont dites nullipares10 tant qu’elles n’ont pas accouché, primipares11 à partir du premier accouchement et multipares12 à partir du second. Les démographes ont étendu cette notion de parité, qui correspondait originellement au rang de l’accouchement imminent, au nombre d’accouchements antérieurs, voire au nombre d’enfants mis au monde par une même femme, les mort-nés pouvant être éventuellement exclus du décompte. C’est ainsi qu’on peut dire de femmes classées d’après le nombre des enfants auxquels elles ont donné naissance, qu’elles sont classées par parités, ce qui permet d’alléger le langage.
  1. Une femme est dite de parité n lorsqu’elle a déjà accouché n fois, ou lorsqu’elle a déjà donné le jour à n enfants au total (mort-nés inclus) ou à n enfants nés vivants — le mode de décompte devant être précisé par le contexte.

612

Pour étudier l’échelonnement des naissances1 ou l’espacement des naissances1 dans le mariage (501-2), on considère les intervalles séparant d’une part, la première naissance légitime du mariage, d’autre part, chaque naissance ultérieure de celle qui la précède. Ces divers intervalles sont englobés sous la dénomination commune d’intervalles génésiques2, l’intervalle entre le mariage et la première naissance3 étant aussi appelé intervalle protogénésique3 et l’intervalle entre naissances4, intervalle intergénésique4. L’intervalle entre une naissance et une date déterminée, celle d’un recensement (202-1*) ou d’une enquête (203-4) en particulier, porte le nom d’intervalle génésique ouvert5 ; quand aux intervalles dont le début et la fin se trouvent de part et d’autre de cette date, on les dénomme intervalles à cheval6. La durée de mariage à la nième naissance7 légitime est aussi utilisée pour étudier l’échelonnement des naissances.
  1. Pour certains, espacement évoque plus qu’échelonnement la volonté des couples d’espacer les naissances à leur foyer ; pour d’autres, les deux termes sont équivalents.

613

L’étude des périodes d’exposition au risque de conception1 conduit à prendre en considération, sous le nom générique d’intervalles gravidiques2, les périodes allant du mariage ou de la fin d’une grossesse (602-5) au début de la grossesse qui suit, dénommées respectivement délai de conception3 ou premier intervalle gravidique3 et intervalle entre grossesses4 ou intervalle intergravidique4. On en soustrait parfois les périodes pendant lesquelles la femme n’a pas de rapports sexuels (627-2) : on parle alors d’intervalle intergravidique net5. La période qui sépare la fin de la dernière grossesse de la date d’une enquête (203-4) est dénommée intervalle intergravidique ouvert6.

620

On appelle période de procréation1, ou période de reproduction1, la période de la vie pendant laquelle l’être humain, et plus particulièrement la femme, est susceptible de procréer (601-2*). La capacité de procréation s’instaure au cours de la phase de maturation des organes génitaux dénommée puberté2. Chez la femme, la capacité de procréation est étroitement associée au phénomène de la menstruation3, qui consiste en l’apparition périodique des règles4, ou menstrues4. Les premières règles5 apparaissent à la puberté, et les dernières marquent la ménopause6, c’est-à-dire la disparition définitive de la menstruation. En pratique, on convient d’ordinaire de faire commencer la période de procréation à l’âge de nubilité (504-1), et d’en fixer la fin à 45 ou 50 ans chez la femme. La disparition temporaire de la menstruation, qu’elle soit normale ou pathologique, est dénommée aménorrhée7 et l’on précise aménorrhée gravidique8 pour celle qui suit une conception et se termine, après la naissance (601-3), par l’aménorrhée post-partum9 ou aménorrhée post-gravidique9 .
  1. On dit aussi : âge de procréation, âge de reproduction (cf. 323-1*) et on pourrait dire avantageusement âge fertile (cf. 621-1 *).
  2. Puberté, s.f. - pubère, adj. : qui vient de dépasser l’âge de la puberté.
  3. On emploie également le mot menstruation au sens de règles, par exemple quand on parle de menstruations successives.
  4. Règles, s.f. pl. - réglée, pp. ff. adj. : qui a périodiquement ses règles ; menstrues, s.f. pl. - menstruel, adj. : relatif aux règles.

621

Les mots fertilité1 et stérilité2 sont employés en démographie pour désigner respectivement la capacité ou l’incapacité de donner le jour à des enfants vivants ; l’incapacité à concevoir3 et l’incapacité à procréer10★ sont des causes principales d’infécondabilité, mais non uniques de la stérilité. Suivant que l’incapacité de concevoir (602-1*) ou de procréer (601-2*) est ou n’est pas définitive, on distingue l’infécondabilité temporaire4 et la stérilité temporaire5 de l’infécondabilité définitive6 et de la stérilité définitive7 ; lorsque celle-ci survient avant toute naissance vivante (601-4), il y a stérilité totale8 ou stérilité primaire8, par opposition à la stérilité partielle9 ou stérilité secondaire9 qui survient après procréation d’au moins un enfant.
  1. Fertilité, s.f. - fertile, adj. : apte à la procréation.
  2. Stérilité, s.f. - stérile, adj. : actuellement inapte à la procréation - désormais stérile : définitivement inapte à la procréation.
  3. Infécondabilité, s.f. - infécondable, adj. : qui ne peut actuellement concevoir - désormais infécondable : qui ne pourra jamais plus concevoir. Bien qu’au sens strict les mots infécondable, infécondabilité mettent en cause la femme, on est obligé, pour rester concis, d’utiliser encore ces mots lorsque l’absence de fécondation provient du mari, ou du couple par incompatibilité.
    L’allemand distingue les concepts de “Empfängnisunfähigkeit” (incapacité à porter et mener à terme le fœtus) et de “Zeugungsunfähigkeit” (incapacité à concevoir)
  4. La stérilité secondaire peut aussi désigner une stérilité consécutive à une maladie ou à un traumatisme.

622

L’expression stérilité temporaire (621-5) est parfois appliquée aux femmes dans des cas où leur incapacité de concevoir n’a rien de pathologique ; infécondabilité temporaire (621-4) est préférable, notamment lorsqu’il s’agit des périodes d’infécondabilité1 à l’intérieur du cycle menstruel2 ou des périodes où l’absence d’ovulation3, ou de ponte ovulaire3, résulte d’un phénomène physiologique normal, grossesse (602-5), allaitement4 ; la période qui s’étend de la conception (602-1) au retour de l’ovulation après l’accouchement (603-4) est appelée temps mort5, en particulier dans les modèles (730-1). La stérilité temporaire désigne donc de préférence une situation où l’incapacité de procréer présente un caractère anormal qui peut se traduire par l’existence de cycles anovulaires6, c’est-à-dire de cycles menstruels dépourvus d’ovulation, ou par une période d’aménorrhée (620-7). L’infécondité (623-2) involontaire de longue durée crée une présomption de stérilité (621-2), ce qui explique qu’on trouve dans la littérature médicale la dernière expression à la place de la première. La sous-fécondité7 des très jeunes femmes est, de manière analogue, à l’origine de l’expression stérilité des adolescentes8 qui a servi à la désigner ; il vaudrait mieux la dénommer sous-fécondité des adolescentes8.
  1. Expression fréquemment abrégée en cycle.

623

Quand on s’en tient aux résultats et non aux aptitudes, on emploie les mots fécondité1 et infécondité2, suivant qu’il y a ou qu’il n’y a pas procréation (601-2) effective au cours de la période considérée. Lorsque celle-ci couvre toute la période de procréation, on a une infécondité totale3 ; l’infécondité définitive4 s’applique à la période qui va d’un âge de la femme ou d’une durée de mariage déterminés à la fin de la période de procréation. Lorsque l’absence de procréation est due à la volonté des couples (503-8) de ne pas ou de plus procréer, on parle d’infécondité volontaire5. On notera l’inversion de sens qui s’est produite entre les mots anglais et français homologues : il convient généralement de traduire “fertility” par fécondité et “fecundity” par fertilité.
  1. Fécondité, s.f. - fécond, adj. : qui a procréé.
  2. Infécondité, s.f. - infécond, adj. : qui n’a pas procréé - désormais infécond : qui ne procréera pas à partir de l’âge ou de la durée de mariage considérés.
  3. L’expression stérilité volontaire doit être évitée comme impropre.

624

La fécondité (623-1) des couples (503-8) dépend de leur comportement procréateur1. On distingue à cet égard les couples malthusiens2, qui s’efforcent de régler leur procréation suivant leur désir, des couples non malthusiens3, la planification de la famille4 porte sur le nombre final d’enfants, qui ne doit pas dépasser le nombre d’enfants désiré5 et, aussi, sur l’échelonnement des naissances (612-1). On dit des premiers qu’ils pratiquent la limitation des naissances6, la régulation des naissances6, la prévention des naissances6, larestriction des naissances6, expressions plus ou moins synonymes, lorsqu’ils cherchent avant tout à éviter que le nombre final de leurs enfants dépasse le nombre d’enfants désiré.
  1. L’expression contrôle des naissances, mauvais décalque de l’anglais “birth control”, est à éviter.

625

Avec la planification de la famille apparaît le souci de la parenté planifiée1, ou parenté responsable1, c’est-à-dire le souci de fixer le nombre de naissances et l’échelonnement ou calendrier (138-2) de celles-ci à la convenance de chaque couple (503-8). Le nombre d’enfants désiré (624-5) par un couple peut différer du nombre idéal d’enfants2 mentionné par ce couple dans une enquête. Nombre d’enfants désiré et échelonnement des naissances peuvent ne pas être atteints en raison, entre autres, d’échecs de la contraception3 ; la fréquence de ceux-ci dépend de l’efficacité de la contraception4 sous ses deux aspects : l’efficacité clinique5 ou efficacité théorique5 et l’efficacité pratique6 ou efficacité d’usage6. Définie à partir de la fécondabilité résiduelle (638-7), elle est couramment évaluée par le taux d’échec de la contraception7, rapport du nombre de conceptions non désirées au nombre de mois d’exposition des contracepteurs au risque de concevoir.

626

Un programme de planification de la famille1 est destiné à introduire et diffuser la contraception (627-1) dans un groupe de participants éventuels2 à cette opération, appelé population-cible2 ; des équipes d’incitateurs3, recruteurs3, démarcheurs3, propagandistes3, s’efforcent d’obtenir l’accord des intéressés. Les résultats du programme se mesurent par une proportion de participants4, ou taux de participation4, ou taux d’acceptation4, puis par un taux de persévérance5 au bout d’un certain temps, complément à un de la proportion d’abandons6 dans le même laps de temps. Le nombre ou la proportion de naissances évitées7 traduisent l’efficacité du programme mis en œuvre. La fréquence de la pratique de la contraception dans une population s’apprécie par la proportion de contracepteurs8 ou de pratiquants de la planification familiale8.

627

On entend par contraception1 la mise en œuvre de méthodes destinées à empêcher les rapports sexuels2, c’est-à-dire le coït2, d’aboutir à la conception (602-1) ; ces méthodes sont dites méthodes contraceptives3 ou méthodes anticonceptionnelles3. Quant à la continence4, l’abstinence4 ou abstention complète et prolongée de rapports sexuels, elle s’en trouve exclue par leur définition même.
  1. Contraception, s.f. - contraceptif, adj. : relatif à la contraception - contra-cepteur, adj. ff. s.m. : qui pratique la contraception.
  2. L’expression méthodes antinatales est plus générale car ces méthodes comprennent l’avortement provoqué (604-2).

628

On classe parfois les méthodes contraceptives (627-3) en méthodes à adjuvants1 et en méthodes sans adjuvant2, suivant qu’elles nécessitent ou non l’emploi d’un obstacle mécanique ou chimique à la fécondation (602-2). Parmi les méthodes sans adjuvant, mentionnons le coït interrompu3 ou retrait3, la continence périodique4, dite aussi méthode Ogino4 ou méthode du rythme4, qui utilise les périodes de sécurité5 du cycle menstruel (622-2) ; elle devient la méthode des températures6 quand la femme prend sa température pour situer la période de sécurité.

629

Les méthodes à adjuvants (628-1) les plus usitées reposent sur l’emploi des accessoires ou procédés suivants, isolés ou associés : préservatif masculin1 dit aussi préservatif1 ou condom1, préservatif féminin2 ou cape2 ou pessaire occlusif2, diaphragme3, tampon vaginal4 ou éponge vaginale4, gelées contraceptives5 ou pommades contraceptives5, ovules contraceptifs6, comprimés effervescents7 ou poudres effervescentes7, injections vaginales8 avec ou sans produits spermicides9, dispositif intra-utérin10 ou stérilet10.

630

On parle de contraceptif oral1, de contraception hormonale2, de contraception par stéroïdes3, lorsque l’ovulation (622-3) est inhibée par la prise régulière de comprimés, dits pilules4, par injections ou par implants.

631

La stérilisation1 est obtenue par opération chirurgicale : chez l’homme par intervention sur les canaux déférents, vasectomie2 ou occlusion3, chez la femme, par intervention sur les trompes, ligature des trompes4, résection des trompes5 ou salpingectomie5, hystérectomie6★ ou ablation de l’utérus.

632

On appelle en général taux de natalité1 un taux calculé en rapportant un nombre de naissances (601-3) observé dans une population à l’effectif (101-7) de cette population. Employée sans autre précision, l’expression taux de natalité désigne le taux brut de natalité2, ou plus précisément le taux brut annuel de natalité effective2 (cf. 601-6), obtenu en divisant le nombre annuel des naissances vivantes (601-4), par l’effectif moyen (401-5) de la population. On précise taux de natalité totale3 lorsqu’on prend en considération les naissances totales (601-7*). On calcule éventuellement les composantes légitime et illégitime (cf. § 610) du taux de natalité, dénommées respectivement taux de natalité légitime4 et taux de natalité illégitime5, mais on utilise plus souvent la proportion des naissances illégitimes6 parmi les naissances totales (proportion généralement exprimée pour cent). Des méthodes analogues à celles employées pour le calcul des taux comparatifs de mortalité (cf. § 403) permettent d’obtenir des taux comparatifs de natalité7. Les taux de natalité sont généralement exprimés pour mille (sous-entendu : habitants - cf. 133-4*). Faute de données suffisantes sur le nombre annuel de naissances (cf. 201-9*), on calcule à partir du classement par sexes et par âges (cf. § 325) de la population, un indicateur de la fécondité appelé rapport enfants-femmes8, obtenu en divisant le nombre d’enfants de 0-4 ans, 5-9 ans ou 0-9 ans par le nombre de femmes en âge de procréation (620-1*).
  1. Ne pas confondre total et global : le premier de ces adjectifs indique qu’on ne soustrait pas les mort-nés (411-5*) du total des naissances, le second qu’on prend en compte l’ensemble des naissances, vivantes le plus souvent, quel que soit l’âge de la mère.
    Pour les indices de mortinatalité (411-5), cf. § 413.

633

La dénomination générique de taux de fécondité1 s’applique à tous les taux calculés en rapportant le nombre de naissances (601-3) observé au cours d’une durée déterminée, dans un groupe d’individus de même sexe en âge de procréation (620-1*), soit à l’effectif moyen de ce groupe, soit au nombre d’années vécues par ses membres dans cette durée. Sauf indication contraire, ces taux sont des taux de fécondité féminine2, c’est-à-dire des taux calculés pour des groupes de femmes ; le nombre d’années vécues est alors appelé nombre de femmes-années3 ; on calcule aussi parfois des taux de fécondité masculine4 analogues. Les taux de fécondité sont généralement exprimés en naissances pour mille (sous-entendu : individus de telle catégorie — de sexe, d’âge, de situation matrimoniale, etc. — cf. 133-4*). Les taux obtenus en rapportant des naissances légitimes (610-3) à un effectif de personnes mariées (515-5) sont dénommés taux de fécondité légitime5, et ceux qu’on obtient en rapportant des naissances illégitimes (610-4) à un effectif de personnes non mariées (515-5*), sont dénommés taux de fécondité illégitime6. Lorsqu’aucune distinction n’est faite suivant la légitimité (610-1) des naissances ni la situation matrimoniale (515-1) des personnes, on obtient ce qu’on appelle des taux de fécondité générale7. Ces différents types de taux de fécondité peuvent être calculés, soit pour l’ensemble de la période de procréation (620-1), soit par âge ; on obtient alors respectivement, soit des taux globaux de fécondité8, ou taux de fécondité tous âges8, soit des taux de fécondité par âge9.
  1. Si l’on connaissait le nombre de conceptions (602-1), on pourrait calculer de la même manière un taux de conception.
  2. La même dénomination est parfois appliquée à des taux où l’on ne comprend, au numérateur, que des naissances féminines.
  3. La même dénomination est parfois appliquée à des taux où l’on ne comprend, au numérateur, que des naissances masculines (cf. note précédente).
  4. Fécondité légitime : fécondité des personnes mariées.
  5. Fécondité illégitime : fécondité des personnes non mariées.
  6. Fécondité générale : fécondité des personnes de toutes situations matrimoniales (cf. 134-7*). Dans l’analyse transversale (103-5), on remplace souvent l’expression taux de fécondité générale par naissances réduites.
  7. Voir 632-3*.

634

Dans les taux de fécondité par rang1, on rapporte les naissances (601-3) d’un certain rang (cf. 611-1) à un nombre de femmes, à un nombre de mariages, à un nombre de naissances du rang précédent.
On appelle taux de fécondité par parité2 des taux où les naissances d’un rang donné (n) sont rapportées aux seules femmes susceptibles de donner naissance à un enfant de rang n (femmes de parité n-1) ; on devrait leur préférer les quotients de fécondité par parité3, si les statistiques le permettaient.
  1. Lorsque les naissances de chaque rang sont classées suivant l’année où a eu lieu la naissance de rang précédent, on se contente de diviser le nombre de naissances de rang n de l’année t qui ont été précédées par une naissance de rang n-1 dans l’année t-x par le nombre de naissances de rang t-1 de cette année t-x. L’indice ainsi obtenu est appelé naissances réduites de rang n.
  2. Les quotients n’existent que pour les événements non renouvelables (201-4), premiers mariages, naissances de rang n, décès. Il n’y a donc pas de quotient de fécondité quand on ne tient pas compte du rang, les naissances étant alors des événements renouvelables.

635

L’étude de la fécondité légitime (633-5*) se fait surtout par cohorte (116-2) ou promotion de mariages (cf. 116-2) et l’on parle à son sujet de fécondité des mariages1. Celle-ci s’étudie à l’aide de taux de fécondité par durée de mariage2 ou, plus rarement, de taux de fécondité légitime par âge3 de la femme.
  1. L’expression productivité des mariages a été utilisée, mais elle est actuellement peu employée.
  2. On a aussi employé taux de productivité des mariages selon leur durée ; comme la précédente, cette expression est actuellement peu utilisée.

636

Dans l’étude de la fécondité d’une cohorte1, l’addition des taux de fécondité générale (633-7) par âge ou des taux de fécondité par durée de mariage (635-2) donne la descendance brute2 ou plus simplement descendance2 de la cohorte à diverses dates : descendance actuelle3, quand cette date est celle d’un anniversaire de la femme ou du mariage (501-4), ou celle d’une enquête (203-4) ; descendance complète4 ou descendance finale4 quand cette date est postérieure à la fin de la période de procréation (620-1) des femmes. En additionnant le produit des taux de fécondité (633-1) par la probabilité de survie (431-6), soit des femmes (depuis la naissance ou depuis l’âge de 15 ans), soit des unions, dans la cohorte étudiée, on obtient une descendance nette5, descendance actuelle nette6 ou descendance finale nette7, suivant qu’on se place avant ou après la fin de la période de procréation de la femme.
  1. Certains auteurs préfèrent descendance complète, d’autres descendance finale, suivant qu’ils mettent l’accent sur un aspect ou l’autre de cet indice ; finale s’oppose à actuelle, complète s’oppose à interrompue prématurément par la fin de l’union. A cause de cette différence, on parle de descendance finale nette mais pas de descendance complète nette, ces deux adjectifs étant contradictoires. Par opposition à descendance finale, on peut parler de descendance inachevée : c’est la descendance à une date non précisée, antérieure à la fin de la période de procréation.

637

Recensements (202-1*) et enquêtes (203-4) fournissent les indications sur la fécondité (601-1) quand on y pose des questions sur le nombre d’enfants nés des femmes ou des couples (503-8) recensés, dans le mariage actuel1 ou au total. On calcule un nombre moyen d’enfants par femme2 ; pour les couples, le nombre d’enfants qu’ils ont eus est souvent appelé dimension de la famille3 ou taille de la famille3. On calcule aussi un nombre moyen de naissances par mariage4. On prête une attention spéciale aux familles complètes5, qui sont celles où la femme a dépassé l’âge de procréation (620-1*) avant que le mariage ait été dissous (cf. 510-1*). Le nombre moyen d’enfants par famille complète6 diffère peu de la descendance complète (636-4). Du classement des familles complètes par dimensions, on tire aussi la série des probabilités d’agrandissement des familles7 de n enfants, c’est-à-dire la proportion des familles qui, ayant eu n enfants en ont par la suite au moins un autre. Les enquêtes spéciales sur les familles fournissent de nombreux renseignements sur la constitution de la famille8 ; on peut ainsi étudier : la fréquence des conceptions prénuptiales9, l’échelonnement des naissances (612-1), l’âge à la dernière maternité10 dans les familles complètes.
  1. En France, les résultats des recensements publiés sous le titre de statistique des familles, donnent le classement des familles, soit d’après le nombre d’enfants nés, soit d’après le nombre d’enfants survivants.
  2. Les expressions que le langage courant emploie pour désigner les familles selon leur dimension sont dénuées de précision. En France, plusieurs textes juridiques ou réglementaires impliquent des définitions différentes de la famille nombreuse. S’il fallait suivre certains d’entre eux, la dimension d’une « famille nombreuse » pourrait descendre jusqu’à 3 enfants.

638

À partir des enquêtes sur les familles (cf. § 637), on peut établir des fiches de famille1 où figurent les dates de tous les faits d’état civil (211-1) concernant un couple (503-8) et ses enfants (112-5) ; en démographie historique (102-1), ces fiches sont obtenues par reconstitution des familles2, à partir d’un relevé d’actes d’état civil (211-3). Dans les fiches gynécologiques3, ou fiches obstétricales3, on trouve des renseignements sur le comportement procréateur des couples et les conceptions (602-1), désirées ou non, qui en résultent. Ces documents servent, soit à étudier la fécondité (601-1) en l’absence de contraception (627-1) et d’avortement provoqué (604-2), appelée fécondité naturelle4, soit à évaluer la fécondabilité5, ou probabilité de concevoir par cycle menstruel (622-2) ; s’il n’y a pas contraception, il s’agit de fécondabilité naturelle6, dans le cas contraire, de fécondabilité résiduelle7. On emploie l’expression fécondabilité effective8 pour désigner une fécondabilité où l’on ne compte que les conceptions d’enfants à naître vivants. Le taux moyen de conception9 pendant la période d’exposition au risque (cf. 613-1) appelé aussi indice de Pearl10 fournit des indications sur l’efficacité de la contraception (625-4) lorsqu’il est calculé sur des périodes de pratique de la contraception.
  1. Fécondabilité, s.f. - fécondable, adj. : qui peut être fécondée.
  2. Employé seul, le mot fécondabilité désigne la fécondabilité naturelle.

639

Dans l’étude de la fécondité (601-1) d’une année ou d’une période, ou fécondité du moment1, on cherche à résumer les séries de taux de fécondité (633-1), parfois appelées table de fécondité2, ou les séries de naissances réduites (633-7*) par des indices synthétiques de fécondité3. Obtenus par addition, ils ont été dénommés fécondité cumulée4 ou somme des naissances réduites4 quand il s’agit de fécondité générale (633-7*) ; somme des naissances légitimes réduites5 quand on fait une synthèse de la fécondité par durée de mariage ; somme de naissances réduites de rang n6 quand cette synthèse porte sur la fécondité de chaque rang. À défaut de taux de fécondité par durée de mariage (635-2), on peut utiliser, comme indice synthétique (132-5), le rapport des naissances aux mariages7, le dénominateur de ce rapport pouvant être le nombre de mariages de l’année ou une moyenne pondérée des nombres de mariages de l’année et des années antérieures.
  1. À la fécondité cumulée, on a longtemps préféré le taux brut de reproduction du moment qui s’en déduit en la multipliant par la proportion des naissances féminines. Actuellement, on préfère la fécondité cumulée ou la somme des naissances réduites.
  2. On a d’abord dénommé cet indice probabilité d’agrandissement du moment ; cette expression est à proscrire, car l’indice qu’elle désignait peut, exceptionnellement, dépasser l’unité.

640

Lorsque l’avortement provoqué (604-2) est légal, on établit des statistiques d’avortements licites (604-4). À partir d’elles on calcule le taux d’avortement1, nombre annuel d’avortements (603-5) pour 1 000 ou 10 000 habitants, et le nombre d’avortements par naissance2, rapport du nombre d’avortements d’une année au nombre de naissances (601-3) de la même année. Pour étudier les évolutions conjoncturelles de l’avortement, on s’affranchit des perturbations dues à la structure par âge de la population des femmes en calculant un indicateur synthétique appelé somme des avortement réduits3★ qui est la somme des taux d’avortement par âge4★. Ces taux sont le rapport du nombre des avortements déclarés à chaque âge aux années vécues par l’ensemble des femmes du même âge. Si les femmes peuvent être classées suivant le statut matrimonial on obtient des taux d’avortement par âge et statut matrimonial5★. Il est souvent pertinent également de rapporter ces avortements au nombre des grossesses dont ils sont issus et ainsi de calculer la probabilité qu’une grossesse donne lieu à un avortement selon l’âge et l’état matrimonial6★.

Chapitre 7 • Mouvement général de la population, reproduction

701

On étudie sous le nom de mouvement général de la population (201-9), la façon dont une population se modifie au cours du temps, par le jeu du renouvellement des générations (116-1) qui la composent et par l’effet des migrations externes (803-3). Les variations de son effectif (101-7) global constituent ce qu’on appelle l’accroissement de la population1, ou accroissement total de la population1. On confère généralement une signification algébrique à cette expression : on dit alors d’une population décroissante2 qu’elle a un accroissement négatif3. On distingue les populations fermées4, qui ne sont affectées par aucune migration externe, et les populations ouvertes5, sujettes à des échanges migratoires avec d’autres populations. L’accroissement d’une population ouverte se décompose en un accroissement par migrations6 ou solde migratoire6 et en un accroissement naturel7 (cf. 201-10) résultant de la balance des naissances et des décès8. Cette balance est généralement exprimée sous la forme d’un excédent des naissances sur les décès8 ou d’un déficit des naissances sur les décès9★. Lorsque la taille d’une population ne varie pas, on parle aussi de croissance nulle10★(cf. 703-6). Tout changement dans les composantes du mouvement d’une population se répercute sur sa croissance et sur sa structure ; on s’intéresse ainsi aux effets en termes de croissance11★ et aux effets en termes de structure12★.
  1. On parle aussi de croissance et ce mot, moins technique qu’accroissement, est plus usité dans certaines expressions ; on a ainsi beaucoup parlé, récemment, de croissance nulle, ou croissance zéro, expressions qui s’appliquent aux populations dont la taille ne varie pas. D’autres expressions contenant ce mot sont signalées au paragraphe suivant.

702

La vitesse d’accroissement (cf. 701-1) d’une population pendant une certaine période peut être caractérisée par son taux d’accroissement1 pendant cette période. Ce taux est parfois calculé en divisant l’accroissement correspondant à la période considérée, par l’effectif (101-7) de la population au début de la période. D’autres fois l’expression taux d’accroissement doit être considérée comme une abréviation de taux annuel moyen d’accroissement2. Le mode de calcul de ce taux dépend lui-même de la façon dont on le conçoit, en tant que taux moyen. On peut, par exemple, diviser l’accroissement global observé par le nombre d’années d’observation, et rapporter le résultat à l’effectif moyen (401-5) de la population au cours de la période d’observation. On peut aussi adopter comme taux annuel moyen (137-3) la valeur du taux annuel constant correspondant à l’accroissement global observé. Cette dernière procédure se réfère, par analogie, au cas d’une population à croissance exponentielle3 ou population exponentielle4, c’est-à-dire à une population dont l’effectif varie comme une fonction exponentielle du temps. On dit aussi croissance géométrique3 quand le temps est traité en variable discrète. Le taux instantané d’accroissement5 est la limite, quand t tend vers zéro, du rapport obtenu en divisant par t le taux d’accroissement au cours d’une durée t . Le taux d’accroissement naturel6 est généralement défini comme le rapport de l’excédent annuel des naissances sur les décès (cf. 701-8) à l’effectif moyen de la population pendant la période d’observation ; il est alors égal à l’excès (algébrique) du taux de natalité (632-1) sur le taux de mortalité (401-2). L’indice vital7, rapport du nombre de naissances au nombre de décès de la même période, est de moins en moins utilisé de nos jours.
  1. Dénomination préférable à celle de population malthusienne, à cause de l’ambiguïté résultant des deux sens, mathématique (celui où elle est prise ici) et sociologique (voir § 906) de cette expression.

703

On démontre que si une population fermée (701-4) se trouvait indéfiniment soumise à des lois invariables de mortalité et de fécondité selon l’âge, cette population tendrait à se développer avec un taux d’accroissement (702-1) constant, et à acquérir une répartition par âges (325-6) invariable. Le taux instantané (137-5) limite d’accroissement correspondant, appelé taux intrinsèque d’accroissement naturel1, caractérise cette population exponentielle (702-4) asymptotique, dénommée population stable2. La répartition par âges de la population stable, ou répartition par âges stable3, est indépendante de la répartition par âges initiale4 de la population fermée considérée. Le taux intrinsèque d’accroissement naturel correspondant à la mortalité par âge (414-1) et à la fécondité par âge (cf. 633-9) observées dans une population est utilisé pour caractériser les virtualités de croissance impliquées dans ces conditions de mortalité et de fécondité. Parallèlement, on peut étudier le potentiel d’accroissement5 correspondant aux virtualités de croissance impliquée par la seule répartition par âges d’une population, abstraction faite de sa fécondité et de sa mortalité. En lien avec le potentiel d’accroissement, on a aussi recours à la notion d’inertie d’une population11★ : on désigne par ce terme la dynamique démographique cachée dans la structure par âge d’une population du fait d’un retard de la réponse démographique, retard dû à la période qui s’écoule entre la naissance d’une cohorte (116-2) et le moment où elle atteint l’âge de la reproduction (620-1). Une population peut ainsi continuer à croître pendant quelque temps alors que la natalité baisse depuis longtemps. L’inverse est également possible. La dynamique intrinsèque d’une population est altérée par des variations discontinues du nombre des naissances (dues par exemple aux guerres) et des retournements brutaux de tendances. On appelle population stationnaire6 une population stable particulière dont le taux d’accroissement est nul. Dans une population stationnaire, non seulement la répartition par âges est invariable, mais l’effectif de chaque classe d’âges demeure constant. Il est donné, à un facteur de proportionnalité près, identique pour toutes les classes d’âges, par l’intégrale, prise entre les limites de classe, de la fonction de survie (432-3) correspondante. C’est pourquoi on appelle parfois cette population, population de la table de mortalité6. On appelle population quasi stable7 une population à fécondité constante et à mortalité variable ; les caractéristiques des populations de ce type sont voisines de celles des populations semi-stables8, ou populations fermées à répartition par âges invariable. La population logistique9 est une population dont l’effectif varie en fonction du temps suivant une loi logistique10. Le taux instantané d’accroissement (702-5) d’une telle population décroît linéairement en fonction de son effectif (101-7) et celui-ci tend asymptotiquement vers une limite.
  1. Connu aussi sous le nom de taux de Lotka, du nom de son inventeur il est la différence du taux intrinsèque de natalité et du taux intrinsèque de mortalité.
  2. Un indice d’accroissement potentiel permet de repérer la valeur de ce potentiel d’accroissement dans une échelle relative.

710

On étudie sous le nom de reproduction1 le processus de renouvellement des générations (cf. § 116) au sein des populations, considérées comme des ensembles renouvelés2 au sens mathématique de l’expression. On parle de reproduction brute3 lorsqu’on fait abstraction de la mortalité (401-1) avant la fin de la période de procréation (620-1 ), et de reproduction nette4 dans le cas contraire.

711

Les indices (132-4) de reproduction (710-1) les plus usités sont dénommés taux de reproduction1. On les calcule en rapportant à l’effectif initial d’une génération féminine (116-5) ou masculine (cf. 116-4), réelle ou fictive, l’effectif des nés vivants (cf. 601-5) du même sexe qui en sont issus. Sauf indication contraire, ces taux sont des taux de reproduction féminine2, représentant un nombre moyen de naissances féminines par fille nouveau-née de la génération procréatrice. Les taux de reproduction sont fréquemment exprimés pour cent. Le taux net de reproduction3, ou taux de reproduction nette3 (cf. 710-4), indique alors combien 100 filles nouveau-nées mettraient de filles au monde, dans les conditions de mortalité et de fécondité envisagées. Parallèlement, le taux brut de reproduction4, ou taux de reproduction brute4 (cf. 710-3), indique combien 100 filles nouveau-nées mettraient de filles au monde, dans les conditions de fécondité envisagées, en l’absence de toute mortalité depuis la naissance jusqu’à la fin de la période de procréation (620-1). C’est en réalité un indice de fécondité (cf. § 639), matérialisant l’incidence de ce facteur dans la reproduction. Des taux de reproduction masculine5 peuvent être calculés de façon analogue, représentant un nombre moyen de naissances masculines par garçon nouveau-né de la génération procréatrice, et l’on a proposé l’emploi de divers taux de reproduction sexes combinés6. Les taux de reproduction sont généralement des taux du moment (135-8), sauf lorsqu’on précise qu’il s’agit de taux de reproduction de génération7 (cf. 135-9). À défaut de données suffisantes sur la fécondité par âge, on peut tenter d’évaluer le taux net de reproduction par l’intermédiaire de l’indice de remplacement8. Cet indice (132-7) s’obtient en calculant la valeur du rapport enfants-femmes (632-8), d’une part dans la population étudiée, d’autre part dans la population stationnaire (703-6) correspondant à la mortalité de ladite population, et en divisant la première des valeurs ainsi obtenues par la seconde.
  1. Les taux de reproduction ainsi définis sont en fait des indices de la reproduction de l’effectif initial des générations. On peut aussi s’intéresser à la reproduction des effectifs à un âge donné, le début de la période de reproduction en particulier, ou à la reproduction des années vécues par une génération de sa naissance à son extinction. C’est ainsi que s’est introduit le taux de reproduction des années vécues.
  2. Parfois dénommé taux de remplacement, ou encore taux de Boeckh, taux de Kuczynski ou taux de Boeckh-Kuczynski, du nom des démographes qui en ont respectivement introduit et popularisé l’emploi.

712

Divers procédés peuvent être envisagés pour calculer la composante légitime1 et la composante illégitime2 (cf. § 610) d’un taux de reproduction (711-1). L’un d’eux consiste à combiner des tables de fécondité (639-2) légitime et illégitime, avec une table de nuptialité (522-1) ; on obtient ainsi des taux de reproduction tenant compte de la nuptialité3.

713

La vitesse de renouvellement des générations (cf. § 116) peut être caractérisée par l’intervalle entre générations successives1. Lorsqu’on envisage une succession de générations féminines (116-5), cet intervalle correspond à l’âge moyen des mères2 d’une génération à la naissance de leurs enfants. On dit que les taux de reproduction (711-1) du moment (cf. 135-8) se rapportent à des générations fictives3, ou générations hypothétiques3, parce que ce sont des indices synthétiques (132-5) fondés sur des taux observés dans des générations différentes aux divers âges.
  1. L’intervalle entre générations masculines (116-4) successives correspond de même à l’âge moyen des pères à la naissance de leurs enfants.
  2. On utilise éventuellement les expressions cohorte fictive (138-7) ou cohorte hypothétique de sens plus général (cf. 116-2).

720

On entend par projection démographique1 un ensemble de résultats de calcul, illustrant l’évolution future d’une population dans telles ou telles hypothèses qui ne sont pas nécessairement vraisemblables. Lorsqu’on fait choix d’hypothèses plus ou moins vraisemblables, à la suite de l’analyse d’une situation concrète, on parle volontiers de perspectives démographiques2. Ces perspectives ne constituent à proprement parler des prévisions démographiques2 que lorsque les hypothèses sur lesquelles elles sont fondées apparaissent comme très probables. La période couverte par les perspectives, prévisions ou projections est appelée l’étendue3 de celles-ci. Les prévisions démographiques sont généralement des prévisions à court terme4, car leurs aléas augmentent rapidement quand l’étendue s’allonge. La méthode de calcul des perspectives, prévisions ou projections la plus utilisée est la méthode des composantes5, où l’on calcule la population future de chaque génération (116-1) ou groupe de générations à partir de la répartition par sexes (320-1) et par âges (cf. § 325) de la population au point de départ6 des perspectives, prévisions ou projections. Cette méthode prend parfois le nom de méthode matricielle de projection7, quand on a recours au calcul matriciel.
  1. On peut faire des calculs analogues en remontant le cours du temps ; on fait alors des projections rétrospectives ou rétrojections (néol.).
  2. En pratique, la distinction entre projection et perspective est peu sensible et le mot perspective est largement plus utilisé que l’autre.

721

Aux perspectives démographiques (711-2) peuvent se rattacher les estimations de la population1 ; on y calcule l’effectif (101-7) et la structure (101-2) de la population à une date donnée, passée, présente ou future, par des procédés divers dont certains sont ceux des perspectives ; les estimations démographiques2 englobent les estimations de la population et les estimations de caractéristiques diverses de celle-ci, telles que la fécondité (601-1), la mortalité (401-1), etc. La mise à jour annuelle des effectifs de la population5★ ou l’extrapolation annuelle des effectifs de la population5★ à partir du dernier recensement, s’effectue sur la base de ce dernier dénombrement et des statistiques du mouvement de la population des années ultérieures. L’estimation de la population à une date comprise entre deux recensements (202-1*) prend le nom d’estimation intercensitaire3. On compare couramment la population recensée à la population estimée à la même date à partir du recensement précédent ; la différence est appelée écart de fermeture4.

730

On appelle modèle1 toute étude théorique de l’évolution d’une population (101-3) (d’individus, de couples mariés, de familles, de ménages, etc.) et de sa structure (101-2), en fonction de son état initial et de ses caractéristiques démographiques, fécondité (601-1), fécondabilité (638-5), mortalité (401-1), etc. Ces modèles sont dénommés modèles statiques2 ou modèles dynamiques3 suivant que lesdites caractéristiques sont constantes ou qu’elles varient au cours du temps. On distingue, d’autre part, les modèles déterministes4, où l’on opère comme si les populations étaient infiniment grandes, et les modèles stochastiques5, où l’on se préoccupe de la probabilité des diverses situations possibles à toute durée du processus étudié. Le modèle peut être établi par calcul ou par simulation6. On qualifie parfois de macro-simulations7★ ces calculs démographiques ; un exemple type est le modèle de projection de population par la méthode des composantes. Dans un modèle par micro-simulations8★ le destin de chaque individu ou de chaque groupe, au cours de chaque unité de temps, est fixé par tirage au sort d’après les probabilités de survie (431-6), de mariage, de maternité (cf. 606-2), de migration (801-3), etc. qu’on a affectées aux individus considérés isolément ou comme membres du groupe.
  1. On peut préciser modèle démographique, mais c’est en général inutile. Le mot modèle apparaît aussi dans l’expression table modèle, décalque de l’anglais ; on doit dire table type, de mortalité par exemple (cf. 435-1).
    Ne pas confondre modèle, qui concerne l’étude d’un processus, et formule ou loi. Les formules, ou lois, de Gompertz ou Makeham, qui lient le quotient instantané de mortalité et l’âge, ne sont pas des modèles.

Chapitre 8 • Mobilité spatiale

801

On étudie sous le nom de mobilité spatiale1, ou mobilité physique1, ou mobilité géographique1 les phénomènes quantitatifs liés aux déplacements2 dans l’espace géographique, d’individus d’une population. On appelle à proprement parler migration3, ou mouvement migratoire3 un ensemble de déplacements ayant pour effet de transférer la résidence (310-6) des intéressés d’un certain lieu d’origine4, ou lieu de départ4, à un certain lieu de destination5, ou lieu d’arrivée5. Ce concept de migration ne s’applique pas aux individus sans résidence fixe : y échappent en particulier les populations nomades (304-2) ou semi-nomades (304-3). On opère parfois la distinction entre migration et déplacement temporaire6 à l’aide de critères fondés sur la durée d’absence7 du lieu d’origine et sur la durée de présence8 au lieu de destination. D’autres déplacements retiennent l’attention par leur régularité cyclique ou leur importance économique et sociologique. Citons les navettes9 de travailleurs entre leur lieu de résidence et leur lieu de travail, mouvements dont la périodicité est généralement quotidienne ou hebdomadaire, ainsi que les déplacements saisonniers10 à périodicité annuelle. Un déplacement qui n’intéresse un territoire (301-2) que par le fait qu’il le traverse, constitue un transit11. Citons enfin les déplacements touristiques12 ou déplacements de vacances12.
  1. On précise mobilité spatiale, pour distinguer cette mobilité de la mobilité professionnelle (921-1) ou de la mobilité sociale (920-4).
  2. Migration, s.f. - migrer, v.i, migratoire, adj. : relatif aux migrations. On précise parfois migration spatiale, ou migration géographique, pour éviter toute confusion avec les migrations professionnelles (921-1*) ou les migrations sociales (920-4*). Noter que le mot migration désigne, dans ces expressions, des modifications qui n’entraînent pas forcément un changement de résidence ; chaque fois que c’est possible, il vaut mieux désigner ces modifications par une expression n’utilisant pas le mot migration.
  3. Pour les migrations internationales (803-2), le pays d’arrivée est volontiers dénommé pays d’accueil.
  4. Navette, s.f. - navetteur (néol.), s.m.
    On utilise parfois les expressions : migration alternante ou migration pendulaire ; le terme navette est préférable.
  5. Nous préférons le terme déplacement saisonnier au terme migration saisonnière, parfois utilisé.
  6. Transit, s.m. - transiter, v.i. - transitaire, adj. ff. s.m. : individu qui transite. Le terme transit est préférable aux termes migration de transit ou transmigration parfois utilisés.

802

Lorsqu’on n’observe pas de manière continue toutes les migrations, on peut comparer, soit la résidence à une date antérieure1 bien déterminée, soit la résidence antérieure2 à la résidence actuelle3. Dans le premier cas, on appelle migrant4 tout individu dont les résidences en début et en fin de période sont différentes ; au départ de la résidence en début de période, ce migrant était un émigrant5, à l’arrivée dans la résidence actuelle, il est un immigrant6. Dans le deuxième cas où la question porte, en fait, sur la dernière migration7 ou le dernier changement de résidence7, quelle qu’en soit la date, tout individu qui a eu au moins une résidence antérieure différente de l’actuelle est un immigré8 dans cette dernière et un émigré9 de la résidence antérieure. Quand on connaît les lieux de naissance10, tout individu dont la résidence actuelle diffère du lieu de naissance est un non-natif11 de la résidence actuelle. Lorsque la raison de la migration revêt un aspect particulier, on peut qualifier le migrant et parler d’émigrant pour raison politique, religieuse ou éthique12★ ou d’immigrant pour raison politique, religieuse ou éthique13★ selon les cas.
  1. Un migrant est donc un individu né avant le début de la période considérée et vivant à la fin de cette période. On étend parfois la définition aux enfants nés en cours de période en les rattachant à la résidence de leur mère au début de la période : il s’agit alors de migrants induits. La définition, parfois donnée, du migrant comme un individu qui a fait au moins une migration au cours de la période considérée n’est guère utile en démographie, car un migrant y est le plus souvent décelé à l’aide d’une question sur la résidence à une date antérieure et non sur les migrations depuis cette date.
  2. Le lieu de naissance est distinct du lieu de résidence de la mère à la naissance de l’enfant lorsque les coutumes ou l’organisation sanitaire amènent la mère à accoucher hors de son lieu de résidence.
  3. En allemand, les termes d’“Emigrant” s.m (“Emigratin” s.f) et “Immigrant” s.m (“Immigrantin” s.f) désignent les personnes dont le motif d’émigration ou d’immigration est politique, religieux ou éthique. En français on parle aussi de demandeurs d’asile.

803

Dans les migrations (801-3) intéressant la population d’un État souverain (305-3), une première distinction est faite entre les migrations internes1, ou migrations intérieures1 à cet État, dont le lieu d’origine (801-4) et le lieu de destination (801-5) se trouvent tous les deux compris à l’intérieur de l’État, et les migrations internationales2 qui traversent les frontières de cet État. Ces dernières sont encore appelées migrations externes3 ou migrations extérieures3 à cet État et prennent le nom d’immigration4 ou d’émigration5, suivant que l’État considéré constitue le lieu de destination ou le lieu d’origine de ces migrations. Lorsque l’État est lui-même fractionné en zones, une distinction est faite entre les migrations internes à une zone, que l’on désigne souvent sous le terme de mobilité locale6 ou de mobilité résidentielle6, et les migrations externes à cette zone, que l’on distingue en migrations internationales et migrations internes à l’État. Ces dernières migrations prennent le nom d’immigration interne7 vers cette zone ou d’émigration interne8 de cette zone, suivant qu’elle constitue le lieu de destination ou le lieu d’origine de ces migrations. Lorsqu’on distingue une zone d’origine et une zone de destination, on entend par courant de migrations9, ou courant migratoire9, le nombre de migrations qui s’effectuent de l’une vers l’autre. Le plus important des courants entre deux zones s’appelle le courant dominant10, le plus faible le contre-courant11.
  1. Toutes les définitions de ce paragraphe s’étendent sans peine aux migrants, émigrants et immigrants, émigrés et immigrés du § 802, en remplaçant migration par l’un de ces termes. La distinction entre migration interne et migration internationale n’est pas toujours claire, lorsque certains territoires non indépendants de l’État ont cependant une autonomie plus ou moins complète.
  2. Lorsqu’il s’agit de navettes (801-9) et non de migrations, on parle de navettes frontalières et de travailleurs frontaliers, ou par abréviation de frontaliers.
  3. Immigration, s.f. - immigrer, v.i.
  4. Émigration, s.f. - émigrer, v.i.
  5. Pour être plus précis, il s’agit d’immigration interne à l’État, vers cette zone, et d’émigration, interne à l’État, de cette zone.

804

Les migrations (801-3) d’un individu au cours d’une période peuvent être distinguées les unes des autres par leur rang de migration1 à partir du début de ladite période. L’intervalle de temps qui sépare l’arrivée (805-3) dans un lieu et le départ (805-4) vers un autre est une durée de résidence2 ou durée de séjour2. On peut également distinguer parmi ces migrations celles qui constituent un retour vers la zone initiale ou vers un lieu de résidence antérieure, qu’on dénomme alors migrations de retour3, et les migrations secondaires4 qui atteignent de nouvelles zones. Lorsqu’on distingue les zones rurales (311-3*) et les zones urbaines (311-4*) de taille croissante, l’émigration rurale5 comporte des migrations par étapes6 ou migrations avec relais6 qui se produisent lorsque l’individu se déplace successivement vers des villes de taille croissante. On parle de migration en chaîne7 entre une série de tailles de villes lorsque la migration nette (805-2) d’une ville de taille donnée est positive par excédent d’immigration du secteur rural et des villes de taille inférieure, sur l’émigration vers les villes de taille supérieure.
  1. Le terme exode rural est souvent utilisé, mais n’est pas très satisfaisant dans la mesure où les migrations des zones rurales vers les zones urbaines ne prennent pas toujours la forme d’un exode (807-3).

805

Par opposition au mouvement naturel (201-10), on distingue sous l’expression mouvement migratoire1 la part incombant aux migrations dans le mouvement général de la population (201-9) d’une zone. En termes d’effectifs, ce mouvement migratoire est mesuré par la migration nette2 d’une zone, ou différence entre les entrées3 ou arrivées3, et les sorties4 ou départs4. Cette migration nette est un nombre algébrique et l’on parle d’immigration nette5 lorsque les entrées excédent les sorties, d’émigration nette6 dans le cas contraire. La somme des entrées et des sorties matérialise le volume total des migrations7 d’une zone et est dénommée sa migration totale8. De façon semblable, lorsqu’on travaille sur les migrations qui se produisent entre deux zones, on définit le courant net9 de migration de l’une vers l’autre, comme la différence entre le courant migratoire (803-9) de la seconde vers la première et le courant inverse. La somme algébrique des courants nets entre une zone et le reste du monde constitue donc sa migration nette. Le courant total10 ou le trafic10 entre ces zones est la somme des courants qui s’établissent entre elles.
  1. On parle encore de bilan ou de balance migratoire. Les définitions de ce paragraphe s’étendent sans peine aux migrants. On évite généralement des termes du type « migrant net » et l’on parle de préférence d’un nombre net de migrants.
  2. Les entrées et les sorties de transitaires (801-11*) sont généralement exclues du calcul de la migration totale. Lorsqu’on distingue les migrations internes à un État de ses migrations internationales, on définit de même la migration nette interne ou la migration nette internationale de cette zone, ainsi que sa migration totale interne ou sa migration totale internationale.

806

On appelle migration spontanée1 une migration (801-3) qui s’effectue sur l’initiative des individus concernés. Lorsqu’ils se déplacent isolément - généralement des travailleurs (351-1) - on parle de migration individuelle2. Lorsque des familles (115-1) entières se déplacent, on parle de migration familiale3. Certaines de ces migrations sont des migrations induites4 par celle du chef de famille (115-1*). Il en va ainsi du regroupement familial9★, qui désigne la migration des membres de la famille, et notamment des enfants du chef de famille. Les mouvements de travailleurs provoqués par les conditions de l’emploi et qui intéressent essentiellement la population active (350-1) constituent des migrations de travail5. Les mouvements provoqués par le mariage (501-2) des intéressés constituent des migrations par mariage6. Ceux entraînés par la cessation d’activité (361-3) constituent des migrations par retraite7 ou migrations de retraite7. On parle de chaîne migratoire8★lorsque le lieu de destination des candidats à l’émigration est préférentiellement celui où des parents ou amis se sont installés et peuvent leur frayer le chemin, parce qu’ils y ont par exemple un logement ou qu’ils peuvent partager avec eux des informations ou leur apporter toute autre forme de soutien.

807

On dénomme migration collective1 une migration plus ou moins organisée qui s’effectue par groupes d’individus ou de familles (115-1). Une migration massive2 est une migration qui intéresse une grande quantité d’êtres humains. Un exode3 est une émigration (803-5) massive et soudaine, effectué sous la pression de quelque calamité, sans intervention des pouvoirs publics.
  1. On appelle invasion (envahir, v.t.) une immigration (803-4) massive et soudaine, s’effectuant contre le gré des habitants du territoire envahi, et infiltration une immigration prolongée, s’effectuant par éléments d’importance numérique suffisamment faible pour qu’elle demeure longtemps peu sensible pour les habitants du territoire où elle se produit.

808

On parle de rapatriement1 lorsqu’il s’agit de retours (804-3) vers un lieu d’origine organisés par les pouvoirs publics. On entend par migration forcée2 une migration (801-3) à laquelle les intéressés ont été contraints par les pouvoirs publics. Une migration forcée peut résulter de mesures d’expulsion3 prises à rencontre de certaines catégories d’individus ; ceux-ci se voient alors prescrire de quitter le territoire où ils résidaient, sans qu’aucun lieu de destination (801-5) leur soit assigné. Il en est de même en cas d’évacuation4, opération destinée à vider un territoire de ses habitants, généralement à la suite ou sous la menace de quelque calamité. Les individus qui, tout en étant ainsi contraints de migrer (801-3*), ont conservé une certaine latitude dans le choix de leur lieu de destination, sont appelés des réfugiés5. Les personnes déplacées6 sont, au contraire, des migrants auxquels les pouvoirs publics ont assigné un lieu de destination. Il s’agit souvent de personnes qui ont été comprises dans un transfert de population7, c’est-à-dire dans une migration collective (807-1) forcée, organisée par les pouvoirs publics. De tels transferts résultent parfois d’échanges de populations8 entre États, organisés à la suite de modifications de frontières ou pour éliminer des problèmes de minorités (333-4).
  1. Rapatriement, s.m. - rapatrier, v.t.
  2. Expulsion, s.f. - expulser, v.t. - expulsé, pp. ff. s.m.
  3. Lorsque le déplacement forcé, individuel ou collectif, présente un caractère répressif, on parle de : déportation, s.f. - déporter, v.t. - déporté, pp. ff. s.m.

809

L’adaptation des immigrés (802-8) à leur nouveau milieu s’effectue en général par degrés. A la phase initiale d’accommodation1, pendant laquelle disparaissent leurs principales préventions contre les usages et coutumes du pays d’accueil (801-5*), succède d’ordinaire une phase d’acculturation2, qui se traduit par l’adoption de l’essentiel de ces usages et coutumes. La disparition de toute différence entre les immigrés et la population autochtone (332-2), témoigne de leur assimilation3. La naturalisation (331-1) vient éventuellement tantôt faciliter, tantôt consacrer cette assimilation.
  1. On parle volontiers aussi, au figuré, d’acclimatation en ce sens - s’acclimater, v. réfléchi.
  2. Assimilation, s.f. - assimiler, v.t. : rendre semblable à soi-même (en parlant de groupes humains) - s’assimiler, v. réfléchi : devenir semblable aux autres - assimilable, adj. : susceptible de s’assimiler - inassimilable, adj. : rebelle à l’assimilation.

810

Il arrive que des immigrés (802-8) en provenance d’un même territoire se groupent sur le territoire de leur pays d’accueil (801-5*), et y conservent l’essentiel de leurs usages et coutumes ; ils y constituent alors ce qu’on appelle une colonie1. L’apparition de telles colonies sur des territoires déjà peuplés soulève des problèmes de coexistence2 entre plusieurs populations. Cette coexistence évolue souvent vers la fusion3 entre les populations, par disparition de leurs différences mutuelles, ou vers l’intégration4 de certaines populations par d’autres. Il y a ségrégation5 lorsque plusieurs populations vivent côte à côte sur un même territoire, tout en demeurant séparées par des barrières coutumières ou légales ayant pour effet de limiter les contacts entre elles.
  1. Colonie, s.f. - colon, s.m. : membre d’une colonie - coloniser, v.t. : établir une colonie sur un territoire - colonisation, s.f. : action de coloniser. On entend par colonisation intérieure la colonisation de territoires situés à l’intérieur d’un État, par des ressortissants de cet État.
  2. Coexistence, s.f. - coexister, v.i.
  3. Dans les cas extrêmes, le conflit entre deux populations peut se traduire par un génocide, c’est-à-dire par l’extermination de l’une des populations par l’autre.
    Extermination, s.f. - exterminer, v.t. : anéantir.

811

La politique migratoire1 des États s’insère de façon plus ou moins harmonieuse dans le cadre général de leur politique démographique (105-2). Les lois sur l’immigration2 sont fréquemment restrictives. Elles tendent souvent à promouvoir une immigration sélective3 par des voies plus ou moins directes, tantôt en faisant obstacle à l’immigration (803-4) de certaines catégories d’immigrants (802-6) jugées indésirables, tantôt en accordant une préférence d’admission aux catégories estimées les plus intéressantes. Le procédé du contingentement par quotas4 repose sur l’attribution à chaque catégorie, d’un quota (proportion) servant à déterminer son contingent particulier en fonction du contingent global d’immigrants à admettre au cours d’une certaine période. Il est utilisé notamment pour limiter l’immigration en provenance de certains pays : les quotas attribués aux diverses nationalités (330-4) sont alors volontiers déterminés par référence à la nationalité d’origine5 des habitants du pays d’accueil (801-5*) à une certaine époque. Les mesures tendant à l’aménagement du peuplement6 peuvent être considérées comme faisant partie de la politique migratoire, lorsqu’elles visent à modifier la répartition de la population d’un État sur son territoire par le jeu de migrations internes (803-1).
  1. Sélectif, adj. - sélection, s.f.
    À proprement parler, la sélection des immigrants consiste en un choix organisé ouvertement parmi les candidats à l’immigration.
  2. Le mot peuplement revêt tantôt un sens actif, désignant alors l’action de peupler, tantôt un sens passif, qui le rend presque synonyme de population. Dans ce dernier cas, une nuance différencie néanmoins les deux termes : peuplement évoque volontiers un rapport avec le milieu physique, une image concrète, alors que population est plus abstrait. Cette différence est particulièrement sensible dans l’emploi des composés : on préfère parler de dépopulation ou de repopulation par le jeu du mouvement des naissances et des décès, et de dépeuplement ou de repeuplement par le jeu des mouvements migratoires (cf. 930-2*).

812

On appelle statistiques migratoires1 ou statistiques de migrations1, des statistiques établies en vue de la mesure directe des mouvements migratoires2 qui affectent la population d’un territoire donné. Les statistiques migratoires les plus satisfaisantes sont élaborées à partir des registres de population (213-1) lorsqu’ils enregistrent correctement les déclarations de changement de résidence (213-5). Ils permettent de saisir à la fois les migrations internes (803-1) au pays et les migrations internationales (803-2), mais enregistrent en général de façon plus satisfaisante les premières que les dernières. Dans les nombreux pays où ces registres n’existent pas, un certain nombre de fichiers (213-3*), le plus souvent non exhaustifs, servent à des fins plus particulières. Citons les fichiers d’électeurs3, les fichiers de sécurité sociale4, les fichiers de contribuables5, les fichiers de logements6 qui peuvent, le cas échéant, fournir des statistiques sur les migrations internes au pays. Pour les migrations internationales, le dépouillement des listes de passagers7 des bateaux et avions donne des renseignements sur les déplacements (801-2) qui s’effectuent par voie maritime ou aérienne. L’observation des déplacements qui s’effectuent par voie terrestre est beaucoup plus délicate, surtout dans les régions où existent de nombreux frontaliers (803-2*). Dans tous les cas, il convient de prendre des précautions spéciales pour distinguer les migrations (801-3) des déplacements de simples voyageurs8, et pour classer les transits (801-11) à part, afin de pouvoir les exclure de la migration. Le cas échéant le nombre des visas d’entrée9, des autorisations de séjour10ou des autorisations de travail11 délivrés aux étrangers (330-2) fournissent des indications sur leurs migrations.
  1. Les visas de sortie que les ressortissants de certains États doivent obtenir pour pouvoir se rendre à l’étranger constituent éventuellement une source de renseignements sur les migrations de ces ressortissants.

813

La connaissance, par recensements (202-1*) ou enquêtes (203-4), des migrants (802-4) et de leurs caractéristiques permet d’établir des statistiques sur les migrants1, des statistiques sur les immigrés2 ou des statistiques sur les émigrés2, et des statistiques sur le lieu de naissance3, suivant les questions posées. Par ces questions on ne connaît les émigrants (802-5) et émigrés (802-9) que dans le pays où les renseignements ont été collectés ; on ne connaît donc ni les émigrants ni les émigrés internationaux (cf. § 803) ; les immigrants (802-6) et les immigrés (802-8) sont connus quelle que soit leur provenance.
  1. Il arrive qu’on demande seulement la date d’arrivée dans la résidence actuelle (802-3) ou seulement la résidence antérieure (802-2) ; la première donne des statistiques sur la durée de présence (801-8) dans la résidence actuelle, la seconde des statistiques sur la résidence antérieure.

814

Faute de pouvoir en déterminer directement les éléments, on procède souvent à la détermination indirecte de la migration nette (805-2). Celle-ci s’obtient alors comme résidu1 d’une balance dont les autres éléments sont connus ou estimés. Dans la méthode du mouvement naturel2, par exemple, on retranche l’accroissement naturel (701-7) entre deux recensements (202-1*), de l’accroissement total (cf. 701-1) qui ressort de la comparaison des effectifs (101-7) recensés. Lorsque les décès (401-3) de la zone ne sont pas connus, on les estime grâce à des coefficients de survie (431-7*) tirés des tables de mortalité (432-1) ou de recensements. La méthode des coefficients de survie3 permet alors, en comparant les effectifs attendus aux effectifs observés, d’estimer la migration nette de la zone. Lorsqu’on dispose de statistiques sur le lieu de naissance4★(813-3), on peut en tenant compte de l’âge de la personne et de son lieu de résidence actuelle, estimer de manière indirecte les flux migratoires (813-3).
  1. Ce calcul suppose que les différences entre les omissions (230-3) et les comptages multiples (230-5) calculées pour les deux recensements sont égales.

815

La dénomination générique de taux de migration1 englobe tous les taux servant à mesurer la fréquence des migrations (801-3) au sein d’une population. En l’absence d’indications contraires, l’expression taux de migration doit toutefois s’entendre au sens de taux annuel de migration2. Ce taux s’obtient en rapportant le nombre de migrations enregistrées annuellement en moyenne pendant une certaine période, à l’effectif moyen (401-5) de la population au cours de la période. De façon identique on calcule un taux annuel de migration nette3 et un taux annuel de migration totale4 en rapportant les migrations nettes (805-2) ou les migrations totales (805-8) à l’effectif moyen de la population. Un indice de compensation5, compris entre zéro et l’unité, rapporte la valeur absolue de la migration nette d’une zone à sa migration totale : lorsqu’il est égal à l’unité, la migration de la zone est à sens unique, lorsqu’il est nul les entrées compensent exactement les sorties.
  1. Ce taux peut être calculé en utilisant d’autres dénominateurs : la population (101-7) en début ou en fin de période, le nombre moyen d’années vécues par la population de la zone.

816

Si l’on travaille sur des nombres de migrants (802-4) au cours d’une période, on calcule des proportions de migrants1 en rapportant ces nombres aux populations dont ils font partie, comme émigrants (802-5) ou comme immigrants (802-6). La proportion d’émigrants2 d’ une zone s’obtient en divisant le nombre d’émigrants qui en proviennent par la population qui y résidait en début de période et qui survit en fin de période. Cet indice peut être utilisé dans les perspectives démographiques (720-2) avec migrations (801-3). Dans l’autre sens, la proportion d’immigrants3 se calcule en divisant le nombre d’immigrants vers une zone par la population de celle-ci en fin de période. Dans ce cas, le dénominateur ne correspond pas à la population soumise au risque de migration, ce qui enlève de l’intérêt à un tel indice. De manière analogue, si l’on part de données sur les immigrés (802-8) et leur provenance, on peut calculer la proportion d’immigrés4 dans une zone en divisant leur nombre par celui des recensés (204-1) de cette zone. La proportion d’émigrés5 d’une zone s’obtient en divisant leur nombre par celui des recensés qui proviennent de cette zone ou ne l’ont jamais quittée. Lorsque certaines caractéristiques des migrants, comme l’âge (322-1), la profession (352-2), le degré d’instruction (342-1), sont connues, on différencie les migrants ayant telle caractéristique de l’ensemble des migrants à l’aide d’indices différentiels6. Pour les définir, on commence par diviser la proportion de migrants dans la population ayant la caractéristique étudiée par la proportion de migrants dans l’ensemble de la population ; on retranche ensuite l’unité du quotient ainsi obtenu. Lorsque la population étudiée a le même comportement migratoire que l’ensemble, son indice différentiel est nul. Suivant qu’on travaille sur la population du lieu de départ (801-4) et les émigrants de ce lieu ou sur la population du lieu d’arrivée (801-5) et les immigrants vers ce lieu, on parle de migration sélective7 ou de migration différentielle8.
  1. La population soumise au risque d’immigration (803-4) vers la zone est la population du reste du monde, ou du reste du pays pour les migrations internes (803-1) : l’utilisation d’un tel dénominateur est sans intérêt.
  2. Ces indices ont le défaut de ne pas se rapporter à une période définie, à la différence des indices 2 et 3. On réduit cet inconvénient en conservant seulement les immigrés arrivés depuis peu (un an par exemple) au lieu de recensement.
  3. Voir note précédent.
  4. On calcule aussi des indices différentiels à partir du rapport des migrants aux sédentaires (817-3) ; ils sont peu satisfaisants, parce que très sensibles au découpage géographique utilisé pour définir les migrants.

817

Lorsque l’on suit les migrations successives d’un individu à l’aide de registres de population (213-1) ou d’enquêtes rétrospectives (203-8), une analyse longitudinale des migrations1 peut être réalisée. On calcule d’abord des quotients de première migration2 définis comme la faction des sédentaires3 atteignant l’âge x, destinés à faire une première migration avant d’avoir atteint l’âge x+1, abstraction faite de la mortalité (401-1). À partir de ces quotients, on peut calculer les proportions des personnes demeurant sédentaires à chaque âge, qui constituent une table de sédentarité4. En combinant une table de survie (432-3) et une table de sédentarité, on obtient une table de survie des sédentaires5, à double extinction (cf. 153-4). On définit de même des quotients de migration par rang6 et l’on calcule les proportions de personnes ayant fait une migration de rang donné, qui n’ont pas entrepris de nouvelle migration à chaque durée de séjour. On définit enfin des taux de migration de tous rangs7 en rapportant le nombre annuel de migrations à la population moyenne (135-6) de la cohorte (116-2) au cours de l’année. Par addition des taux de migration de tous rangs jusqu’à une certaine date, on obtient le nombre moyen de migrations8 faites par la cohorte jusqu’à cette date, en l’absence de mortalité. En combinant une table de survie à la table de migration de tous rangs9, on calcule le nombre moyen de migrations restant à faire au-delà d’un âge donné, compte tenu de la mortalité.

818

Quand on considère les migrants (802-4) entre deux zones au cours d’une période donnée, on obtient un indice d’intensité migratoire1 de A vers B en divisant le nombre de migrants de A vers B pendant la période par le produit du nombre d’habitants de B en fin de période par le nombre des individus qui habitaient en A au début de la période et survivent à la fin. On peut diviser cet indice par le rapport du nombre total de migrants au carré de la population du pays, pour obtenir un indice d’intensité relative2 ou indice de préférence2. En prenant pour numérateur le courant net (805-9) entre les deux zones, on obtient un indice d’intensité migratoire nette3. On rapporte également la valeur absolue du courant net au courant total (805-10) pour calculer un indice de compensation des courants migratoires4.
  1. Cet indice peut s’interprêter comme la probabilité que deux individus vivant en fin de période et choisis au hasard, l’un parmi ceux qui résidaient en A en début de période, l’autre parmi ceux qui résident en B en fin de période, soient identiques. Selon les données disponibles, on peut retenir la population totale en fin de période, à condition d’ajouter les migrants induits (802-4*) dans les générations (116-1) nées pendant la période considérée, ou seulement les générations nées avant le début de la période. On utilise parfois des indices qui font intervenir la population des deux zones à la même date ; ils perdent alors leur signification probabiliste.
  2. On calcule parfois un autre indice, produit de l’indice d’intensité migratoire par la population (101-7) totale du pays.
  3. On calcule parfois un autre indice, produit de l’indice d’intensité migratoire nette par la population totale du pays.

819

Les modèles de migration1, ou modèles migratoires1, peuvent être classés en deux grandes catégories. La première relie les courants (cf. § 803) entre deux zones à des variables sociales, économiques ou démographiques. Ces variables sont souvent distinguées selon qu’elles caractérisent la répulsion2 de la zone de départ (cf. 801-4), l’attraction3 de la zone d’arrivée (cf. 801-5) ou les obstacles intermédiaires4 qui existent entre ces deux zones. Les plus simples de ces modèles sont les modèles gravitaires5 : les courants entre les deux zones y sont proportionnels aux populations de chacune d’elles et inversement proportionnels à la distance6 entre elles, élevée à une certaine puissance. D’autres modèles considèrent encore les courants entre deux zones comme proportionnels aux postes offerts de la zone de destination et inversement proportionnels aux postes intermédiaires offerts7 entre l’origine et la destination. La seconde catégorie de modèles s’attache aux individus plutôt qu’aux populations, et les suit au cours du temps à l’aide de modèles stochastiques (730-5). Ils relient la probabilité de migrer d’un individu à un certain nombre de caractéristiques personnelles, comme l’âge (322-1), les migrations antérieures (cf. § 817).
  1. Ces modèles sont encore appelés modèles de type Pareto.
  2. Cette distance peut être mesurée de façon très diverse : distance à vol d’oiseau, distance par route, nombre de zones traversées, etc.

Chapitre 9 • Démographie économique et sociale

901

La démographie économique et sociale (cf. 104-1 et 104-2) étudie, d’une part, les conséquences économiques et sociales des phénomènes démographiques et, d’autre part, les effets démographiques des facteurs économiques ou sociaux. Les relations existant entre la population et les ressources1 dont elle dispose, ainsi qu’entre la population et la production2 des biens et services, constituent d’importants sujets d’étude de la démographie économique. Dans l’analyse des relations entre la croissance d’une population (cf.701-1) et sa croissance économique (cf. 903-1), interviennent notamment les notions de consommation3★, d’épargne4★, d’investissement5★ et de marché du travail6★.

902

Les mots surpeuplement1, ou surpopulation1, d’une part, et sous-peuplement2, ou sous-population2, d’autre part, (cf. 811-6*), expriment respectivement les notions qualitatives d’excès et d’insuffisance numérique de la population d’un certain territoire (301-2). Ces notions n’ont de sens que pour un certain degré de développement3 (cf. 903-1) ; elles peuvent être précisées par référence à un optimum de peuplement4, ou population optimale4, c’est-à-dire au peuplement qui serait le plus avantageux pour les habitants du territoire considéré, optimum qui dépend de la nature des avantages envisagés. C’est ainsi qu’on peut définir un optimum économique5 comme le nombre idéal des habitants d’un certain territoire, qui procurerait à ceux-ci le maximum de bien-être matériel. Ce bien-être est d’ordinaire assimilé au niveau de vie6, lequel est généralement caractérisé par le revenu réel moyen par tête7.
  1. Surpeuplement, s.m. - surpeuplé, adj.
  2. Sous-peuplement, s.m. - sous-peuplé, adj.
  3. Optimal, adj. - optimum, s.m. ff. adj.
  4. Parallèlement à l’optimum économique, on peut définir un optimum depuissance, correspondant à la population qui assurerait la puissance militaire maximale à l’État considéré, et des optimums sociaux, qui permettraient de dispenser aux habitants le maximum d’avantages sociaux d’un type déterminé.

903

La prise en considération de la notion de développement économique1, ou plus précisément de rythme de développement économique1 (cf. 902-3), conduit à faire correspondre à chaque type d’optimum statique (cf. 902-5*) un type d’accroissement optimal2, ou rythme optimal d’accroissement2, de la population, défini comme la vitesse d’accroissement (cf. 702-1) qui serait la plus avantageuse, à partir d’une situation de fait donnée. Ces notions présentent un intérêt particulier pour les pays dits en voie de développement3, ou insuffisamment développés3, ou sous-développés3, dont le degré de développement (902-3) est faible.

904

On entend généralement par population maximale1 d’un certain territoire (301-2) la population (101-7) la plus élevée qu’il serait concevable de faire vivre sur ce territoire, compte tenu des ressources (901-1) offertes par celui-ci d’une part, et du niveau de vie (902-6) minimal admissible pour le ou les peuples (333-3) considérés d’autre part. La notion de population minimale2, par contre, exclut toute référence à un territoire et à un peuple déterminés, sinon pour spécifier les conditions de milieu physique (climat, notamment) et social (coutumes matrimoniales, p. ex.) qui influent sur le processus biologique de reproduction (710-1) de l’espèce. On la définit en effet comme le plus petit groupement d’êtres humains qui soit compatible avec la survie du groupe3, c’est-à-dire qui ne risque pas de disparaître par suite des modifications aléatoires de structure (101-2) qui compromettent l’équilibre des populations numériquement trop faibles.
  1. Maximal, adj. - maximum, s.m. ff. adj.
    L’expression espace vital a été employée en doctrine, pour désigner la superficie territoriale indispensable à la vie d’une population d’effectif donné.
  2. Minimal, adj. - minimum, s.m. ff. adj.

905

La locution pression démographique1 évoque l’idée d’un rapport entre l’effectif (101-7) de la population et les ressources (901-1) dont elle dispose : dire que cette pression est forte ou faible sur un certain territoire (301-2), revient à exprimer l’opinion que la population (101-7) de ce territoire est proche ou éloignée du maximum compatible avec les ressources qui sont effectivement à sa disposition. Selon la théorie malthusienne de la population2, dénommée ainsi du nom de Malthus, son auteur, la population ferait sans cesse pression sur les moyens de subsistance3, c’est-à-dire qu’elle tendrait constamment à croître jusqu’au maximum compatible avec les ressources vivrières dont elle dispose. Toute modification du volume global de ces ressources entraînerait par suite un déplacement de l’équilibre démographique4 particulier ainsi défini, lequel correspond à un niveau de vie (902-6) voisin du minimum physiologique5. La préservation de l’équilibre démographique suppose d’éviter tout excédent de population10★. Ceci s’opére par le jeu d’obstacles à la croissance de la population (cf. § 701). Malthus classait ces obstacles en deux catégories : d’une part les obstacles répressifs6, agissant par voie de destruction — en augmentant la mortalité (401-1) —, et volontiers dénommés de nos jours obstacles malthusiens6, constitués essentiellement par les famines, les épidémies et les guerres ; d’autre part les obstacles préventifs7, susceptibles de freiner la croissance naturelle de la population en diminuant la natalité (601-1), le seul obstacle préventif que Malthus considérât d’ailleurs comme admissible, étant constitué par la contrainte morale8 que les individus s’imposeraient eux-mêmes, en associant la prolongation du célibat9 à la continence (627-4).
  1. Noter que l’expression niveau des subsistances se réfère, en français, à un niveau de population, comparable à la notion de population maximale (904-1), alors que l’expression anglaise “subsistence level” se réfère à un niveau de vie.

906

On désigne sous le nom de malthusianisme1, au sens original du terme, une doctrine sociale fondée sur la théorie démographique de Malthus (cf. 905-2), et qui préconise la substitution d’obstacles préventifs (905-7) aux obstacles répressifs (905-6), pour freiner la croissance des populations (cf. § 701). Par extension, le mot malthusianisme est devenu également, de nos jours, synonyme de néomalthusianisme2, mot créé pour marquer la déviation par rapport aux conceptions de Malthus, et par lequel on désigne une doctrine qui préconise l’usage de la contraception (627-1), voire de l’avortement (au sens de 604-2) et dans certains cas de la stérilisation (631-1), soit pour freiner la croissance de la population, soit dans tout autre but (hédoniste, p. ex.).
  1. Malthusianisme, s.m. - malthusien, adj. : relatif ou conforme au malthusianisme ; ff. s.m. : adepte du malthusianisme.
    En un sens élargi, les mots malthusianisme et malthusien sont couramment employés, notamment par les économistes, comme synonymes de restrictionnisme et restrictionniste.
  2. Néomalthusianisme, s.m. - néomalthusien, adj. : relatif ou conforme au néomalthusianisme ; ff. s.m. : adepte du néomalthusianisme.

907

On a donné le nom de transition démographique1, ou révolution démographique1, à un processus évolutif, observé dans un grand nombre de populations depuis le XVIIIe siècle, processus caractérisé par une baisse importante de la mortalité (401-1) et de la natalité (601-1). La transition démographique fait passer les populations du régime démographique ancien2, caractérisé par une natalité et une mortalité élevées, au régime démographique moderne3, à natalité et mortalité faibles. Certains auteurs ont rapproché ce fait de l’industrialisation des pays en cause, et souligné le décalage dans le temps qui sépare d’ordinaire la baisse de la mortalité de celle de la natalité ; celle-là précédant généralement celle-ci, il en résulte une phase dite d’accroissement transitoire4 (cf. § 701), pendant laquelle la population croît beaucoup plus rapidement que pendant les périodes encadrantes. L’attention des économistes s’est portée sur le changements de productivité5, c’est-à-dire de production (901-2) par individu, liés à ces processus évolutifs.

910

L’eugénisme1 est une théorie qui a étudié le rôle de l’hérédité2, c’est-à-dire la propriété qu’ont les individus de transmettre à leurs enfants biologiques une partie de leurs caractères héréditaires3, couleur des yeux par exemple. Les caractères acquis4, par l’exercice d’une certaine activité par exemple, ne se transmettent pas d’une génération (cf. 116-3) à la suivante. On appelle caractère létal5 un caractère qui entraîne la mort prématurée du produit de conception (602-6), qui ne parvient généralement pas à terme.
  1. Eugénisme, s.m. - eugénique, s.f. : synonyme d’eugénisme - eugénique, adj.
  2. Hérédité, s.f. - héréditaire, adj.
  3. Létal, adj. orthographié souvent à tort léthal (de "lethum", mauvaise forme latine de "letum", mort).

911

La transmission des caractères héréditaires (910-3) se fait par l’intermédiaire des gènes1 que les enfants héritent de leurs parents. La science de la transmission des gènes et des caractères dont ils sont les véhicules est dénommée génétique2. Les gènes sont portés par les chromosomes3, longs filaments d’ADN (acide désoxyribonucléique), situés dans le noyau des cellules. La position d’un gène sur le chromosome est appelée son locus4 ; les gènes qui occupent un même locus agissent sur un même caractère ; cette action peut présenter des variantes, en nombre petit ou grand ; à chacune de ces variantes correspond un allèle5 ou une classe d’allélisme5 du gène occupant le locus considéré. La cellule nouvelle formée par l’union de deux gamètes6, ou cellules sexuelles, lors de la conception, est appelée zygote7.
  1. L’ensemble des gènes dont un individu est porteur constitue ce qu’on appelle son patrimoine génétique.
  2. Génétique, s.f. - génétique, adj. - généticien, s.m. : spécialiste de la génétique.

912

L’ensemble des deux gènes (911-1) d’un individu en un même locus est appelé génotype1 ; le génotype est qualifié d’homozygote2 si les deux gènes appartiennent à la même classe d’allélisme (911-5) ; il est dit hétérozygote3 dans le cas contraire. Le phénotype4 est la manifestation extérieure d’un caractère, résultant de l’interaction du génotype et de l’environnement. Si un individu hétérozygote (AA’) ne se distingue pas de l’homozygote (AA), l’allèle (911-5) A est dit dominant5 sur l’allèle A’, et A’ est qualifié de récessif6 vis-à-vis de A. Les gènes sont susceptibles de modifications brusques et apparemment aléatoires, dénommées mutations7. La panmixie8, c’est-à-dire la conclusion des unions indépendamment de toute appartenance à des groupes, réalise la dissémination uniforme des gènes au sein des populations.
  1. Dominant, ppr. ff. adj. - dominance, s.f.
  2. Récessif, adj. - récessivité, s.f.
  3. Mutation, s.f. - muter, v.i. - mutant, ppr. ff. adj. : qui a muté, prédisposé à muter.
  4. Panmixie, s.f. - panmictique, adj.

913

Une distinction a été faite entre l’eugénisme positif1 (cf. 910-1) visant à augmenter le nombre de personnes censées avoir des caractéristiques souhaitables, et l’eugénisme négatif2 visant à restreindre la reproduction des personnes susceptibles de transmettre des caractéristiques indésirables ou des maladies héréditaires3. Certaines législations prévoient la stérilisation eugénique4 (cf. 631-1), obligatoire ou facultative, des porteurs de certaines de ces maladies. Le certificat prénuptial5 est parfois utilisé pour renseigner les candidats au mariage (501-4) sur la qualité probable de la descendance de l’union (501-3) projetée, afin de décourager les unions dysgéniques6, c’est-à-dire les unions susceptibles de donner naissance à des porteurs de maladies héréditaires.
  1. L’individu atteint de maladie héréditaire qui a attiré l’attention sur la famille à laquelle il appartient est appelé proposant.

914

La probabilité qu’a un individu atteignant l’âge de reproduction d’avoir tel nombre d’enfants atteignant ce même âge peut dépendre de son génotype (912-1). Cette reproduction différentielle est appelée sélection1 ; la valeur sélective2 d’un génotype est ainsi proportionnelle à ce nombre d’enfants ; la valeur sélective moyenne3 d’une population est égale à la moyenne des valeurs sélectives des génotypes de ses membres. Lorsque les génotypes ont des valeurs sélectives inégales, la présence des génotypes de moindre valeur sélective est qualifiée de fardeau génétique4. Dans une population de petit effectif (101-7), la fréquence de chaque gène (911-1) dans la population peut varier de manière purement aléatoire ; cette variation est appelée dérive génétique5. On appelle respectivement structure génique6 et structure génotypique7 d’une population, pour un locus (911-4), l’ensemble des fréquences des divers allèles (911-5) et l’ensemble des fréquences des divers génotypes, en ce locus.

915

Chez un individu consanguin, c’est-à-dire un individu dont les parents ont un ou plusieurs ancêtres communs connus, deux gènes (911-1) d’un même locus (911-4) sont dits gènes identiques1 par descendance s’ils sont la copie d’un même gène ancêtre. La probabilité que le génotype (912-1) d’un individu pris au hasard dans la population soit formé de deux gènes identiques est appelée coefficient moyen de consanguinité2, ou coefficient α de Bernstein2, de la population. Le coefficient moyen de parenté3 d’une population est la probabilité que soient identiques deux gènes situés en un même locus et appartenant à deux individus distincts pris au hasard dans la population.

920

L’observation permet souvent de distinguer, au sein d’une population, divers groupes sociaux1, ou catégories sociales1, plus ou moins nettement différenciés. Pour étudier la structure sociale d’une population, on la répartit éventuellement en catégories socio-professionnelles (353-6) d’après les indices tels que la situation dans la profession (353-1), le revenu, etc. On peut aussi utiliser la notion sociologique de classe sociale2, qui correspond à une structure hiérarchisée, issue spontanément des rapports sociaux impliqués par le mode de production. L’existence d’une telle structure hiérarchisée témoigne de ce qu’on appelle une stratification sociale3. On étudie sous le nom de mobilité sociale4 la fréquence et la nature des passages d’un groupe social à un autre. Lorsque les catégories sociales sont hiérarchisées, on peut distinguer entre l’ascension sociale5 et la régression sociale6. L’ascension sociale des enfants par rapport à leurs parents constitue le phénomène dénommé capillarité sociale7.
  1. Les individus appartenant à un même groupe social sont dits homosociaux.
  2. Les classes se distinguent des castes, qui sont des groupes sociaux fermés, à fonctions sociales spécialisées, constituant autant d’isolats (506-2) hiérarchisés.
  3. On dénomme parfois migrations sociales les mouvements qui s’effectuent entre groupes sociaux.
    On parle de viscosité sociale, lorsque les passages d’un groupe social à un autre sont rares.
  4. L’ascension sociale de l’individu lui-même, au cours de son existence, prend le nom de promotion sociale.

921

On étudie sous le nom de mobilité du travail1 les changements qui peuvent se produire dans la vie professionnelle d’un individu : changement de lieu de travail4★ ou d’employeur (353-2), changement de statut, changement de profession2 ou mobilité professionnelle3★, changement de branche d’activité économique5★ (cf. 357-1).
  1. L’expression migration professionnelle — ne pas confondre avec migration de travail (806-5) — peut s’appliquer à tout mouvement ayant pour effet de modifier la structure professionnelle de la population. On en arrive ainsi à comprendre dans l’étude de la mobilité professionnelle les migrations professionnelles résultant des différences entre la structure professionnelle des immigrants (802-6) et celle de la population du pays d’accueil (801-5*).

922

Les problèmes sociaux particuliers aux personnes âgées (324-8) font l’objet d’une discipline spéciale dénommée gérontologie1, de même que les problèmes physiologiques et médicaux relatifs à la vieillesse (324-6) sont étudiés par la gériatrie2.

930

On entend par politique démographique (105-2) l’ensemble des principes, explicites ou implicites, qui guident l’action des pouvoirs publics dans les matières spécifiquement démographiques ou ayant des conséquences démographiques. La politique démographique d’un État est dite populationniste1 quand elle tend à favoriser la croissance de la population ou à s’opposer à la dépopulation2, c’est-à-dire à la décroissance de la population, et malthusienne3 (cf. 906-1*) quand elle tend au contraire à diminuer l’accroissement de la population (701-1). On qualifie de natalistes4 et d’antinatalistes5 les politiques tendant respectivement à augmenter ou à diminuer la natalité (601-1). La politique démographique peut aussi prendre la forme d’une politique de peuplement6, plus occupée de la répartition de la population sur le territoire que de sa croissance. Elle peut ainsi être un élément de la politique migratoire7★ (811-1). La politique sanitaire8★, dans la mesure où elle vise à réduire la morbidité (420-1) et par là même, la mortalité (401-1), est une autre composante de la politique démographique.
  1. Populationniste, adj. ff. s.m. - populationnisme, s.m. : doctrine qui s’oppose au malthusianisme (906-1) et qui se prononce en faveur d’une population nombreuse et croissante.
  2. Dépopulation, s.f. - dépeupler, v.t. - dépeuplement, s.m. (cf. 811-6*). Lorsque la dépopulation est causée par la baisse de la natalité, on parle volontiers de dénatalité. À la dépopulation peut succéder une nouvelle croissance de la population ; on parle alors de : repopulation, s.f. - repeupler, v.t. - repeuplement, s.m.
  3. Nataliste, adj. ff. s.m. - natalisme, s.m. : forme particulière de populationnisme, qui porte son attention sur les méthodes propres à encourager la natalité.

931

Parmi les mesures directement destinées à accroître la natalité (601-1), ou à freiner sa décroissance, on peut mentionner l’octroi d’allocations1 ou de primes2 spéciales. L’allocation est une somme dont le versement est renouvelé périodiquement, pour autant que l’intéressé continue à remplir les conditions requises pour en bénéficier. La prime est une somme d’un montant global déterminé, perçue en une ou plusieurs fois par le bénéficiaire. Les allocations familiales3 sont des allocations versées aux chefs de familles (115-1 *) en raison des enfants qu’ils ont à leur charge (cf. 350-5 et 358-4). Des dégrèvements fiscaux4 sont éventuellement prévus en faveur des contribuables chargés de famille. Les autres avantages pécuniaires qu’on rencontre le plus fréquemment dans les législations natalistes (930-4) sont les primes à la naissance5, accordées â l’occasion de la naissance d’un enfant, les allocations prénatales6, accordées aux femmes enceintes (602-5*) pendant leur grossesse (602-5), et les prêts au mariage7, qui sont des prêts consentis à l’occasion du mariage (501-4) en vue de faciliter la constitution de nouveaux foyers, et dont le remboursement est éventuellement assorti de remises lors de la naissance des enfants de certains rangs.
  1. Allocation, s.f. - allocataire, s.m. : bénéficiaire d’une allocation.

932

De nombreuses autres mesures ont une incidence sur les phénomènes démographiques, notamment celles qui ont trait à la politique du logement, au droit du travail et à la santé publique1. Parmi les dernières, mentionnons spécialement la création de dispensaires prénatals2, de services de protection maternelle3 et de services de protection infantile4, chargés éventuellement d’assurer aux femmes enceintes (602-5*), aux mères (112-4) et aux enfants (323-3), le bénéfice des prestations en nature prévues en leur faveur.

933

Dans le but de réduire la fécondité dans certains pays, des programmes en matière de population1★ promeuvent l’enseignement de la planification de la famille2★ et facilitent l’accès aux services de planification de la famille3★. Ces programmes sont parfois associés à des programmes en matière de santé4★ ou des programmes de bien-être social5★ ou encore des programmes sanitaires en faveur de la mère et de l’enfant6★ visant à réduire la mortalité. Certains pays cherchent à atteindre leurs objectifs démographiques en recourant à des mesures incitatives7★ ou à l’inverse des mesures dissuasives8★ afin d’encourager ou d’entraver la pratique des méthodes de limitation des naissances. Parfois et pour s’opposer à des pratiques jugées répréhensibles en matière de reproduction, ils ont recours à des pressions sociales9★ et des sanctions pénales10★. À propos de la sensibilisation des populations (y compris à l’école) à l’impact sur la collectivité des comportements individuels en matière de reproduction, le terme anglais de “Population Education11★” a fait son apparition dans certains pays dont l’Allemagne.

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